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Culture

Feruri no Ananahi, un collectif artistique engagé

Publié le 17 juin 2022

À l’instar de Frida Kahlo ou de feu Miss.Tic, femme de douleur, femme sans visage, femme à la parole, elles sont nombreuses à s’être imposées dans les siècles, brûlées vives pour leur sorcellerie ou censurées pour cause de nudité sur les réseaux. Les messages sont multiples, diversifiés, mais une parole réside : la liberté. La liberté d’écrire, de s’exprimer, de montrer et de dénoncer, de déconstruire pour reconstruire. Aujourd’hui, Femmes de Polynésie rencontre Cartouche, Clara et Marmote, des femmes au cœur aussi grand que les Nanas de Niki de Saint Phalle, présentation du collectif : Feruri no Ananahi.

LES FONDATRICES DU COLLECTIF

Tandis qu’à une époque où l’irrationalité et l’inconnu de la science ont fait brûler Sarah Good1 dans un incandescent bûcher fabulateur, découverte et parole libérée ont pu apaiser quelques rancœurs. Mais le passé ne dément pas les non-dits ni même le récit enjolivé de Gauguin et ses relations.

Présentation des trois fondatrices du collectif Feruri no Ananahi.

Cartouche, militante pour l’écologie et le féminisme ainsi qu’artiste plasticienne photographe « sur des sujets qui me tiennent à cœur, dont de la photographie engagée. Je travaille sur la diversité des corps et les différences de chacun et chacune. »

Clara Janoyer, passionnée de photographie, « je n’ai pas vraiment de thèmes de prédilections, mais je me complais dans le portrait et les concerts. Je crée selon mon inspiration du moment et développe des tableaux autour de ces univers. »

Marmote, photographe autrice « je fais de la photographie de mode et artistique. Je traite de sujets avec un propos social, réel, mêlés à une esthétique poétique. »

Pourquoi la création du collectif ?

Marmote : « Nous avions des choses à exprimer et individuellement, peu de choses avancent, car tu seras jugé sur l’aspect personnel. Tandis qu’en groupe, tu peux diriger l’expression vers un public et ce dernier est plus ouvert ; un groupe exprime une réalité et touche à l’universel. »

Cartouche : « Ce qui était important pour nous était d’offrir un espace d’expression à des artistes. Malgré nos chemins de vie différents, on a une réalité commune que l’on vit, qui sont en général, les injonctions que l’on subit et c’est pour cela que notre collectif se nomme « Feruri no Ananahi », signifiant la vision de demain. »

Clara : « La vision de demain, c’est la manière dont on se projette. En effet, les problématiques que l’on aborde sont des sujets que l’on aimerait changer. Nous sommes les bâtisseurs de demain et je pense qu’un espoir de changement existe par le biais de l’art. »

Cette première présence artistique apparaît donc sous la forme d’une exposition pluridisciplinaire « Te Vahine », la place de la femme en société. La parole est donnée à 13 artistes pour exprimer leur réalité commune sur : « être une femme en Polynésie ».

VERS L’OUVERTURE DE L’ART, UNE CENSURE BRISÉE

La femme n’est plus désormais la muse de son créateur, mais le satyre2 dont les sujets sociaux sont leurs nymphes. Le mythe s’effondre pour laisser place à une réalité vivante.

« Pour nous, c’était important qu’il y ait une totale ouverture par rapport aux thèmes abordés, car ces artistes n’ont pas l’espace. Les réseaux sociaux les censurent, les galeries les refusent ou ne sont pas intéressées par les sujets, car trop controversés. »

Marmote : « Il y a une image que l’on doit suivre et des thèmes donnés à respecter. Une image touristique, mythique, basée sur deux mythes et une inversion des rôles : Le mythe de la vahine et du bon sauvage. Et l’inversion des rôles, car d’une société matriarcale, elle est devenue une société patriarcale, ne prenant pas en compte ce qui l’entoure. »

 « Dès que tu sors de ce cadre, on censure le réel, car il ne correspond pas à ce que l’on veut entendre. Ce n’est pourtant pas une insulte, mais c’est ce qui paraît. »

Une réalité parfois biaisée qui tend vers la déshumanisation de l’expression, des émotions et du message.

« On doit donc modifier notre démarche artistique pour qu’elle soit cautionnable, mais l’œuvre perd toute son authenticité. »

DE LA DÉCONSTRUCTION A LA COMPRÉHENSION

Georges Sand écrit les passions, Marguerite Duras avec L’Amant nous transcende dans un voyage autobiographique, et nos artistes nous ancrent dans la simplicité et la beauté. Flash-back sur quelques créations de l’exposition.

Clara : « Le sujet est l’acceptation de soi, l’affranchissement des normes de beauté et des complexes. Avec « Parures », je voulais montrer que chaque singularité rend une personne spéciale et belle, parce qu’il n’y en a pas deux pareilles. Montrer les marques que la nature peut déposer sur ta peau aussi purement qu’elles le sont. »

« Parures », Clara Janoyer

Cartouche : « Je pense que la meilleure manière de parler de quelque chose c’est de parler d’un sujet qui nous touche et qu’on peut avoir vécu, et j’ai vécu de l’homophobie ici. »

« Fa'ahiahia : les femmes trans sont nos soeurs », Cartouche

« J’ai voulu normaliser les personnes issues de ma communauté pour contrer les discriminations, car cela fait partie de la société. Avec le portrait de Maeva, j’ai montré une femme trans dans sa simplicité pour confronter les spectateurs à leur propre limite de croyance ou de valeur. »

Quant à l’œuvre de Marmote, c’est un cantique aux consonances ma’ohi, dirigé par une langue francophone éduquée sur la terre de Moorea.

« E pure o te māfatu », Marmote

« Les langues viennent de la nature dans laquelle tu vis. C’est normal pour moi de rendre hommage à la nature qui m’a nourrie depuis toute petite, qui se transmet dans les langues et les danses. »

« MAIS FERURI NO ANANAHI N’EST PAS VOUÉ À RESTER QUE NOUS TROIS. »

Semblable à Flora Devatine, où l’oratoire encense les consonances des assonances rêveuses de tergiversations, notre escale repose sur une terre d’écoute et de contemplation.

Clara : « Nous souhaitons élargir le regard de l’organisation pour avoir plusieurs visions des prochains événements. Que tous puissent avoir un mot à dire, un moment pour s’exprimer et s’assumer dans leur identité. »

Cartouche : « Oui, nous voyons le collectif plus grand aux voix plurielles. Nous aimerions le transformer en association pour faire des projets plus imposants voire obtenir des subventions pour créer un local et accueillir des artistes, créer une « safe place ». »

« Pour l’instant, on favorise les personnes qui ont le moins accès à l’expression et sont plus facilement censurées. Mais nous ne sommes pas fermés à l’idée d’ouvrir à une plus large pluralité de personnes. Notre objectif en débutant était justement de donner un espace sûr et confortable pour les personnes moins visibles. »

Marmote : « L’objectif est de partir sur deux expositions par an, traitant de sujets qui touchent à la vie en tant qu’individu comme le patrimoine, l’identité ou l’environnement. »

« Le public est de plus en plus réceptif, on est là pour créer ensemble, si vous ne souhaitez plus avoir cette crainte de vous exprimer librement, Feruri no Ananahi, la vision de demain vous ouvre les bras. »

Elle est l’une des trois premières femmes à être accusée de sorcellerie dans le cadre du procès des sorcières de Salem aux États-Unis en 1692.

Créature mythologique grecque au corps d’homme, à cornes et à pieds de bouc.

Manutea Rambaud

Rédactrice

©Photos : Manutea Rambaud pour Femmes de Polynésie

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