
Tiheni Ena, l’accord parfait au ‘ukulele
Professeure de ‘ukulele au Conservatoire artistique de Polynésie française, Tiheni Ena a partagé la scène avec le chanteur M lors de ses concerts à Tahiti en avril 2024. Un moment inoubliable pour cette musicienne autodidacte au parcours pas comme les autres, entre volley-ball professionnel et passion pour la musique. Femmes de Polynésie est partie à sa rencontre.
Les doigts courent sur les cordes de son ‘ukulele. Tiheni Ena chante, sourit. Elle joue, comme elle a toujours joué, hier sur un terrain de volley professionnel, aujourd’hui sur des scènes de concert.
Tiheni grandit à Tahiti. Depuis l’enfance, elle chante et joue à la paroisse, auprès de sa famille.
« J’ai l’oreille musicale grâce à mes anciens. Ils jouaient tellement bien, je les écoutais, et en les écoutant, ça rentrait dans mes oreilles. C’est comme ça que j’ai appris la musique. »

Une carrière professionnelle en volley
Le sport, lui, arrive un peu plus tard.
« J’adorais tous les sports. J’ai fait du football, du handball et surtout du volley-ball. J’avais même participé aux Jeux du Pacifique en 2000. »


Détectée par un entraîneur, Tiheni s’envole pour l’Hexagone et intègre les rangs du volley-ball professionnel. Elle signe des contrats et joue en nationale 1 et 2 dans les clubs d’Évreux dans l’Eure et de Niort en Poitou-Charentes. Mais même loin de Tahiti, elle ne lâche jamais son ‘ukulele. Après les matchs, lors des soirées bringue, c’est elle qui anime, qui chante, qui fait danser. La sportive et la musicienne ne sont jamais bien loin.

Retour au fenua
De retour à Tahiti en 2016, elle remporte l’année suivante le concours Vini Vana, concours international de ‘ukulele organisé à la Maison de la Culture, et décroche le premier prix. Les appels commencent, les animations pour les soirées sur scène s’enchaînent.
Un jour, une amie lui demande de l’accompagner pour son audition au Conservatoire artistique de Polynésie française. Tiheni joue et se fait remarquer par les membres du jury.
« Ils m’ont proposé un poste pour accompagner le chant et la musique. J’ai commencé comme ça. Puis j’ai fait mes preuves et aujourd’hui je suis professeure de ‘ukulele au Conservatoire. »
Chaque semaine, elle intervient aussi dans les classes à horaires aménagés musique, les CHAM, un dispositif qui permet à des élèves de suivre leur scolarité tout en approfondissant une pratique musicale. C’est là, pendant l’un de ses cours, que le destin de Tiheni va basculer une nouvelle fois…

Le jour où M l'a choisie
Tiheni intervient alors au collège de Taravao dans le cadre de ces classes CHAM. Le chanteur M, de passage à Tahiti pour deux concerts, rend visite aux élèves. L’interprète de Je dis aime ou d’Onde sensuelle cherche quelqu’un pour l’accompagner. Forcément toute l’assemblée pointe Tiheni du doigt.
« Il m’a donné les accords. J’ai écouté sa musique. J’ai chanté avec lui, ça a fonctionné. Et il m’a dit : “Viens à la répétition”. »
Les 20 et 21 avril 2024, Tiheni Ena est sur scène à Faa’a, aux côtés de M, devant des centaines de spectateurs.
« C’était magique. Une simplicité, une humilité. La connexion s’est faite naturellement. Je devais seulement l’accompagner sur une chanson. Et il m’a fait faire toute la deuxième partie. Ce sont des moments que tu ne peux pas vivre deux fois. »
Ses enfants de cœur
Si Tiheni consacre une grande partie de sa vie à la musique, elle a une relation très forte avec ses neveux et nièces. Et forcément, elle leur transmet sa passion pour la musique. Elle les a inscrits au Conservatoire.
« Je les emmène à leurs cours chaque semaine. Je m’éclate quand je vois leur évolution ! »
Tiheni Ena sourit. Ce sourire-là, celui qu’elle a sur scène, dans sa salle de cours, avec ses petits. C’est le même sourire, la même éclate !

Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi et Tiheni Ena pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes





