
Apaura Walker : l’ange gardien d’Arue
Ancienne militaire et formatrice au RSMA, Apaura Walker est référente de la cellule « Bien vivre ensemble » depuis 2024 au sein de la police municipale d’Arue, un dispositif unique qui ramène le dialogue et la sérénité au cœur des familles en détresse. Rencontre avec Femmes de Polynésie.
Avec son collègue Rodney de la police municipale d’Arue, Apaura Walker effectue des journées de sensibilisation dans les écoles et des visites à domicile dans les familles, toujours avec un même objectif : être à l’écoute, essayer de faire face à la violence et à la délinquance, relever les personnes en difficulté et rapprocher les foyers. Tous deux effectuent un travail discret mais essentiel au sein de la commune.

« J’ai l’impression de réaliser à la fois un travail de psychologue, d’assistante sociale et de justicière. Lors de nos journées de sensibilisation dans les écoles, c’est alarmant : on se rend compte qu’il y a un vrai problème, mais c’est aussi un indicateur. Ces enfants, même en CP, connaissent la drogue, y sont confrontés au quotidien et certains ont déjà commencé à en consommer. Lors de nos visites dans les familles, on vérifie que les personnes sont en sécurité. On va dire qu’on est un peu leur ange gardien. »



La cellule, pensée en 2018 et officialisée en janvier 2024, tente de renouer les fils rompus au sein des familles.
« Avec mon vécu, je deviens plus sensible. Aujourd’hui, je trouve que les familles se déchirent : elles n’ont plus cette cohésion, cette paix sociale. Parce qu’elles ont besoin d’argent, parce que les réseaux sociaux ont remplacé la communication… C’est ça qu’on essaie de reconstituer : c’est 90 % de communication, de compréhension et de relations de confiance. Grâce à cette cellule, on arrive vraiment à apporter un nouveau souffle pour les familles, en désamorçant ou en étant un élément déclencheur. »

Une résilience née de blessures
Ce que peu savent, c’est que Apaura parle de ces familles avec intimité car elle aussi a un passé douloureux. Quatrième d’une fratrie de sept, elle grandit à Pirae dans la vallée de Hamuta, avant de rejoindre ses grands-parents maternels à Rurutu, à 9 ans, lorsque ses parents se séparent.
« J’ai connu deux modes de vie : celui où on est très aisé, où on ne manque de rien et où il y a des valeurs. Et à Rurutu, où l’on vit avec ce qu’il y a : le potager, la pêche, les traditions, la transmission, le tressage, la danse. »
Elle vit une adolescence hyperactive, sportive, un brin caïd dans l’âme. À 17 ans, elle devient mère. Pour la première fois, elle endosse les responsabilités de maman et rencontre des périodes difficiles. Des étapes de la vie qui l’ont forgées. Elle s’en sort grâce à ses frères aînés qui lui ouvrent les yeux, et à sa mère qui la protège.
En 2008, elle doit gérer la naissance de son deuxième enfant, ses études et préparer le bac.
« C’était un combat, un combat où il fallait que je protège mes enfants, puis, en même temps, gérer les études. J’ai eu mon bac. Je me suis dit : “Là, c’est ma première victoire. Si j’ai réussi ça, je peux réussir autre chose”. »



L’armée, une voix d’ouverture
À 25 ans, elle s’engage dans l’armée. Le colonel repère en elle une figure féminine solide pour encadrer et former les jeunes recrues aux valeurs militaires. Cette formation constitue une étape préalable avant leur intégration dans la filière choisie.
« Je deviens instructeur au RSMA. Pendant six ans, je forme des jeunes venus de tous les archipels, qui ont arrêté l’école très tôt, en perte de repères. Le fait de les accompagner, de leur donner un cadre, m’a permis de voir la réussite derrière. C’était ma plus grande satisfaction. »

Parallèlement, elle enchaîne les podiums sportifs en crossfit et jiu-jitsu.
« Le sport, c’était pour me dépasser, connaître mes limites et me discipliner davantage. En tant que militaire, il fallait être au top, être un exemple. »
Regarder vers l’avenir et se souvenir
En 2016, elle a rejoint la police municipale d’Arue. Deux ans plus tard, la cellule « Bien vivre ensemble » naissait. Aujourd’hui, celle-ci pourrait bien inspirer d’autres communes de Tahiti. De son côté, Apaura Walker veut continuer à aller de l’avant et ose songer, pourquoi pas, à des ambitions au service de la collectivité. Elle conclut notre entretien par un message clair et fondamental :
« Les outils que nous mettons en place existaient déjà. Il faut revenir en arrière, se souvenir… Les anciens avaient cette sagesse, cette manière de savoir-être qu’on a perdue. Pour moi, il faut d’abord connaître son histoire, savoir qui nous sommes, d’où l’on vient et où on va, avant de s’engager pour servir son propre peuple et reconnaître toutes les valeurs qu’on nous a inculquées. »

Portrait mis en avant par le Centre de Gestion et de Formation
Cl Augereau
Rédactrice
©Photos : Cl Augereau et Apaura Walker pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes





