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Carrière

Julie Vigouroux fait aimer l’anglais aux collégiens !

Publié le 21 août 2020

Nous vous avions partagé, à travers les articles sur Mathilde Monbrison, et l’an dernier The Polynesian wonder woman, les travaux de ses élèves collégiens, qu’elle a transformés pour ce projet en équipe de rédacteurs ! Car celle qui se cache derrière la signature Miss Vigouroux est professeure d’anglais au Collège de Hitia’a O Te Ra. En pleine rentrée des classes, Femmes de Polynésie vous présente une jeune femme passionnée par son travail, qui fait sauter avec un naturel déconcertant la barrière de la langue anglaise.

 

Une littéraire dans l’âme

Julie Vigouroux arrive à Tahiti en 1994, alors qu’elle n’a qu’1 mois. Elle grandit à Punaauia et y suit toute sa scolarité jusqu’au bac. Sur les conseils de sa professeure d’espagnol, elle s’inscrit en prépa littéraire.

« Je ne savais pas du tout ce que c’était, mais elle m’a dit : “Tu verras, c’est comme la L, mais un petit peu plus difficile.” »

Julie avec son père et sa sœur Jade (à gauche)

Défi relevé, elle s’envole pour la métropole et atterrit à Epinay Villetaneuse, en banlieue parisienne. Ses 2 années de prépa se poursuivent par une licence LLCER1, où elle se spécialise sur la langue anglaise.

« Je voulais passer le CAPES2, mais il n’était pas encore ouvert à Tahiti. Alors j’ai fait un master de recherche en didactique et linguistique pendant 2 ans à Paris. »

Julie s’oriente ainsi concrètement vers l’éducation. Après 6 mois en Écosse, elle rentre à Tahiti.

« La préparation du CAPES d’anglais n’est ouverte qu’une année sur deux ici, alors je me suis inscrite au CNED3 et l’ai préparé à distance. Après avoir réussi les écrits, je suis partie passer les oraux en France.»

En 2018 elle rentre à Tahiti faire son année de stage. Après un an au Collège du Taaone, elle passe à celui de Hitia’a O Te Ra, où elle vient de faire sa 2ème rentrée.

La naissance d’une vocation

« Depuis la 6ème je sais que je veux enseigner l’anglais, grâce à Mme Chinain, ma professeure d’anglais au Collège de Punaauia, sur qui j’ai fait par la suite mon master de recherche. »

À l’époque, la jeune Julie est gothique – mouvement très à la mode à ce moment-là.

« J’avais mes petits poèmes, ma petite musique gothique dans les oreilles, les cheveux devant les yeux comme Chucky4, et j’étais de plus en plus au fond de la classe. »

Sa prof d’anglais, habituée à la voir au 1er rang, commence à s’inquiéter et alerte ses parents.

« Elle m’a aidée à me sortir de là, ce qui est une très bonne chose, car je ne sais pas où j’en serais maintenant. »

Julie s’attache à son enseignante, et prend goût à ses cours et à l’anglais, au point de décider d’en faire son propre métier.

« Je voulais faire pour d’autres ce qu’elle avait fait pour moi. »

La volonté de travailler avec les collégiens

« J’ai choisi le collège par rapport à mon physique. Je sais très bien qu’étant de petite taille et faisant jeune, les élèves de lycée allaient me prendre pour une autre élève ! (rires) »

La douzaine d’années qui la sépare de ses élèves est pour elle un atout. Elle aime aborder avec eux divers sujets, sur lesquels ils ont une vision personnelle. Son choix de classes de 4ème et 3ème n’est pas anodin.

« Ce sont des classes généralement difficiles, mais j’adore travailler avec eux, car ce sont des années que j’ai aussi très mal vécues à leur âge. »

Quand on a connu les cours d’anglais d’il y a 20 ans, on s’émerveille devant la méthode que Julie adopte. Ne soyez pas surpris de la voir avec ses classes dans la cour d’école, en pleine nature ou en ville ! L’objectif est de favoriser l’apprentissage par la mise en situations concrètes de l’environnement quotidien, ou en abordant les centres d’intérêt concrets de ses élèves, sans oublier Tik Tok ou Instagram.

« Tout part de la réforme de 2011, sur ce qu’on appelle l’ ‘ approche actionnelle’ de l’apprentissage des langues. Le but est de mettre l’élève dans un contexte, où il a besoin de la langue comme un outil pour communiquer, et pas juste pour montrer qu’il a bien compris la règle de grammaire. »

Julie vient de faire sa 2ème rentrée au collège de Hitia’a o te ra sur la côte Est, avec des classes de 4ème et 3ème.

« Ce que j’adore avec cet établissement, c’est le côté ‘petit village’, on connaît mieux les élèves, leur parcours, leur fond sociétal. Les échanges sont plus développés, plus profonds. »

Ce qu’elle souhaite pour cette nouvelle année scolaire ?

« Plein d’échanges avec mes élèves, les voir grandir et les aider à être de bons citoyens, solidaires, de toujours garder la culture polynésienne même si je leur donne un peu d’anglais dans tout ça. C’est le lien avec mes élèves qui m’apporte dans mon travail. »

« Tous les pays autour de nous sont anglophones, et on a des liens particuliers et culturels avec la Nouvelle Zélande et Hawaii – le triangle polynésien. Pour transmettre et partager notre culture, il faut une langue commune, et aujourd’hui cette langue, c’est l’anglais. »

1 Langues littératures et civilisations étrangères ou régionales

2 Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement du Second degré

3 Centre national d’enseignement à distance

4 poupée tueuse possédée, personnage d’une série de films d’horreur

5 Brevet des Collèges

 

Lubomira Ratzova
Rédactrice web

© Photos : Julie Vigouroux, Lubomira Ratzova

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