
Nahema Charles, une détermination à toute épreuve
Enfant de l’océan, Nahema Charles fait de la mer son terrain d’expression. Femmes de Polynésie rencontre à nouveau cette vahine inspirante qui trace son chemin avec une conviction : les savoirs se partagent et les rêves se réalisent à force de travail.
UNE PASSION NÉE AU CŒUR DE L’OCÉAN
Nahema Charles ne fait jamais les choses à moitié.
« J’ai commencé avec la pêche au gros, qui m’a directement plu. Vu que je fais uniquement des produits de la mer dans mes roulottes, je voulais aller moi-même chercher mon poisson. »


De la chasse à l’assiette, elle reste animée par l’envie de valoriser les richesses du fenua.
« Je suis contente de faire découvrir d’autres poissons aux touristes. De varier, de faire goûter ce qu’on a chez nous. On a tellement de beaux produits que ça me tient à cœur de faire découvrir ça. »
Grâce à l’association To’a Hine Spearfishing, la jeune femme découvre également la chasse sous-marine.
« C’est une ambiance fun, avec des femmes qui partagent la même passion de l’océan. »

Pour Nahema, cette pratique reste avant tout une relation de respect avec la nature et non une recherche de performance à tout prix.
« Quand on va à la chasse, c’est pour ramener du poisson. Ce n’est pas pour ramener un trophée. »
TRANSMETTRE POUR FAIRE PERDURER LES SAVOIRS
Au-delà de sa pratique, Nahema souhaite aujourd’hui partager son expérience et accompagner les nouvelles générations.
« J’ai un diplôme d’initiatrice. En fonction des demandes de l’association Toa Hine et de la fédération tahitienne de chasse sous-marine, je suis amenée à faire des missions dans les îles pour former à la sécurité et à la chasse sous-marine. Il faut former les jeunes à la relève. »
Un désir qui prend aussi racines dans une dimension plus personnelle.

« J’aimerais bien pêcher avec mon fils, voir son évolution, lui apprendre ce qu’on m’a appris. »
Car les savoirs ne devraient pas disparaître avec ceux qui les détiennent.
« On n’est pas éternels. Si on ne partage pas notre savoir, on va partir avec et, à quoi bon ? »
UNE LÉGITIMITÉ À CONSTRUIRE
Ambitieuse, Nahema Charles sait faire entendre sa voix dans un univers encore majoritaire masculin.
« En tant que femme, tu dois vraiment te faire une place dans la chasse sous-marine. »
En novembre 2025, elle entame une nouvelle aventure : les championnats du monde de chasse-sous-marine au Brésil.

« Les compétitions : c’est le même poids de poisson que ce soit les filles ou les garçons. C’est la même zone pour tous, six kilomètres de zone. Tu fais tout à la nage. C’est se dépasser et donner toujours plus de soi. »
Pour s’y préparer : plus d’alcool, plus de sucre, du sport deux fois par jour… Tout ça en gérant deux roulottes et en étant mère d’un petit garçon de 9 ans.
« C’est énormément de sacrifices pour pouvoir faire ce qu’on aime ! »
L’ESPRIT D’ÉQUIPE : UNE FORCE DANS LES PROFONDEURS
Initialement, lorsqu’elle rejoint la compétition, c’est en tant que soutien pour sa binôme Louise Lamotte.
« J’étais sa capitaine. Rahiti, le président de la fédé, m’a demandé de faire remplaçante, au cas où. »
Finalement, elle participe aux épreuves à ses côtés.

« C’était très intense. Cinq à 6 heures par jour dans l’eau à raison de 5 à 6 jours par semaine. Visibilité nulle, à maximum 9 mètres. On est quand même revenues avec le titre de championnes du monde par équipe. »
Une victoire rendue possible grâce à une complicité totale entre les équipières.
« C’était un très beau travail d’équipe parce qu’on avait mis en place une stratégie. On a décidé de tout mettre en commun, de mettre nos points GPS en commun, d’aller tous ensemble. »

Dans cette discipline où chaque plongée engage la confiance de l’autre, Nahema est fière de pouvoir compter sur celle qui l’accompagne sous l’eau.
« On a un lien très particulier avec Louise. Ça fait trois ans qu’on pêche ensemble, on a pratiquement tout vécu ensemble. Dans l’eau, il faut que tu sois encore plus vigilant, tout ce qui t’arrive est décuplé. Quand tu vas au fond, ta binôme est là, c’est elle qui veille sur ta vie. »
Des attaques de requins, aux défis des championnats mondiaux, ces deux athlètes ne reculent devant rien. Ensemble, elles bravent la peur et prouvent que leur place dans le monde de la chasse sous-marine est belle et bien méritée.
« Ce qui se passe dans notre tête, on peut le réaliser. Il faut aller au bout de soi, il faut croire en soi, il faut persévérer. Le travail paye un jour. Tôt ou tard, le soleil brille. »


Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle et Nahema Charles pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES





