
Nanihi Croteau, les couleurs aux bouts des doigts
De la scène aux coulisses, Nanihi Croteau a appris à faire danser les matières. Costumière, restauratrice et créatrice, cette femme emplie d’inventivité ne semble pas tarir d’inspiration. Elle se confie à Femmes de Polynésie, un sourire aux lèvres et l’avenir dans le regard…
LA PALETTE D’UNE VOCATION
Avant de créer pour les autres, Nanihi Croteau expérimente elle-même la scène.
« Je suis danseuse, depuis toute petite. À l’époque, c’est ma mère qui faisait mes costumes. »


Des années plus tard, alors qu’elle intègre la troupe Hei Tahiti et se met à performer dans les hôtels, le rythme devient plus ambitieux. Il est temps que les étoffes changent de mains.
« Ce n’était pas une passion… J’ai commencé à faire mes costumes, mais sans conviction. »
HABILLER LE MOUVEMENT
« Pendant six ans, j’ai fait des costumes pour la OTN1. En atteignant le palmarès chaque année, pas forcément le premier prix, mais toujours sur le podium. »
En 2024, elle est responsable costumerie de la troupe Ia Ora Te Hura.
« Cette année-là, on a gagné le premier prix grand costume et le premier prix végétal du Heiva. »

Deux ans plus tard, c’est aux côtés de la troupe Nonahere qu’elle s’engage.
« On a gagné le deuxième prix grand costume et le troisième prix végétal. »
Chaque trophée porte la marque de ses gestes invisibles.
« Recevoir un prix, c’est explosif ! Au-delà du prix, c’est la reconnaissance du travail qu’il y a eu. Chaque détail est pensé, chaque ligne correspond à quelque chose. Voir que la réflexion derrière a été prise en compte, c’est gratifiant. »

Tout participe à raconter une histoire grâce à un processus consciencieux.
« Le premier truc que je fais, c’est de lire le thème. Ensuite, je me fais une petite note avec les couleurs. Quand on parle de tristesse ou de quelque chose de joyeux, ce ne sera pas les mêmes nuances. Puis je sors la liste des matériaux et je sélectionne ce que j’ai envie d’utiliser. »
Ensuite, le crayon se pose sur le papier. Quelques traits suffisent pour ouvrir une fenêtre vers un monde encore imaginaire.
« J’aime bien faire un croquis, ça me permet de m’évader un peu. »

Si le geste reste le même, le costume, lui, change de langage selon le corps qu’il accompagne. En 2023, elle réalise le costume du candidat Stephen Teahuotoga pour Mister Tahiti. En 2026, elle signe la tenue de Orama Mollimard à l’élection Miss Tahiti, qui remporte le premier prix costume de la soirée.
« La manière d’aborder les costumes pour la danse et pour un défilé est hyper différente. »
DEUX PASSIONS À FEU DOUX
Puisque la création demeure avant tout un besoin viscéral, Nanihi Croteau se cherche longtemps professionnellement. D’abord dans le médical puis dans la vente automobile, elle ne s’épanouit pas dans ses activités quotidiennes.
« Tous les matins, je me disais : “Ma belle, il faut vraiment que tu trouves quelque chose qui te passionne”. »
Ce qui la passionne, Nanihi le sait au fond d’elle-même : ce sont les couleurs. Que ce soit sur une robe, ou dans une assiette…

« Je suis restauratrice depuis bientôt deux ans maintenant. J’aime autant la cuisine que les costumes ! »
Tous les soirs, du jeudi au dimanche, elle se trouve sur le parking du stade d’Arue, aux fourneaux de Cook’N’Roll. Grillades, sushis, poissons frais ; elle met la même consécration aux plats qu’elle sert qu’aux tenues qu’elle confectionne.
« Ça me fait toujours plaisir de voir que les gens viennent manger. On a des clients qui sont là presque tous les soirs. »
CRÉER POUR SE RETROUVER
Mais derrière les commandes et les concours demeure une envie intime : celle de donner naissance à des créations plus personnelles.
« Ça fait longtemps que j’ai envie de designer une collection. Je crée des bijoux aussi. Ce sont des plastrons un peu imposants, avec des perles de rocaille cousues à la main, une par une. »

Et au cœur de ce travail minutieux, elle trouve quelque chose de précieux dans son premier amour, la danse.
« Ça me change l’esprit. Ça me permet de souffler, d’avoir un petit moment à moi, où mon cerveau ne pense qu’à droite, gauche, devant, derrière… »
Entre les étoffes, les perles et les couleurs, Nanihi Croteau s’est finalement trouvé un espace où exprimer sa créativité. Un univers qu’elle continue de façonner, à sa manière.

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle, Kevin Mauheu, Nanihi Croteau pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES





