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SYLVIE : MA VIE D’ENFANT FA’A’AMU

Publié le 13 janvier 2022

Sylvie Vitiello réfléchit à deux fois avant de se confier à Femmes de Polynésie. Sa vie ressemble à un fleuve tumultueux où l’eau s’apaise soudainement pour se plisser à nouveau. Sylvie est bébé quand elle quitte son île natale et ne revient à Tahiti qu’une fois adulte. Avec beaucoup de respect et d’émotion, nous osons écrire son parcours.

FILLE FA’A’AMU¹

« Je me vois enfant, découvrir mes vrais parents. Ma mère avec son regard tendre, son sourire. Mon père, derrière sa bétonnière, et qui pleurait, ému de me voir pour la première fois. J’ai alors huit ans. »

Sylvie est bébé quand elle arrive en France.

« Je suis née sur une île où je n’ai pas vécu, j’ai grandi en pays étranger pendant vingt-huit ans. Jamais je n’aurai pensé revenir à Tahiti. »

C’est à l’école que Sylvie découvre qu’elle est une enfant adoptée.

« Les autres enfants se moquaient de moi, de mon nez plat, de mes beaux cheveux longs, du fait que je ne ressemblais pas à ma sœur. Ma mère est originaire de Huahine, mon père est pied noir2. Ce sont eux qui m’ont élevée. »

Ces derniers l’emmènent à deux reprises au fenua pendant son enfance, elle y rencontre alors sa famille biologique.

« C’est une période très dure et compliquée. »

Quand Sylvie revient en Polynésie en 2005, elle est femme et mère. Elle s’installe un temps à Raiatea avant de revenir sur Tahiti.

RENCONTRE AVEC MA MÈRE BIOLOGIQUE

Depuis toujours l’esprit de Sylvie ressemble à une eau bouillonnante emplie de questionnements. En 2011, elle se met à la recherche de sa maman biologique, son père n’étant plus de ce monde. Soutenue par son nouveau compagnon, elle arrive dans une des communes de la côte Est.

La gendarmerie n’ayant pu lui répondre, bouleversée, elle s’adresse à l’épicière : 

« Je recherche ma maman biologique, car je suis une enfant fa’a’amu ! »

Rapidement elle est dirigée vers la maison rose juste en face : c’est celle de sa grand-mère maternelle ! La vieille femme reconnaît immédiatement Sylvie, pourtant elle perd la mémoire.

 

Le tonton de Sylvie, désigné par l’épicière, la mène enfin vers la maison tant recherchée. Il lance : « Hey Mamy, y’a quelqu’un pour toi ! »

 

Face à face entre mère et fille. Retrouvailles baignées de larmes. 

 

Un véritable flot familial déferle hors de la maison : Sylvie se découvre des frères et sœurs. Des neveux, des nièces, des mo’otua3, des tontons et des taties.

« J’ai dû verser toutes les larmes de mon corps ! »

La vague d’émotion continue : le voisinage se mêle aux retrouvailles, à l’allégresse, aux pleurs ! Puis l’onde de joie atteint tout le quartier.

« C’est la plus belle journée de ma vie. »

AVANCER MALGRÉ TOUT

Sa vie, tel un fleuve, emprunte de nombreuses courbures, se transforme parfois en dangereux rapides, et souvent l’eau avance avec l’impression d’être freinée. Sylvie tombe bas, très bas, et aurait pu ne plus en revenir. 

« Je veux y croire, au bonheur. »

Son passé se transforme en force : Village d’Enfants SOS de Polynésie4 l’accueille comme éducatrice familiale. Elle se heurte à la blessure d’enfants pour qui elle devient mère de substitution, des petits qui l’éprouvent et s’attachent à la fois.

« C’est la mise en relief de ma propre souffrance intérieure. »

C’est à ce moment que Sylvie débute un travail personnel. Sur son chemin elle rencontre deux êtres de lumière qui l’aident à grandir intérieurement.

« Maintenant je me laisse guider, j’apprends à faire confiance à la vie. »

Puis c’est un non-voyant qui lui ouvre les yeux, et ose lui dire qu’elle est belle ! Un baume au cœur qui l’aide à avancer plus loin. Sylvie trouve dans l’association Ai’mata no Porinetia une vraie force. Elle y combine aide à la personne et bénévolat auprès d’êtres atteints d’handicaps physiques et sensoriels.

APPRENDRE À ÊTRE CONFIANTE

Autre leçon de vie. C’est un moment où un fleuve s’assèche. Le décès de l’ancien petit ami de sa fille. Il s’appelait Torea, il est emporté par sa passion, la pêche sous-marine. Lors de la veillée, Sylvie ressent quelque chose de très fort.

« Je me suis mise à la place de cette mère en deuil. Triste et si forte à la fois. J’ai compris que la vie ne tient qu’à un fil. »

Du jour au lendemain, elle change complètement. Sa colère d’enfance s’envole. Elle comprend auprès de cette mère endeuillée que : 

« Même la plus dure des épreuves est à accepter avec amour, afin que la douleur ne se cristallise pas, mais que l’amour triomphe. »

Sylvie apprend à s’écouter, à se faire plaisir, et puise sa force dans sa croyance. Elle aime la musique classique, le ‘Ori Tahiti, jardiner, dessiner, rire, cuisiner avec esthétisme. Et ses filles plus que tout.

« On a tous nos expériences, j’apprends à les voir en positif ! »

Son fleuve à elle ne sera peut-être pas le plus calme. La différence, c’est qu’elle a appris à le canaliser. 

Pratique traditionnelle en Polynésie où l’enfant n’est pas nécessairement
élevé par sa famille biologique, mais plutôt par la personne la plus apte à le
faire.

2 Français originaires d’Algérie installés en Afrique Française du Nord jusqu’à l’indépendance

3 Petits-enfants, petits-neveux

4 Le village d’enfants SOS de Papara propose à des enfants sous protection
judiciaire un accueil adapté et de type « familial ».

Doris Ramseyer

Rédactrice

©Photos :Doris Ramseyer pour Femmes de Polynésie

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