
Poeiti Trouche : parler le langage des lieux
Poeiti Trouche, jeune architecte d’intérieur, conçoit des espaces pensés pour être vécus. Nourrie par les voyages, son identité multiple et ses leçons de vie, elle cherche, à travers chaque projet, l’équilibre juste entre rigueur, créativité et authenticité.
RÊVER EN GRAND
Dès l’enfance, Poeiti Trouche a l’intime conviction d’un avenir audacieux.
« C’est fou, je disais ça avec des copines quand on était en primaire : « Moi, je sais, je veux faire de grandes études”. »
Sa scolarité se déroule sans accrocs, à Papeete. Au lycée La Mennais, où elle prépare un bac S, il n’y a pas d’option Arts. Cependant, elle souhaite la passer en candidat libre.

« J’ai été au Conservatoire me préparer avec Matahi, le prof d’arts plastiques. C’est avec lui que j’ai commencé à ouvrir les portes de ma sensibilité artistique. »
Le diplôme en poche, Poeiti s’oriente vers une prépa Arts Appliqués.
« Je ne savais pas exactement où j’allais mais je voulais faire un métier créatif. »
PARTIR POUR SE CONSTRUIRE
« J’ai toujours beaucoup voyagé. Je pense, même si ça me faisait peur, que j’avais hâte de découvrir le monde. C’était la suite logique de partir faire ses études à l’étranger. »
C’est à Paris que Poeiti atterrit, à l’Ateliers de Sèvres1, en prépa. Elle y apprend les bases de l’architecture et de la scénographie. Suite à cela, la jeune femme entre à l’école Camondo2 pour se spécialiser dans l’architecture d’intérieur et le design d’objet. En quatrième année, avec un groupe d’amies, elles fondent une junior entreprise3.

« Ça nous a permis de gagner en confiance, d’avoir une expérience dans l’entrepreneuriat, de faire bouger la vie de l’école… On en est très fières. Je ne pense pas que je me serais mise à mon compte si je n’avais pas fait ça. »
Pour sa cinquième année, elle a l’occasion de rejoindre le 2e site de Camondo, situé à Toulon.
« Il fallait que je respire, que je sois plus proche de la nature. Ça fait partie de moi, je suis quelqu’un qui a grandi sur une île, évidemment je suis plus attirée par la mer. »
TROUVER L’ÉQUILIBRE ENTRE RIGUEUR ET CRÉATION
Déterminée, elle obtient son diplôme.
« Je n’avais pas vu le truc venir. Quand tu es en études, tu te concentres sur ton apprentissage. Quand tu sors de là, c’est la vraie vie. »

Et les questions se bousculent, entre la vérité du terrain et la difficulté à ressentir une légitimité à exercer.
« J’ai toujours voulu répondre à des attentes, et je me rends compte aujourd’hui qu’il faut lâcher prise et être authentique. Il faut être vrai avec soi-même, et tu attireras les bonnes personnes à toi. »
Finalement, Poeiti se lance à son compte, sans parachute.
RACONTER LES ESPACES
Si la jeune femme se définit comme quelqu’un qui a du mal à faire des choix, son métier lui colle à la peau, tel une évidence.
« Dans l’équilibre des volumes, le vide vaut autant que le plein. Ça peut être une métaphore sur la vie aussi. Tout s’équilibre et tout se donne une force. L’important finalement, c’est de trouver ce qui est le plus pertinent pour ce que tu veux raconter. En architecture, c’est le corps qui vit dans le projet, qui vibre dans l’espace. Dans mon métier, on crée pour l’autre. On ne fait pas une œuvre pour soi, on répond à une problématique avec notre propre sensibilité. Personnellement, quand je fais les choses, j’ai besoin qu’elles aient du sens. »

Elle parle aux lieux comme on écrirait des poèmes, cherchant avant tout l’harmonie des mots. Attentive aux détails, notre designer est également engagée pour la cause environnementale, et touchée par les questions d’identité.
« Le métissage, d’où l’on vient, ce sont des sujets qui me parlent beaucoup. En tant que créateurs, par essence, on rajoute quelque chose dans le monde, et je crois qu’il faut le faire consciemment. J’ai un énorme rapport à la terre, culturellement, c’est hyper fort. »
L’UNIVERS DES POSSIBLES
Son projet le plus ambitieux récemment : le restaurant Tomo Tomo à Toulon. Un comptoir japonais mêlant tradition et modernité, minutieusement réfléchi pour accueillir les clients dans une parenthèse hors du temps. Une expérience qui a donné du grain à moudre à l’artiste…


« L’objectif n’était pas de dessiner un restaurant de Tokyo. Je voulais faire dialoguer la culture nippone et celle du sud de la France. On y mange des spécialités japonaises mais dans un contexte toulonnais, en travaillant avec des artisans, des matières et des producteurs locaux. Je crois que ça a de l’importance. »
En 2025 Poeiti a reçu un Trophée TPM4, qui célèbre l’innovation, le talent et l’engagement. Touche-à-tout, elle embrasse dorénavant son âme créative.
« Aujourd’hui, je fais des objets, des espaces, j’essaie de développer mon activité de céramiste, mais peut-être que demain, je ferai des bijoux ou des robes, peu importe… »

À l’image de son parcours, Poeiti Trouche avance sans se figer, attentive aux lieux, aux récits et aux émotions, et compose des espaces vivants où l’identité, la matière et le sens dialoguent durablement.
1 Fondé en 1979, l’Atelier de Sèvres est une école d’enseignement supérieur privée spécialisée en art et animation.
2 L’École Camondo est une entité des Arts Décoratifs.
3 Association à but non lucratif, généralement liée à une école ou une université, qui fonctionne comme un cabinet de conseil
4 La Métropole Toulon Provence Méditerranée, en lien avec son agence de développement économique TVT Innovation, a lancé en 2022 les Trophées TPM, un événement destiné à récompenser les pépites du territoire.

Rédacteur
©Photos : Studio Godillot, Studio Luzi, Poeiti Trouche, Cartouche Louise-Michèle pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES




