
Évangéline Tihoni, première femme officier au sein des sapeurs-pompiers des communes de Polynésie
En octobre 2025, Évangéline Tihoni devient lauréate du concours externe de catégorie B de la sécurité civile. En charge d’une trentaine de pompiers professionnels, volontaires et personnels administratifs, elle veille chaque jour à répondre aux besoins de la population de Mahina, dans un métier où l’engagement collectif reste essentiel.
Mais derrière l’uniforme, il y a une femme, une mère, une Polynésienne profondément attachée aux valeurs de partage, de solidarité et de service.

Des racines qui guident
Évangéline Tihoni grandit à Tubuai. Aînée d’une fratrie de sept enfants, elle apprend très tôt le sens des responsabilités. Dans les îles, on ne grandit jamais seul. On apprend à soutenir, à aider, à être présent. Ces valeurs ne l’ont jamais quittée.
« Être utile aux autres, c’est naturel. »
Un parcours inattendu
Après la seconde, ses parents l’orientent vers des études spirituelles, guidés par leurs valeurs et la volonté de lui transmettre des repères solides. Pendant six ans, Évangéline étudie la théologie, avant de devenir pasteure. Ainsi, elle découvre ce qui l’anime profondément.
« J’ai compris que le lien aux autres faisait partie de moi. »
Servir autrement
À Papeete, elle entre dans la vie active et évolue rapidement dans le commerce, mais ressent le besoin de s’engager autrement. En 2016, elle devient sapeur-pompier volontaire à Pirae… Une évidence.
« Ce métier est fait pour moi. »
Servir, protéger, intervenir, être utile, concrètement.
S’affirmer avec détermination
Dans un univers encore largement masculin, les doutes existent. Mais Évangéline avance sans se laisser définir par le regard des autres. Elle se forme, s’investit et relève les défis : permis poids lourd, formations opérationnelles, engagement total.
« On me disait : “Tu es petite, tu es une femme, ce n’est pas fait pour toi”. »
Pourtant, elle persévère.
« Je voulais montrer que j’étais capable. »
Pas pour convaincre, mais pour rester fidèle à elle-même.

Grandir pas à pas
En 2021, elle rejoint la caserne de Mahina comme sapeur-pompier professionnelle. Animée par l’envie d’évoluer, elle reprend ses études en cours du soir et obtient son baccalauréat en un an, afin d’accéder au concours externe de catégorie B. Son parcours la conduit progressivement vers de nouvelles implications : gestion d’équipe, encadrement opérationnel, puis fonctions de commandement.
Aujourd’hui, elle fait partie des rares femmes à exercer de hautes responsabilités au sein d’un Centre d’Incendie et de Secours. Une position qu’elle assume avec humilité, sans perdre de vue l’essentiel : servir.
Diriger avec humanité
Pour Évangéline, diriger ne signifie pas imposer, mais protéger, rassembler et permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même au service de la population.
« Chacun a son histoire, ses difficultés et ses qualités. »
Elle veille à la cohésion, à la reconnaissance et à l’équilibre au sein de son équipe. Parce qu’une brigade, comme une famille, avance ensemble.



Trouver l’équilibre
Au-delà de son engagement professionnel, Évangéline est aussi mère de famille. Avec un mari également pompier, le quotidien demande organisation et adaptation.
« Au début, ce n’était pas évident. »
Mais ensemble, ils ont construit un équilibre entre engagement et vie de famille.
Garder son identité
En dehors de la caserne, Évangéline retrouve une autre part d’elle-même : la culture. Au rythme du Heiva, danses, chants et percussions deviennent une manière de transmettre les histoires, les racines et l’esprit du fenua.
« La culture, c’est une partie de moi. »
Sur scène, elle n’est plus cheffe ni pompier, elle est une vahine, portée par cette force collective si chère aux îles. Pour Évangéline, la culture n’est pas un à côté, c’est un équilibre.
La foi comme repère
Sa foi reste un fil conducteur.
« Si tu vois quelqu’un en détresse, il faut l’aider. »
Un principe simple, qu’elle applique chaque jour, sur le terrain comme dans la vie.
Évangéline Tihoni avance avec humilité. Elle ne parle pas de réussite, mais de parcours.
« Ça a toujours été un challenge. »
Son objectif reste inchangé : fédérer son équipe, continuer à évoluer, et surtout rester fidèle à ce qui la guide depuis toujours, le service des autres.
« Je ne cherche pas à prouver, je cherche à servir. »

Portrait mis en avant par le Centre de Gestion et de Formation
Cl Augereau
Rédactrice
©Photos : Cl Augereau et Évangéline Tihoni pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes





