
Faimano Natua, faire de la Polynésie un véritable sanctuaire pour les baleines
Co-fondatrice du Festival des baleines, Faimano Natua œuvre à faire revivre des savoirs ancestraux longtemps oubliés. Entre transmission familiale, protection du vivant et amour profond de l’océan, elle rassemble les générations autour d’une même conviction : préserver les baleines, c’est aussi préserver une part de l’âme du fenua.
RETROUVER LES SAVOIRS ANCESTRAUX
Le respect des traditions est avant tout une affaire de famille chez les Natua. Pour créer le festival des baleines, Faimano Natua et ses deux sœurs, Taha et Teta, se sont inspirées des histoires qu’elles entendaient enfants.
« On s’est basées sur le vécu de notre grand-père qui l’a partagé avec nous. »

Originaire de l’île de Makemo dans les Tuamotu, Faimano cultive un lien singulier avec les cétacés.
« Dans des îles où ils savaient que les baleines seraient là, ils mettaient en place le rāhui. Ça permettait à la faune mais aussi à la flore de se régénérer. »
SE RÉAPPROPRIER SON HÉRITAGE CULTUREL
Lorsqu’elle intègre le bureau de l’association Veia Rai en 2018, en tant que trésorière, elle ne s’imagine pas la place que celle-ci prendra dans son quotidien. Aujourd’hui, elle est très investie aux côtés de son mari Francis Lai, président de l’association.
« Ce qu’on veut, au travers du festival, c’est rappeler une coutume qui était pratiquée en Polynésie. C’est tellement beau… Pourquoi ne pas continuer à le faire aujourd’hui ? »
Ressusciter les us d’antan, transmettre à la jeunesse un savoir trop longtemps prohibé, telles sont ses motivations.

« Pour les anciens, ce sont des souvenirs. Pour les jeunes, ce sont des paroles. Mais nous, on veut le vivre ! Il y a eu tellement d’interdits, de tabous, que c’est d’abord à nous de s’autoriser à faire, à parler, à partager. »
Passionnée par l’océan et ses secrets, Faimano tient à l’exactitude des informations qu’elle propage. C’est pourquoi elle s’entoure d’experts et de scientifiques pour mettre en place cet événement.
« Cette année, on a voulu parler de lorsqu’on est en haute-mer et qu’on recherche la terre ou de quoi se nourrir, ce sont les oiseaux qu’on recherche. Et lorsqu’on a commencé à les repérer, ensuite, on se laisse guider… »
PRÉSERVER UN SANCTUAIRE VIVANT
À Moorea, où elle réside, la période de reproduction des baleines est une saison de vigilance constante.
« Avec le voisinage, on a fait en sorte qu’elles puissent avoir des lieux pour se reposer. On fait de la vigie directement sur l’eau pour sécuriser leur entrée et sécuriser aussi leur temps de repos dans le chenal et la baie. Elles sont là devant nous pour qu’on puisse participer et faire notre petite part pour elles. Puisqu’elles viennent chez nous, au moins qu’on puisse être un sanctuaire, en plus d’avoir une réglementation pour être respectueux de leur présence dans nos eaux. »
En 2022, alors qu’avec ses sœurs elles commencent à imaginer ce que pourrait devenir le Festival des baleines, Faimano Natua reçoit un diasgnostic de cancer du sein.

« Actuellement, je suis en rémission et je suis toujours suivie. »
Celles qu’elle nomme te manu nō te moana, les oiseaux de la mer, veillent sur elle pendant cette période.
« Quand j’étais alitée, j’ai eu des hauts et des bas. Les baleines sont venues me visiter devant chez moi, tous les jours… »
Cette attention délicate lui donne la force de continuer. Elle décide de se battre et de mettre en place la première édition du festival en 2024.
FÉDÉRER AUTOUR D’UNE MÊME VISION
Aux côtés de Veia Rai, Kuhane O Hiva et la fédération polynésienne d’Aikido, Faimano organise, en 2026, la deuxième édition de cette célébration.
« Le festival, c’est une pluralité. Nous cherchons vraiment à fédérer. »
Principalement dédié à la jeunesse, l’événement a déjà regroupé pas moins d’un millier d’élèves entre Tahiti et Moorea.

« On commence à se réapproprier notre terre, nos richesses de notre fenua. »
Faimano Natua, malgré les épreuves que la vie a mise sur son chemin, choisit encore et toujours la gentillesse comme moteur. Bienveillante et déterminée, elle apporte sa pierre à l’édifice de la protection de ces animaux sacrés dans nos eaux.
« Depuis qu’on est dans cette aventure, dans ce partage de la transmission du savoir, de notre pratique et de notre rapport avec l’océan, je suis vraiment heureuse. J’ai l’impression de retrouver de l’énergie, de la joie, du bonheur ! »

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes





