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Portrait

Valentine Cheng Artisane Raiatea Femmes de Polynesie Credit : Gaelle Poyade

Valentine Cheng : « le coquillage, c’est le petit pécule des mamans »

Publié le 16 avril 2026

On l’entend souvent avant de la voir, Valentine Cheng s’annonce par une voix haut perchée et joyeuse, des bracelets qui tintent ou des boucles d’oreilles qui tintinnabulent. Cette passionnée des coquillages depuis son enfance fait partie des artisans du marché de Uturoa. Femmes de Polynésie est allée à sa rencontre. 

Née à Huahine, Valentine Cheng a grandi à Fitii jusqu’à l’âge de 12 ans, jusqu’au moment de déménager sur Tahiti. Le déracinement est si intense pour la petite fille que sa scolarité s’interrompt en CM2.

Valentine Cheng Artisane Raiatea Femmes de Polynesie Credit : Gaelle Poyade

« J’ai fait l’école buissonnière parce que je ne me sentais pas bien à Tahiti. Par la suite, avec ma maman, je vendais des māpē, je confectionnais des colliers de coquillages. C’est d’elle que je tiens mon savoir. »

Au parc Aorai Tinihau, sur la commune de Pirae, la jeune femme débute son métier d’artisane en tenant un stand de coquillages, un jour par semaine. Mais, pour suivre son mari, la trentenaire s’envole vers  l’Hexagone et découvre le sud de la France via la ville de Menton. Ce changement lui plaît et lui ouvre un horizon plus large. De retour au fenua en 2012, elle s’installe à Raiatea, près de sa sœur.

Naturellement, elle se met à fabriquer des tours de cou, des sautoirs, des bagues et de nombreuses pièces originales comme ces tours de chapeaux qui évitent que le couvre-chef ne s’envole, ces porte-crayons ou encore ces terrariums de sable, bocaux en verre composés de sable et d’un assortiment extraordinaire de coquillages. À l’étage du marché de Uturoa, Valentine vend ses fabrications dominées par le pōrehoanani, une porcelaine blanche très prisée en ras-du-cou.

Valentine Cheng Artisane Raiatea Femmes de Polynesie Credit : Gaelle Poyade

«Les pōreho ont toujours une place de choix dans mes créations. Je travaille aussi les larmes de Job ou les mā’oa1 qui viennent de Maupiti. Pour les couronnes de chapeaux, j’utilise les pī’u’u2 »

Les porcelaines matamīmī, appelées aussi cauri, Valentine les assemble en forme de fleurs car les voyageurs apprécient ces motifs pré-assemblés avec lesquels ils décoreront miroirs ou cadres photos. En dépit des préjugés, les touristes étrangers ne sont pas le gros de sa clientèle. Ce sont les locaux qui achètent. En effet, dès avril, Valentine voit affluer les demandes des troupes de danse qui préparent leurs costumes en vue du Heiva.

Solidarité féminine

Si Valentine a longuement ramassé, au côté de sa maman, les coquillages, que ce soit à Faaone (Bora Bora), à Maupiti ou encore à Papenoo (Tahiti), elle les achète désormais à des mères de famille.

« Avec les coquillages, tu ne gagnes pas beaucoup d’argent mais tu en gagnes chaque jour un peu, c’est le petit pécule des mamans pour nourrir les enfants. En leur en commandant, je les aide un peu. »

Valentine Cheng Artisane Raiatea Femmes de Polynesie Credit : Gaelle Poyade

Elle-même a dû multiplier les emplois de vendeuse de prêt-à-porter, d’aide-maternelle en crèche, car les recettes de l’artisanat restent, bien souvent, insuffisantes.

Débrouillardise et sens du commerce

« Quand je vivais sur Tahiti, j’ai travaillé pour la bijouterie Sibani Pearls, qui était située au centre Vaima3. C’est là que j’ai pris conscience de ma capacité de travail et de mes qualités de vendeuse bien que je ne parle que le français et le tahitien. J’ai vendu une perle à un million de francs à un Japonais alors que je ne connais rien de cette langue ! »

Les jus bien-être

Valentine, on la connaît à l’étage du marché, mais aussi au rez-de-chaussée. Depuis 2017, l’entrepreneuse a développé un stand de jus frais aux vertus thérapeutiques, à base exclusivement de fruits, légumes et racines locaux ainsi que d’eau de coco.

Valentine Cheng Artisane Raiatea Femmes de Polynesie Credit : Gaelle Poyade

Ses inventions de saveurs sont nombreuses : citron et combava en cas de goutte ; légumes verts contre le diabète ; fruit de la passion, ail et miel pour les soucis oculaires ; ou encore jus détox à base de noni. Ce dernier fait d’ailleurs partie des meilleures ventes. Valentine le travaille pur ou coupé avec de l’ail et du gingembre afin de remédier aux coups de froid.

« Chaque ingrédient qui rentre dans ton corps produit un effet sur ton organisme. Grâce à ces mélanges végétaux, ton corps est propre, ton haleine est bonne. »

Ce savoir lui vient de ses aïeux.

« Mes grands-parents, mes parents, mes oncles et tantes préparaient plein de potions issues du rā’au tahiti. Enfant, je ne buvais pas de soda, de brique de jus, aucune boisson venant du magasin. Aujourd’hui, je transforme ces recettes en jus de tous les jours.  »

Valentine Cheng Artisane Raiatea Femmes de Polynesie Credit : Gaelle Poyade

1 Bigorneau

2 Nom générique de certains mollusques bivalves, usuellement nommés coques ou bucardes

3 La bijouterie Sibani Pearls existe aujourd’hui à Vaitape, à Bora Bora.

Gaëlle Poyade

Rédactrice

©Photos : Gaëlle Poyade pour Femmes de Polynésie

Directeur des Publications : Yvon Bardes

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