
Tairei Deane, pour une mode sans complexe
À 32 ans, Tairei Deane a transformé une frustration personnelle en idée d’entreprise en créant, en mars 2026, Seaside Swimwear, une marque de maillots de bain fun et colorés allant jusqu’au 6XL. Au-delà des maillots, la jeune entrepreneuse veut aussi changer le regard porté sur les vahine aux formes généreuses. Voici son histoire.
Au départ, Tairei Deane n’avait pas prévu de travailler dans la mode. Elle, c’était la com’ qui l’intéressait. Après son bac, elle part six mois en Nouvelle-Zélande pour parfaire son anglais, puis étudie l’info-com à l’Isepp à Tahiti. Sa licence en poche, elle cuisine des cookies pour gagner un peu d’argent. En démarchant une société de production d’audiovisuelle pour vendre ses gâteaux, on lui propose un poste de monteuse vidéo. Elle y restera huit ans.
« J’avais besoin de changer avec une activité qui suscite ma créativité, mais aussi de quelque chose qui soit à moi. »
En 2025, elle quitte son travail et s’accorde une année pour réfléchir à la suite. L’entrepreneuriat est une affaire de famille. Son grand-père ? Léonard Deane, l’inventeur du poti marara1. Son père, son oncle, ses cousins… nombreux sont ceux qui ont créé leur propre activité.
« Je pense que cette envie de liberté et d’entreprise vient de là. »

Une frustration, une idée : des maillots grande taille
Le déclic arrive avec l’achat en ligne d’un maillot d’une marque locale. Par prudence, Tairei commande une taille au-dessus de la sienne. Pourtant, impossible de l’enfiler.
« J’étais frustrée. Je me suis dit : “Ce n’est pas possible !” »
Elle réalise alors combien l’offre est réduite pour les femmes rondes en Polynésie.
« Il y a plein de jolies choses, mais ça s’arrête souvent au XL. Il n’y a rien pour nous ! »
Pas d’étude de marché : Tairei part de son propre besoin et de ce qu’elle observe autour d’elle. Seaside Swimwear voit le jour quelques mois plus tard avec un positionnement assumé : des maillots à partir du M et jusqu’au 6XL. Et pas question, pour l’instant, de descendre jusqu’au S malgré les demandes.
« Ma marque, c’est pour les grandes tailles ! Les petites tailles ont déjà énormément de choix. »
Entreprendre autrement
Sans gros budget de départ, Tairei imagine un modèle économique léger. Elle crée ses imprimés, inspirés par les couleurs et les motifs polynésiens, puis travaille avec un fournisseur américain qui fabrique chaque pièce à la commande et l’expédie directement à la cliente.
« Pour commencer, ce système me permet de ne pas avoir de boutique, ni de stocks. Juste mon site et les réseaux sociaux. »
Déjà à sa deuxième collection, l’entrepreneuse souhaite désormais constituer un stock pour raccourcir les délais de livraison, mais aussi déposer des maillots dans des concept stores proposer ses modèles dans les îles… et, à terme, pouvoir en vivre pleinement.
Montrer de vraies femmes
Pour faire connaître sa marque, Tairei utilise d’abord des images créées avec l’intelligence artificielle. Mais très vite, elle veut montrer ses maillots sur de vraies femmes. Elle sollicite une influenceuse, organise des séances photo, puis, en août dernier, participe au défilé Tahitian Vogue avec six mannequins grande taille.
« On met toujours en avant les femmes minces. Pourtant, il y a beaucoup de femmes qui ont des rondeurs et qui les portent bien. Elles aussi ont le droit de se sentir belles. »

Assumer ses formes
Sur les réseaux sociaux, quelques commentaires accusent le défilé de « promouvoir l’obésité ». Des réactions qui l’ont d’abord blessée avant qu’elle ne réalise qu’elles étaient largement minoritaires face aux encouragements.
« On ne sait pas ce que vit une personne ni pourquoi elle prend ou ne perd pas de poids. Avant de juger, il faut se rappeler qu’elle a, elle aussi, le droit de se sentir bien ! »
Ses mannequins étaient bien loin de vouloir cacher leurs formes. Après le défilé, plusieurs lui confient qu’elles auraient aimé des maillots plus échancrés, voire des strings. Pour obtenir l’effet souhaité, certaines avaient tout simplement retourné leur bas de maillot ! Une anecdote qui résume l’esprit de Seaside Swimwear : avoir des formes n’interdit ni l’audace, ni la féminité, ni le plaisir de se montrer telle que l’on est.
« S’assumer, c’est aussi donner de l’inspiration à toutes celles qui n’osent pas encore. »
1 Bateau de pêche polynésien, conçu pour permettre au pêcheur de poursuivre et de capturer le mahi mahi (la dorade coryphène), tout en pilotant seul son embarcation.

Rédactrice
©Photos : Isabelle Lesourd, Allison Jonhston et Moana Blackstone pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes






