
Aumiti Kimitete, l’art de raconter par la matière
Monteuse audiovisuelle le jour, artisane à ses heures perdues, Aumiti Kimitete, originaire de Nuku Hiva, est une âme créative dont les mains conservent la mémoire des pratiques ancestrales et réinventent celles d’aujourd’hui. Rencontre avec Femmes de Polynésie.
LE HASARD FAIT BIEN LES CHOSES
Adolescente, aux Marquises, Aumiti Kimitete se rêve comptable. Mais les aléas de la vie la poussent vers des études en communication, à l’ISEPP, où elle rencontre l’audiovisuel.
« C’est comme ça que j’ai découvert que je préférais être derrière la caméra. »
Après des études dans ce domaine en Nouvelle-Zélande, elle s’installe à Tahiti.
« De 2007 à 2009, j’avais ma propre petite production d’audiovisuel. On a fait équipe avec mon chéri. Aujourd’hui, je suis monteuse audiovisuelle à Polynésie La 1ère. C’est une superbe compensation, parce qu’à défaut de rester assise derrière mon bureau à créer – parce qu’avec le montage, on crée des histoires – quand je rentre chez moi, je crée avec mes mains. »

Lorsqu’elle n’est pas installée devant un ordinateur, c’est avec des coquillages, des noix de coco et des fibres diverses qu’elle s’exprime.
« J’adore mon métier dans l’audiovisuel, même si tout s’est fait par hasard. Je suis artisane de passion. J’ai toujours été manuelle, j’ai toujours aimé faire des choses. »
HENUA ENANA, LA SOURCE
« Les Marquises, c’est mon âme, c’est mon cœur. »
Enfant de la Terre des Hommes, Aumiti reste profondément attachée à son archipel, qui reste sa principale source d’inspiration.
« L’artisanat est venu de source en faisant de la danse avec ma famille. Quand tu fais tes costumes, tu es obligé de connaître la matière que tu as choisie, tu vas la chercher, puis tu la travailles. »

Sur ses réseaux sociaux, elle dévoile son processus de création à travers des vidéos qu’elle réalise elle-même. Les internautes peuvent ainsi découvrir les différentes techniques qu’elle utilise et surtout, les matières qu’elle choisit.
« Les oursins crayons, c’est quelque chose qu’on mange beaucoup chez nous. Puis on les jette : la carcasse, les épines, on ne les utilise pas. Ce n’est pas grave, la nature les prend toujours et l’utilise d’une autre manière. Mais je trouvais ça tellement dommage, parce que quand tu les manipules, ça fait un son très beau. Je ne suis pas la première à avoir fait un carillon en oursin crayon. Mais j’ai découvert en les exposant que beaucoup de Polynésiens ne savaient pas que ça faisait du son. »


Ses carillons racontent des histoires, rendent hommage au soleil ou encore aux étoiles. Mais Aumiti fabrique tout aussi bien des sacs, des couronnes, des bijoux…
« La porcelaine, c’est aussi une superbe matière à travailler et elle n’est pas beaucoup exploitée dans notre archipel. On reste toujours sur les acquis, le bois, l’os, les choses qu’on connaît. Alors qu’elle était utilisée autrefois pour faire des épluche-légumes. »
UNE CRÉATION INTIME
Artistique, sa démarche se veut également écologique. Aumiti Kimitete revendique l’importance du recyclage.
« 90% de ma matière première, je l’ai déjà sous la main. »

Ses pièces uniques, faites sur mesure à partir de ses ressentis, ne sont pas toujours mises à la vente.
« Il faut que j’arrive à me détacher émotionnellement de ce que je fais. Parce que j’y mets tellement d’énergie en pensant à une personne en particulier ou à une histoire, que c’est un peu de moi que j’y mets dedans. »
Aumiti crée pour elle-même.
« La création, ça devient mon exutoire. C’est là où je déverse toutes les émotions. »

Vulnérable et honnête dans sa manière de s’exposer au monde, cette mère de famille a trouvé sur les réseaux sociaux cette barrière qui lui permet d’en dire autant qu’elle le souhaite, sans jamais trop en dévoiler.
« C’est normal d’avoir peur, de ne pas savoir. Essayer le plus de choses possibles, c’est le conseil que je donne à la nouvelle génération. Ceux qui ont la chance d’avoir leur papy et leur mamie, apprenez à leurs côtés. C’est triste que certains savoirs se perdent. »
LA CULTURE COMME HÉRITAGE VIVANT
Installée depuis 26 ans à Tahiti, Aumiti évoque son île avec mélancolie.
« Mon prénom est un état d’esprit, il signifie nostalgie. C’est ce que je ressens quand je pense à chez moi. »

Malgré cet éloignement, elle espère pouvoir rendre à cette terre qui l’a vue grandir, l’inspiration qu’elle lui transmet chaque jour.
« J’aimerais, à ma manière, contribuer à son épanouissement, apporter ma pierre à l’édifice. »
Entre traditions et modernité, Aumiti Kimitete nous rappelle que notre héritage est un cadeau, et que l’avenir est entre nos mains.


Cartouche Louise-Michèle
Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle et Aumiti Kimitete pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES





