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Tiarenui Ebb Femmes de Polynésie

Tiarenui Ebb, une vie en fleurs

Publié le 3 novembre 2026

Avant de cueillir une fleur, Tiarenui Ebb la remercie. Depuis son enfance, cette sage-femme tresse des couronnes de fleurs, une tradition qu’elle a racontée dans un livre, fruit de cinq années de travail. Pour Femmes de Polynésie, elle explique pourquoi il ne fallait pas laisser cet héritage se perdre, et ce que les fleurs lui ont appris.

Sécateur en main, Tiarenui coupe avec douceur une branche d’un arbuste, puis celle de l’arbre d’à côté. Elle les pose sur la table, puis sort d’une glacière quelques fleurs gardées au frais. Avec la même délicatesse, elle les noue pour en faire une couronne.

Son prénom, Tiarenui, associe en tahitien tiare, la fleur, et nui, grand. Un prénom prédestiné car, pour elle, ces végétaux sont des trésors depuis très longtemps.

Des couronnes à toutes les fêtes

« Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours aimé les fleurs, leurs couleurs, leurs odeurs. Ma famille se réunissait souvent pour faire des fêtes, il y avait toujours des décorations florales, des couronnes de tresses. On faisait des couronnes aussi pour la plage ou pour faire le tour de l’île. Pour moi, les couronnes de fleurs sont associées à la fête, à la joie de vivre, elles accompagnent les moments heureux du quotidien. »

C’est ainsi que la petite fille d’alors observe ses tantes, ses cousines assembler les fleurs. Rapidement, la jeune fille se prend au jeu. Avec ses cousines, elle ramasse des fougères lors des promenades dans les vallées et se met à tresser ses premières couronnes. Petit à petit, elle apprend d’autres façons de faire.

Tiarenui Ebb Femmes de Polynésie

Une fleur à l’oreille

Après son bac, Tiarenui part dans l’Hexagone, où elle reste six ans et où naît son fils. Là-bas, elle garde ses habitudes florales.

« J’ai toujours eu ce geste de mettre une fleur à l’oreille. Je cueillais ! Les gens ne disaient rien. »

Mais la Polynésie lui manque et Tiarenui décide de rentrer.

Tiarenui Ebb Femmes de Polynésie
Tiarenui Ebb avec son fils, 1987

« La mer, la chaleur me manquaient, et je voulais que mon fils grandisse en Polynésie. »

De retour au fenua, elle passe en juin 1988 le concours de sage-femme et le réussit.

« J’ai toujours aimé les enfants, les nourrissons… C’est un métier que j’ai tout de suite adoré, accompagner les femmes pendant la grossesse et l’accouchement, m’occuper des nouveau-nés. »

Le même geste

Tiarenui a eu une longue carrière de sage-femme mais aussi de formatrice où elle a enseigné à l’école de sages-femmes. On lui demande souvent quel lien il peut y avoir entre son métier et les fleurs. La réponse lui est venue il n’y a pas si longtemps, alors qu’elle composait une couronne avec des fleurs très fragiles.

« Lorsqu’on manipule, on touche les corps, il faut le faire avec douceur, avec respect. C’est le même geste qu’avec les fleurs. Est-ce que les manier avec délicatesse m’a appris à toucher les corps ? Je pense que oui. »

Tiarenui Ebb Femmes de Polynésie

Les fleurs viennent enjoliver sa vie, et elle les respecte. Ce sont des êtres vivants.

« Je prélève les végétaux dans la nature avec respect et en leur demandant si c’est ok pour eux. Puis je les remercie. Mais il n’est pas si rare qu’ils se refusent à moi et dans ce cas je respecte leur désir de rester là où ils sont et je ne les cueille pas. »

Tiarenui Ebb Femmes de Polynésie

Cinq ans pour écrire le livre

Cette passion, Tiarenui décide d’en faire un livre.

« J’ai commencé ce projet en 2017. Je me suis aperçue que les Polynésiens portaient de moins en moins de couronnes de fleurs. Aujourd’hui, ce sont les touristes et les employés de l’hôtellerie qui portent des couronnes. J’ai voulu perpétuer cette tradition et éviter qu’elle ne tombe trop dans le folklore. »

Tiarenui Ebb Femmes de Polynésie

Elle n’avait jamais écrit de livre, mais son métier d’enseignante l’a habituée à la pédagogie et à la recherche universitaire. Elle réalise d’abord les couronnes, qu’elle prend en photo. Elle se documente ensuite dans les écrits et les sources, puise dans ses photos de famille des clichés de Polynésiens couronnés, puis se met à écrire.

Après cinq années de travail, Couronnes végétales de Tahiti paraît en août 2023 aux éditions Au vent des îles. Il retrace l’histoire des couronnes, déjà portées avant l’arrivée des Européens, et explique comment les réaliser.

Et lorsqu’on lui demande ce que sont pour elle les fleurs, Tiarenui répond d’une voix pleine de douceur.

« Une vie sans fleurs, ce n’est pas possible. Une couronne de fleurs, c’est la vie, la joie, elle met de la poésie dans notre quotidien ».

Pauline Stasi

Rédactrice

©Photos : Pauline Stasi et Tiarenui Ebb pour Femmes de Polynésie

Directeur des Publications : Yvon BARDES

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