
L’odyssée capillaire des Ciseaux de Margaux
Originaire de Lille, Margaux Desaint a fait de la coiffure bien plus qu’un métier : un lien. Installée en Polynésie depuis six ans, cette coiffeuse indépendante a construit son parcours au fil des rencontres, des îles et des gestes simples. De Bora Bora aux Tuamotu, des jardins improvisés aux mairies d’atolls, Les Ciseaux de Margaux racontent une manière de travailler fondée sur la confiance, l’écoute et le respect, au plus près des gens et de leur quotidien.
« J’aime les choses simples de la vie. »
UN MÉTIER DE CONFIANCE, APPRIS PAR LE GESTE
Originaire de Lille, Margaux a su très tôt qu’elle voulait devenir coiffeuse. Son brevet professionnel en poche, elle commence à travailler à 19 ans.
« Je suis restée six ans dans un salon de coiffure. Ça se passait hyper bien, j’étais très heureuse. Et puis, un matin, je me suis dit que si je ne bougeais pas maintenant, je ne partirais jamais. »

En 2020, elle démissionne, rend son appart, vend sa voiture. Le Canada et la Suisse l’attirent, mais les opportunités n’aboutissent pas.
« Un jour, mon ancienne patronne m’envoie une annonce “Cherche coiffeuse à Tahiti” et elle me dit : “T’as qu’à aller au soleil ”. »
À 26 ans, Margaux postule. Deux semaines plus tard, elle s’envole pour la Polynésie.
INVENTER SA FAÇON DE TRAVAILLER
Malheureusement, l’expérience ne lui correspond pas. Sept mois après son arrivée, elle a l’opportunité de vivre à Bora Bora, mais aucun salon ne recrute.
« Comme je voulais rester là-bas, j’ai acheté une voiture, du matériel, et j’ai fait ma pub. Ça a marché tout de suite. »

Margaux a la bougeotte. Des plages de Bora, elle entrevoit les sommets qui pointent à l’horizon.
« J’ai commencé à vadrouiller dans les îles autour pour aller coiffer. Les gens étaient contents que j’apporte des choses qu’il n’y avait pas là-bas. J’ai coiffé une mamie qui m’a offert un collier de perles et de coquillages en tremblant, en me disant que je réalisais son rêve d’avoir des mèches. »
Bientôt, son savoir-faire résonne dans l’archipel. Son activité repose sur la simplicité : une table, une chaise, une prise électrique. Le bouche-à-oreille fait le reste.
CHOISIR L’AVENTURE
En cours de route, alors que son PVT1 pour Canada est finalement acceptée, Margaux n’a plus le cœur à partir.
« Plus ça arrivait, plus j’avais mal à l’idée de quitter la Polynésie. »
Avec son conjoint de l’époque, elle choisit la vie en voilier.

« On a visité 14 îles en dix mois. Je me présentais dans les mairies. J’avais imprimé des affiches que je mettais dans les magasins. »
À Toau, un atoll inhabité des Tuamotu, elle vit une parenthèse hors du temps.
« Là, je ne coiffais pas, il n’y avait personne. Je pêchais du varo2, de la langouste, je vivais un peu en mode Robinson. »

Partout, elle garde la même approche.
« Je n’ai jamais jugé l’endroit où j’étais. Personne ne doit avoir honte de sa maison ou de ses cheveux. »
AU CŒUR DE LA VIE LOCALE
À Ahe, la mairie devient son salon.
« Ils m’ont dit : « Viens coiffer ici. » Il y avait même une douche ! »
Notre aventurière s’intègre rapidement à la vie de l’atoll.
« La coiffure, c’est un rapport de confiance. C’est très intime de toucher la tête de quelqu’un. »

Elle devient même jury du Heiva local cette année-là, aux côtés du tāvana.
« Ils m’ont proposé car ils avaient besoin de quelqu’un d’impartial. »
AUJOURD’HUI ET DEMAIN
En 2024, Margaux décide de revenir sur Tahiti pour poser ses valises.
« J’ai hésité à retourner en salon et puis, avec l’expérience et la liberté que j’avais en travaillant à domicile, je suis restée à mon compte. Je me suis formée aux nouveautés, je fais les salons du mariage, les coiffures événementielles, et je me suis aussi spécialisée dans les couleurs… »


Pourtant, hors de question pour elle de ne pas régulièrement retourner voir les amis qu’elle a rencontrés en cours de route. Elle est d’ailleurs revenue avec quelques projets en tête…
« J’adorerais aller dans d’autres archipels et former quelqu’un sur place. Sur certaines îles, j’étais la première coiffeuse à venir. »

Et puis, l’idée de créer son propre espace s’ébauche :
« Recevoir et accueillir les clients dans mon univers, leur offrir un moment qui leur appartient. »
Aujourd’hui, à 32 ans, Margaux se sent épanouie dans un métier qu’elle exerce avec professionnalisme, générosité et bienveillance.
- Programme Vacances-Travail (appelé aussi Working Holiday Visa)
- Crustacé aussi appelé « mante religieuse des mers » ou « crevette-mante »

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle et Margaux Desaint pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES
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