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Santé & Sport

Piimana, championne de Crossfit : une victoire à savourer

Publié le 3 juin 2022

Troisième jour de compétition du Polynesian Battle Games 2022 à Papeete. Femmes de Polynésie rencontre Piimana Bouyer en coulisses, où la crossfiteuse patiente. Ambiance d’échauffements, d’attente, de concentration, d’excitation. Atmosphère de muscles bombés, luisants de sueur et d’huiles de massage. Dans une heure, avec sa coéquipière Here’iti, Piimana se présentera devant jury et public. En attendant, la jeune femme nous raconte, se raconte…

DES MARQUISES À TAHITI

« Je suis originaire des Marquises, de Omoa à Fatu Hiva. Je suis la dernière d’une fratrie de douze enfants. L’aînée a 51 ans, j’en ai 28. Il y a plus de trente neveux et nièces dans notre famille. Même si nous sommes éparpillés à travers la Polynésie et la France, nous restons une famille soudée.

J’ai toujours aimé l’effort physique. Mon premier sport est la danse, et j’ai neuf Heiva à mon actif. Au collège à Tahiti, j’ai essayé le triathlon, et découvert l’athlétisme et la course en compétition. J’ai débuté les trails1 à 18 ans. Au mois de juin, je participerai à ma troisième X-Terra2.

Après mes études à Tahiti, je suis partie en France avec mon groupe de danse. Mon père m’a dit: « Tu voyageras sur une terre inconnue, tu seras seule : il faut que tu sois forte, que tu restes concentrée. » Il m’a dit que l’alcool serait mon pire ennemi, instigateur d’ennuis par manque de vigilance. Je l’ai écouté.

Mon papa est décédé il y a quatre semaines. Avec toute ma famille, nous sommes allés l’enterrer à Fatu Hiva et redonner de la beauté à la maison familiale. Je suis revenue il y a deux jours seulement. Jusqu’au dernier moment, je ne savais pas si j’allais participer au championnat de Crossfit3. Car j’ai arrêté les entraînements pendant trois semaines. Et un niveau durement acquis se perd vite… »

« Le fait d’être ici, c’est une victoire ; dans ma tête j’ai déjà gagné la compétition. Je la fais pour moi uniquement, pour me dépasser. »

CROSSFIT

« À Paris en 2015, je suis restée concentrée. C’est ainsi que je me suis démarquée. Mes patrons, des traiteurs réputés, m’ont rapidement fait confiance. À 23 ans seulement, j’organisais de grandes réceptions et des mariages à travers toute la France, en dirigeant une équipe ; puis j’ai travaillé en Espagne. Je devais partir pour Taïwan, mais le covid en a décidé autrement.

J’ai enchaîné beaucoup de petits boulots, très tôt, pour payer mes études. J’ai une licence en langues polynésiennes. J’ai souvent travaillé dans le commerce et la restauration, à Tahiti, Raiatea, et en Europe. À mon retour ici, j’ai ouvert un salon d’onglerie, et à présent je suis coiffeuse. »

« Sans la pandémie, je ne serai sûrement pas là aujourd’hui, et je n’aurai peut-être jamais débuté le crossfit. »

« Le covid m’a obligée à modifier mes plans de voyage et à stopper la danse comme les trails. Mais il me fallait faire du sport : j’ai alors débuté le crossfit avec des copines.

Le crossfit n’est pas qu’un travail de force. C’est très intéressant d’acquérir de la technique. Je m’entraîne full depuis deux ans, c’est-à-dire en cardio, en haltérophilie et en gym, du lundi au samedi. C’est un sport très complet. »

COMPÉTITION

« J’aime la compétition pour dépasser mes limites, sentir l’adrénaline qui irrigue mon corps et vibrer aux acclamations du public. »

Ce dimanche est le troisième jour du championnat. Il y aura 10 rounds de wall ball4, de knees to hips5, et de hang clean6, le plus difficile puisque nous soulevons une barre d’haltérophilie sans élan. Surtout que nous démarrons avec la fatigue des jours précédents. Vendredi : cardio intensif et parcours du combattant au RSMA7. Samedi : piscine avec nage soutenue.

J’ai suivi un régime alimentaire pour prendre de la masse et de la force. Il est important de bien se connaître. Il faut être à la fois fébrile et concentré, gérer son effort pour ne pas se blesser et rester endurant. À chaque mouvement, j’essaie de rester stable, car ma force réside dans les muscles de mes cuisses. »

C’est le tour de Piimana et de sa partenaire. La musique bat son plein. Acclamations, applaudissements, encouragements. La foule est surexcitée, dense, massée autour de la scène, débordant à l’extérieur de la salle Black Box, regards braqués sur les sportives.

Contre toute attente, Piimana et sa partenaire Here’iti vont remporter la première place de leur niveau scaled8. Quelle fierté ! Car cet exploit a la saveur d’une victoire qui va bien au-delà d’un trophée.

1 Course à pied sur longue distance en milieu naturel

2 Cross triathlon

3 Discipline crée aux États-Unis qui associe des exercices constamment variés, des mouvements fonctionnels et un entraînement à haute intensité.

4 Jet d’une balle pesant 6 kg contre un mur

5 Agrippé à une barre de traction, on ramène les genoux en hauteur 

6 La barre d’haltérophilie doit être soulevée une fois qu’elle a dépassé les genoux

7 Régiment du Service Militaire Adapté

8 Il existe plusieurs niveaux en Crossfit, scaled est le deuxième sur cinq

Doris Ramseyer 

Rédactrice

©Photos : Doris Ramseyer et  Piimana Bouyer pour Femmes de Polynésie

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