
Maud Marmelo, laisser parler la terre
Maud Marmelo a laissé la curiosité guider son chemin jusqu’à la céramique. Entre recherche, création et amour de la matière, elle façonne aujourd’hui un univers où chaque pièce est inspirée de l’environnement dans lequel elle évolue.
DE LA CURIOSITÉ À LA PASSION
Maud Marmelo grandit en Occitanie. Lorsque ses parents sont mutés en Polynésie française, elle découvre Raiatea en 2023. Elle tombe amoureuse de cette île et de l’homme qu’elle y rencontre : Joan. Ensemble, ils repartent dans l’Hexagone en 2018, avec le rêve de revenir un jour.
« On a atterri dans les montagnes béarnaises, à Oloron-Sainte-Marie. On s’est dit qu’il fallait occuper nos soirées d’hiver. »
C’est ainsi que le monde de la céramique leur ouvre ses portes. Une fois par semaine, ils prennent des cours dans un atelier de poterie près de chez eux.

« On est complètement tombés amoureux du domaine de la céramique. »
Puis, poussée par cette passion nouvelle, Maud s’inscrit dans un CAP de tournage1.
« Entre la découverte de la poterie, la possibilité de faire une formation, il y a tout qui s’est enchaîné. Comme un petit coucou du ciel qui me disait : “ça a l’air d’être une bonne voie”. »
CRÉER AVEC CE QUI NOUS ENTOURE
La Polynésie leur manque et continue de nourrir leur imaginaire. Ils s’installent de nouveau à Raiatea en 2020. C’est au cœur de la vallée, dans un cocon de créativité, que naît Modjo Céramique.

« Au départ, on était plein d’utopies. Il y a plein de matières premières exploitables ici, pour qui est curieux d’aller les récolter, les expérimenter, les valoriser… mais c’est un chemin difficile qu’on a choisi de mettre entre parenthèses. On a un peu révisé notre position et on est repartis sur l’importation d’argile prête à l’emploi et d’autres matières premières, le temps de prendre nos marques et de coller avec une certaine réalité économique. Sur le long terme, on ne perd pas trop de vue notre objectif d’inclure davantage de matériaux locaux. »
Maud reste portée par les paysages qui l’entourent, le flot de la rivière qui la berce et la mer qui relie les terres éparses.
« Je suis très inspirée par l’océan. Je pars souvent avec une idée, puis je me laisse guider par la terre. »
De la matière brute aux objets finis, chaque pièce devient alors un terrain d’expérimentation. Maud accorde autant d’importance à la forme qu’à l’usage.
« J’aime beaucoup faire attention à l’esthétisme et à l’ergonomie des objets. »


« La poterie, c’est l’école de la patience, de l’abnégation et de l’humilité. On apprend à faire avec, à écouter le rythme de la terre, la première cuisson, l’émaillage, la deuxième cuisson qui nécessite une compréhension de la matière, car avec l’argile, tout est une histoire de timing : si ce n’est pas le moment pour effectuer telle ou telle opération, il peut y avoir des surprises ! »
Cette attention portée aux détails se prolonge jusque dans les finitions de ses œuvres.
« J’aime la phase de décor des pièces, mais aussi toutes les phases de recherche dans la production : tester des formes, des textures, des effets de surface… Sur les émaux notamment, parce que là, c’est moi qui fais de la chimie. J’ai fait tous mes tests pour obtenir des nuances que j’aimais bien, faire des jeux de superposition, etc… »
BÂTIR UN MONDE A QUATRE MAINS
Modjo Céramique, ce sont les univers de deux passionnés qui conversent en symbiose. Par moments, leurs productions ne se rencontrent pas, chacun laissant libre cours à sa fantaisie.

« De temps en temps, on fait des croisés sur certaines pièces. Par exemple, c’est lui qui va les façonner et moi qui vais les émailler. Parfois, c’est l’inverse. »
LAISSER PARLER LA MATIÈRE
Notre céramiste, initialement diplômée en génie civile, a commencé sa pratique par des objets utilitaires du quotidien. Puis, le temps faisant, elle évolue vers un cadre plus poétique et esthétique.
« Pour l’instant, je suis plutôt sur du décoratif : tout ce qui est luminaires, vases… J’aimerais bien développer des décors muraux, des triptyques ou des installations en mouvement. Je ne me ferme pas à trop de portes. La poterie et la céramique sont un domaine tellement vaste que j’ai l’impression qu’on ne peut jamais s’ennuyer. »

Cette notion artistique se développe peu à peu. Avec son compagnon, ils ont récemment préparé une collection d’objets pour des villas de luxe, et même participé aux Semaines de l’Art à la galerie Winkler, en avril 2026, aux côtés de l’artiste Orama Nigou.
« On a été honorés de pouvoir collaborer sur une œuvre lors de la superbe exposition collective organisée par l’association Feruri Nō Ananahi. Ça nous a sortis de notre zone de confort, parce que c’était une demande spécifique, et en même temps nous avions une grande liberté. »
De ses premiers essais à ses créations actuelles, Maud Marmelo n’a jamais cessé d’avancer avec ce même désir : apprendre et voir jusqu’où la matière peut la mener.

« Croire en soi. Il y a ceux qui savent le faire vite, d’autres pour qui c’est plus compliqué… Mais quand quelque chose nous fait vibrer, il ne faut pas hésiter à y aller ! »
1 Diplôme professionnel d’État qui forme aux métiers de potier-céramiste.

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle pour Femmes de Polynésie
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