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Portrait

Maima SING SOI, menuisière à Raiatea

Maima Sing Soi : de la menuiserie à la fabrication de ’ukulele      

Publié le 25 septembre 2026

Cela fait bientôt dix ans que Maima Sing Soi fabrique à Raiatea des ’ukulele sur mesure sous sa marque Otaha Ukulele. Ce petit papillon qu’est Maima, mains toujours affairées comme des ailes qui s’agitent, se pose enfin, telle une frégate au sommet d’un ’aito, quand elle évoque sa découverte de la menuiserie. Femmes de Polynésie est allée à sa rencontre dans son atelier de Tumaraa.

Après un BTS d’assistante de direction, Maima Sing Soi trouve rapidement du travail sur Raiatea, cumulant parfois deux emplois ! Renault Rent, roulotte Mac Délice, Station service Shell, restaurant Fish and Blue… la jeune femme déborde d’énergie. Selon elle, les journées ne comptent pas assez d’heures, pas assez tout du moins pour qu’elle mène à bien toutes ses activités.

Maima SINGSOI
Maima, devant sa scie à chantourner

Découverte de la menuiserie

C’est par l’intermédiaire de Laurent, qui devient son conjoint et le père de ses deux petits garçons, que Maima découvre le travail du bois. Instituteur à Turui, Laurent est également peintre1 et menuisier, habile dans la réalisation de ’ukukele.

Aussitôt fascinée, Maima s’initie à cet artisanat et réalise sa première œuvre, à savoir un hippocampe à bascule, puis poursuit avec différents jouets : cheval, dinosaure… Quand une copine lui commande des meubles de cuisine, la toute jeune initiée ne se démonte pas. Elle se met à tailler des portes de placard, réalisant des pièces simples et pures. Manuelle, Maima est autant à l’aise au jardin, en plomberie qu’en électricité, motivée à relever de nouveaux défis.

« J’ai carrément aimé ce travail manuel du bois, alors j’ai démissionné de mes différents emplois pour en faire mon métier. »

Vient le jour où, aux côtés de Laurent, elle se lance dans le ’ukulele, apprenant chaque étape de fabrication. À quatre mains, le couple sort un modèle pour enfants : Maima à la découpe et Laurent à la décoration.

Maima SINGSOI
Magnifique travail de marqueterie qui met en valeur les essences de bois locales

En 2017, elle crée sa propre marque Otaha Ukulele. Après avoir livré dix instruments au lycée général public de Uturoa, elle délaisse la fabrication d’un modèle standard et se concentre sur des commandes personnalisées, soit environ 300 réalisations à ce jour. Découpe, assemblage, collage, séchage, frettage2, ponçage, finitions, réglages… La minutie et la patience sont indispensables pour donner naissance, au bout de deux semaines, à un instrument qui sonne bien et juste.  

« Pour finir, en général, je vernis le ’ukulele, ce qui permet de mettre en valeur le veinage. Une fois, j’ai trouvé du pūrau au veinage mauve magnifique ! Je peux aussi simplement cirer l’instrument, ce qui donne un très beau rendu, plus naturel. Et, en plus, on respire l’odeur du bois… »

Maima SINGSOI
Devant son stock de bois, elle tient en main une section en acajou et une plaque du ’uru.

Des bois rares et précieux

À chaque partie de l’instrument, son type de bois : de l’acajou pour la caisse, du ’uru pour la table d’harmonie, du ’aito ou du ylang-ylang pour le manche, du marumaru pour les touches. Les essais que Maima a effectués avec du pin ou du falcata n’ont pas été satisfaisants. S’il lui arrive de trouver du bois chez des particuliers, l’artisane s’approvisionne, la plupart du temps, aux Services du Développement Rural (SDR). Mais ramener des troncs ou, tout du moins, de très grosses sections, dans son véhicule 4×4 est une épreuve de force ! D’autant qu’elle doit ensuite les transporter dans une scierie à Tevaitoa, la seule capable de tailler des pièces de bois à l’épaisseur qui lui convient, soit 5 cm. En effet, a contrario des fabricants classiques de ’ukulele, Maima ne découpe pas ses pièces à la tronçonneuse parce qu’elle recherche un travail plus fin.

« C’est dur de dégotter des bois nobles. Je voulais faire venir des Marquises du bois de rose par exemple. Mais c’est compliqué car il faut, sur place, trouver une scierie pour débiter les troncs et aussi une société de transport qui achemine le bois jusqu’à Raiatea.  »

Maima SINGSOI
Deux modèles de formes de ’ukulele : l’un tahitien classique, l’autre s’apparentant plus au kamaka hawaiien

Outre l’approvisionnement en bois, Maima est très attentive au moment de donner la forme à l’instrument.

« C’est une étape cruciale et stressante car il ne faut pas se rater ! À mes débuts, je trouvais la meuleuse parfois lourde à porter et donc à manier précisément. »

Désormais experte dans la fabrication de ’ukulele, Maima aspire à en créer de nouveaux pour laisser libre cours à sa créativité débordante.

Maima SINGSOI
Maima Sing Soi a baptisé son entreprise Otaha Ukulele car ses instruments, tout comme la frégate, s’envolent partout dans le monde, faisant voyager la musique.

1 Son nom d’artiste-peintre est Hiroana.

2 Technique qui consiste à disposer des barrettes métalliques afin de placer exactement les notes sur le manche. 

Gaëlle Poyade

Rédactrice

©Photos : Gaëlle Poyade pour Femmes de Polynésie

Directeur des Publications : Yvon Bardes

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