
De Paris à Tahiti, Sandy Vilay réinvente sa vie et les codes de la restauration
Roulotte Tuk Tuk, Villa Thaï, pizzeria napolitaine Piétro et aujourd’hui Akua, restaurant posé sur le lagon de Punaauia. Tout ça, en moins de dix ans. Sandy Vilay enchaîne les projets et ne cesse de se réinventer. Entre prises de risques et envie constante de sortir de sa zone de confort, elle trace un parcours audacieux. Rencontre avec une vahine à l’énergie contagieuse.
Au départ, son histoire ne devait pas se passer comme ça. Rien ne prédestinait Sandy à vivre à Tahiti et surtout pas dans le milieu de la restauration, auquel elle pensait bien pouvoir échapper !
« Je m’étais toujours dit que je ne travaillerais jamais dans ce milieu. Je garde des souvenirs de ne jamais partir en vacances car mes parents étaient traiteurs sur les marchés. »

Du nord au sud de la France
Et pourtant… la vie en a décidé autrement. Sandy Vilay naît dans le nord de la France, où ses parents, originaires du Laos, avaient été accueillis en tant que réfugiés après avoir fui la guerre en 1975. Ils travaillaient tous les deux dans l’industrie du textile, très présente dans cette région jusqu’à ce que les entreprises ferment ou soit délocalisées ailleurs. Direction Montpellier pour la famille.
« Ma mère a toujours su rebondir, trouver des solutions, se débrouiller. Elle savait cuisiner, surtout les spécialités asiatiques. Mes parents se sont donc lancés dans une activité de traiteurs en cuisine asiatique, avec un foodtruck sur les marchés. J’ai adoré cette vie de nomade et jouer à la vendeuse ! »

Des études en communication
Sandy choisit pourtant une autre voie : celle de la communication. Elle fait ses études à Montpellier, puis Los Angeles pour un stage et enfin, Paris pour valider son master en communication évènementielle.
« Diplôme en poche, j’ai travaillé à Paris dans des agences en tant qu’assistante, puis chef de projet et pour finir responsable d’équipe, de 22 ans à 27 ans. Je vivais à cent à l’heure, sans compter mon temps, absorbée par mon travail qui me passionnait. »

2015, le déclic
Puis, tout bascule. En 2015, enceinte, elle vit les attentats de Paris et se fait agresser.
« Là, je me suis dit, ce n’est pas une vie. Je n’étais plus en sécurité. Je ne me voyais pas continuer comme ça. Quel avenir je promettais à mon enfant qui allait naître ? Qui s’en occuperait pendant que je travaille ? »
Sa mère installée à Tahiti, l’encourage à la rejoindre.
« Elle m’a dit : « Viens, il y a plein de choses à faire ici ! » On est arrivés avec nos douze valises… et une nouvelle vie à construire. »
De la com’ à la cuisine
En arrivant, Sandy replonge finalement dans ce qu’elle connaît : la restauration. Elle démarre dans le restaurant de sa maman, la Villa Thaï et, en 2017, lance la roulotte Tuk Tuk, qui propose des spécialités en nourriture thaïe, laotienne et vietnamienne.
« J’ai adoré l’ambiance de la place Vaiete, ce mélange de locaux et de touristes, cette effervescence ! Aujourd’hui, ça a bien changé. Quel dommage ! »

Mais la crise du Covid frappe. Les chiffres chutent. Les restaurateurs sont en première ligne. Il faut à nouveau se réinventer. Elle rebondit, encore : revente du truck, mais pas du laboratoire de préparation, situé à Faa’a.
« On avait cet endroit à Faa’a. J’ai eu l’idée d’y créer une pizzeria napolitaine. Je suis partie à Naples me former au savoir-faire des italiens et m’imprégner de cette culture et de l’univers de la pizza. Six mois plus tard, la pizza Pietro ouvrait. »

Et pourquoi pas un bateau sur l’eau...
Sandy, alors maman de deux enfants, se sépare du papa et se retire de l’affaire… pour monter un nouveau projet original et ambitieux : créer un bateau-restaurant.
« On a le plus beau décor du monde, ce lagon… pourquoi ne pas en profiter autrement ? »

Certains se souviennent peut-être de la Jonque, un des lieux mythiques de Papeete, le premier restaurant-bar sur l’eau au quai dans les années 1970-80. Depuis sa fermeture, aucun autre restaurant flottant n’a ouvert.
Il a fallu deux ans de démarches à accomplir, d’obstacles administratifs à franchir, de doutes à surmonter avant d’ouvrir Akua, en juin 2024, dans le lagon de Punaauia : un bateau aux normes construit spécialement pour cette activité dans les ateliers de Nautisport à Taravao.
« C’était un vrai parcours du combattant. Je n’ai jamais cessé d’y croire ! Aujourd’hui, je suis fière : j’ai le plus beau bureau du monde ! »

Derrière cette énergie débordante, une constante : la famille.
« C’est mon socle ! »
Ses enfants, ses parents, sont sa force.
« Ici, j’ai trouvé un équilibre. Mes enfants font partie de cette aventure. »
Engagée aussi dans le scoutisme, Sandy cultive des valeurs d’entraide et de partage.
« Toujours faire de son mieux, rester optimiste. »

Rédactrice
©Photos : Isabelle Lesourd pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes





