
Poerava Temakeu, des tatamis à la médaille d’or Escoffier
À 24 ans, Poerava Temakeu vient de décrocher la médaille d’or au concours Jeunes Talents Escoffier International à Paris. Du tatami aux arts de la table, elle n’a jamais cessé de viser le podium. Femmes de Polynésie vous invite à sa table.
Concentrée, Poerava Temakeu fait flamber ses ananas avec une technique parfaite. C’est grâce à cette maîtrise impeccable que la jeune femme de 24 ans a remporté la médaille d’or au concours Jeunes Talents Escoffier International en avril 2026. Originaire de Bora Bora par sa maman et de Tubuai par son papa, compétitrice dans l’âme, la jeune Polynésienne a déjà par le passé ramené de nombreuses médailles. Mais dans un tout autre domaine… sur un tatami.
« J’ai vécu mon enfance à Mahina jusqu’à la fin du collège, où j’ai quitté Tahiti pour aller en France faire du judo. J’avais commencé le judo à 11 ans au collège de Mahina où il y avait une section. Je me débrouillais plutôt bien, alors mon coach m’a proposé d’intégrer un cursus sport-études à Orléans et de poursuivre en tant que sportive de haut niveau. »

La judoka qui ne faisait pas de figuration
Sur les tatamis, Poerava ne vient pas pour jouer les figurantes. Elle vient pour gagner. En 2019, elle remporte la médaille d’argent en individuel ainsi que la médaille de bronze par équipe aux Jeux du Pacifique aux Samoa. En 2018 et 2019, elle termine 7e aux Championnats de France. Sept ans de judo à haut niveau, sept ans de discipline, de sacrifices, de podiums.
Puis vient la décision d’arrêter pour des raisons personnelles. Poerava souhaite poursuivre des études en licence Staps (Sciences et techniques des activités sportives). Mais le Covid bouleverse ses plans et la vahine reste à Tahiti. Elle s’inscrit alors à l’Université de Polynésie en langues étrangères appliquées, mais ces études sont trop théoriques pour cette fille qui aime l’action. Elle envisage alors de s’engager dans l’armée. Mais une conversation vient tout changer…
« Mon grand frère Iotua avait fait l’école hôtelière de Tahiti, il m’a conseillé de m’inscrire en me disant que c’est un domaine qui bouge bien, et moi, j’aime quand ça bouge ! »



De la salle de sport à la salle de restaurant
En 2022, à 21 ans, Poerava intègre l’école hôtelière en classe de remise à niveau. Le rythme lui convient immédiatement. C’est là qu’elle rencontre Audrey Ruiz, une professeure qui va devenir son mentor, elle lui propose de la coacher pour le concours Escoffier dans la catégorie Arts de la table.
« Le jour où Audrey Ruiz m’a dit ‘toi un jour, je vais t’emmener faire un concours’, je me suis tout de suite demandé ce qu’elle voulait dire, car je venais à peine d’entrer dans le monde de l’hôtellerie-restauration. Puis, l’année suivante, elle est revenue me voir en me disant ‘alors, tu es prête ? on y va ?’ et j’ai répondu spontanément ‘allez, c’est parti’... J’étais en BTS management hôtellerie-restauration. J’ai eu l’occasion de faire un stage au Four Seasons Hotels and Resorts à Bora Bora. J’ai choisi la réception, car j’aime la relation avec les clients. »
L’ancienne médaillée de judo a la compétition dans le sang. Elle se met alors en mode préparation, comme elle sait si bien le faire.


Une préparation acharnée
Le concours Escoffier se déroule en plusieurs étapes. En mars 2025, elle remporte la finale régionale. En octobre 2025, elle part à Hô Chi Minh-Ville pour la finale zone Asie-Pacifique. Questions sur la vie d’Auguste Escoffier, barista, cocktail, œuf mimosa, tartare de thon, dressage de table ou encore service en salle… La jeune polynésienne est sur tous les fronts et termine deuxième. Qualifiée pour la grande finale internationale à Paris, Poerava ne va rien relâcher.
« Cela m’a demandé beaucoup de travail, car je suivais aussi les cours en licence des métiers du tourisme et des loisirs à l’UPF. Après les cours, je passais au lycée hôtelier pour m’entraîner avec ma coach parfois jusqu’à 20 heures. »
En avril 2026, elle s’envole pour Paris. En salle, elle orchestre un moment complet, accueil des convives, présentation du menu, réalisation d’un cocktail, service du repas, élégance du geste jusqu’au départ du client. Fidèle à elle-même, Poerava Temakeu ne lâche rien, affichant un toujours grand sourire.
« L’idée, c’était de faire vivre une expérience au client, de lui raconter une histoire. Je me suis inspirée de Matari’i i ni’a, la saison de l’abondance. Le jury a aimé mon sens de l’hospitalité à la polynésienne, le sourire. »
Si Poerava Temakeu a embarqué les jurés parisiens dans une belle histoire, elle s’apprête maintenant à écrire une nouvelle page de son histoire, à elle, certainement encore plus belle.

Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi et Poerava Temakeu pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes






