
Mihimana Anania : l’art de sublimer la nature
Lauréate du prix du meilleur costume traditionnel de Miss Tahiti 2026, Mihimana Anania récolte aujourd’hui le fruit de nombreuses années de création. De Rimatara à Papeete, cette passionnée de tressage et des costumes a su faire de son savoir-faire un véritable art.
Mardi, 16 h 30. Mihimana Anania termine sa journée de travail de vendeuse au magasin de tissus Hawaii à Papeete. Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons sur un banc de la place Vaiete. À peine installées, les salutations s’enchaînent. « ’Ia ora na ! Comment ça va ? Félicitations pour ton titre ! » lance une passante. « Et puis ce costume pour Miss Tahiti… Leia était magnifique ! » poursuit-elle. Mihimana la remercie avec un grand sourire.
« Je suis née à Rimatara. Chez nous, presque tout le monde sait tresser. »
Mihimana apprend très tôt à travailler les fibres végétales avant de perfectionner son savoir-faire au Centre des Jeunes Adolescents.
« On faisait des paniers, des chapeaux, des costumes de danse en pāe’ore… C’est naturel pour nous. »
Une nouvelle vie à Tahiti
Son père diabétique doit quitter son île pour suivre un traitement à Tahiti. Sa mère le suit. Après quelques années passées chez sa grand-mère, Mihimana et sa sœur rejoignent le reste de la famille. Sa vie bascule lorsqu’elle débarque à Tahiti, à 18 ans.
« Quand je suis arrivée à Tahiti, ça a été un choc. Une nouvelle vie commençait. »

Elle continue de tresser des paniers pour gagner de l’argent. Très vite, les concours de beauté deviennent une passion.
Le rêve de Miss Tahiti
« J’étais fascinée par l’élection de Miss Tahiti, surtout le passage en costume traditionnel. Je rêvais de pouvoir habiller une candidate, un jour. »
Avant d’y parvenir, Mihimana fait ses armes sur d’autres concours. Elle réalise des costumes pour Miss Vahine Tane, avant de participer elle-même à l’élection.

« En 2003, j’ai été élue Miss Vahine Tane. Pour moi, c’était une reconnaissance de ma transformation pour devenir une femme. »
Sa réputation de créatrice grandit rapidement et les candidates viennent lui confier leurs costumes.
« Je commence toujours par dessiner un croquis. Ensuite, je cherche quelles matières naturelles je vais associer à mon idée. »
Depuis huit ans, elle est vendeuse de tissus.
« J’aime ce métier : le contact avec les clientes, les tissus, les couleurs… Tout cela nourrit aussi mon imagination. »

En 2018 et 2019, elle remporte deux deuxièmes prix concours de création du costume traditionnel à l’élection Miss Tahiti.
« Puis, alors que je songeais à arrêter, Rosalie et Ignace, les parents de Leia Diard, candidate à Miss Tahiti 2026, sont venus me voir. Ils avaient un de coup de cœur pour mon travail. J’ai accepté de faire le costume de Leia avant même de connaître le thème ! »
Le sacre du pahi des Marquises
Cette année, le thème est consacré aux oiseaux de Polynésie. Pour Leia, le hasard du tirage tombe sur le Martin-chasseur des Marquises (le pahi), alors que la vahine est fortement engagée dans la protection du vini ‘ura, la perruche rouge de Rimatara.
« On aurait adoré tomber sur le vini ’ura, mais ce n’était pas le destin. Je lui ai dit : “Ce n’est pas grave, on va faire un magnifique pahi !” »

D’ailleurs, les idées fusent déjà dans la tête de la créatrice.
« Je ne dormais presque plus ! La nuit, je réfléchissais au costume. J’imaginais une robe très cintrée évoquant subtilement l’oiseau. »
La robe prend forme : toile de jute pour la base, graines de poepoe, herbes de la pampa, plumes…, évoquant l’élégance de l’oiseau.
« En juin, j’ai travaillé tous les week-ends sur la robe, du matin au soir non-stop. Quand Leia a enfilé le costume, j’ai eu beaucoup d’émotion. Elle sublimait complètement mon travail. »
Le soir de l’élection, comme tous les créateurs, Mihimana accompagne sa candidate jusqu’à la scène…


« C’est mon moment préféré. Quand notre nom a été annoncé pour le premier prix, j’étais tellement heureuse ! »
Quelques heures plus tard, Leia Diard devient Miss Tahiti 2026. Pour Mihimana Anania, ce premier prix représente aussi la mise en valeur de son savoir-faire hérité de son île et ouvre un nouveau chapitre de son parcours.

Rédactrice
©Photos : Isabelle Lesourd et Mihimana Anania pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes





