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Portrait

Evelyne, la tisseuse de liens

Publié le 11 juin 2021

Evelyne tresse du pae’ore*. Elle enseigne dans sa petite école l’art de faire des paniers et toutes sortes de tressages. Originaire de l’archipel des Australes, Evelyne pratique cet art traditionnel, depuis son plus jeune âge. Avant d’en faire son métier, elle était assistante sociale. Pour comprendre son parcours, nous sommes allés la rencontrer. Tout en tressant ses paniers, elle a raconté à Femmes de Polynésie comment elle avait choisi de prendre ce chemin.

L’harmonie des liens

Certaines femmes naissent pour tisser et réparer les liens. Evelyne, 4ème d’une famille de 11 frères et sœurs, a, depuis petite, une sensibilité naturelle. Elle tient à la famille, entretient l’harmonie entre tous les membres.

« Ma tatie était assistante sociale. J’aimais beaucoup son métier et j’ai choisi de devenir comme elle et aider les autres. »

Elle répare les liens. Elle console, oriente et protège les enfants. Elle est douée dans son métier.

« Je recevais beaucoup de jeunes filles abîmées par la malveillance de leur entourage. »

Elle vit à cette époque à Tahiti. Un jour, après des examens médicaux, elle apprend qu’elle ne pourra pas avoir d’enfants. Avec cette nouvelle, un de ses plus grands rêves s’écroule.

« Je suis née dans une grande famille, je rêvais de devenir mère. Quand on m’a annoncé que ce serait impossible, j’ai été anéantie. »

Evelyne au grand coeur, maman fa’a’amu

À chaque grossesse dans la famille, elle rappelle gentiment qu’elle pourra s’occuper du bébé au cas où, si besoin.

« Si tu ne veux pas de celui-là, pense à moi, je le prends. »

Finalement, elle éduquera comme une mère les enfants de son frère, son neveu et sa nièce. Elle les mène jusqu’aux hautes études.

« Je suis très fière de ce qu’ils ont fait de leur vie. »

Elle restera avec eux et vivra pour eux jusqu’à ce qu’ils s’envolent de leurs propres ailes.

« Si tu es sûr que tu es prêt mon fils, alors vas-y. »

Mais pour elle-même, Evelyne ne tisse aucun lien amoureux. Elle ne veut pas compromettre la vie d’un homme qui ne pourrait pas devenir père avec elle. Alors elle se prive de relations durables.

Elle donne tout son amour à ses parents et à ses frères et sœurs.

Ne jamais dire jamais

Son temps libre, Evelyne le consacre à la danse, aux costumes et au tressage. Maîtrisant petit à petit chaque type de tresses, de nœuds et d’assemblages. Avec ses parents, elle apprend aussi à cultiver et sécher le pandanus.

« C’est un art que tu dois pratiquer sans arrêt pour bien le maîtriser. »

Cependant, il manque un lien qu’elle ne peut pas tisser, alors comme pour remercier cette petite dame si généreuse, la vie lui envoie un coup de pouce.

À 39 ans, elle rencontre un homme qui tombe amoureux d’elle. Il a fait des études de médecine et comprend très vite le problème d’Evelyne.

« C’était le premier qui me disait que j’avais encore un espoir d’avoir un enfant. Avec lui, nous sommes allés voir des spécialistes, nous n’avons pas réussi avec les FIV*. Un jour, alors que nous n’avions plus d’espoir, le gynécologue qui me suivait me fait une échographie. Il s’approche de nous et nous félicite. Au début, nous ne comprenions pas pourquoi ! »

Ils ne réalisent pas tout de suite. L’impossible est devenu réalité. La vie leur offre un miracle. Quelques mois plus tard, leur petit garçon vient agrandir leur famille.

La transmission de la culture des australes

Leur vie les amène vivre à Raiatea.

« Sur cette île, je me suis dit que c’était évident, je devais tresser et c’est tout. »

Evelyne sent qu’il est temps d’exercer le métier qui la passionne, pour lequel elle est douée, elle espère faire émerger de nouvelles vocations.

Elle ouvre son école de tressage, cultive ses pandanus venus de son île, Rimatara.

« Au départ, j’enseignais dans les écoles, les enfants apprenaient les gestes du tressage. »

Son succès auprès des adultes devient grand, alors rapidement, elle se consacre à son atelier et à ses passionnés.

Sa raison d’être

Aujourd’hui, Evelyne est la plus heureuse.

« On n’a rien sans rien, c’est beaucoup de travail mais c’est aussi beaucoup de plaisir. »

Elle est connue, on vient la voir de très loin. Elle nous transmet sa passion avec son grand sourire et beaucoup de patience.

« Je veux transmettre mon savoir. Il n’y a pas beaucoup de monde qui fait du tressage comme moi. Les gens achètent du plastique. Le panier tressé en pae’ore, tu peux le réparer tout le temps. »

Pour tresser vous aussi vos propres paniers et boîtes, réservez auprès d’Evelyne Tressage à Raiatea.

Elle prévoit tout pour vous et vous repartirez fiers, avec en main un savoir-faire ancestral.

*pandanus

*Fécondation In Vitro

Marie Babinger

Rédactrice Web

©Photos : Marie Babinger pour Femmes de Polynésie

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