
Goenda Reea, œuvrer pour la reconnaissance de l’intelligence autochtone
Chercheuse, autrice et enseignante, Goenda Reea explore la richesse des savoirs autochtones avec la conviction que les mots peuvent préserver et transmettre. À travers ses différents travaux, elle participe à redonner toute sa place à une pensée polynésienne vivante et tournée vers l’avenir.
LES MOTS, GARDIENS DES SAVOIRS
Goenda Reea est passionnée de lettres et de culture polynésienne. C’est pourquoi, après avoir fait carrière dans l’enseignement, elle entame un doctorat consacré au comique dans la littérature et les traditions orales polynésiennes.
« Je me suis dit que si je devais faire une thèse sur trois ans minimum, autant faire un sujet qui va me faire rire, qui va me donner l’envie d’être de bonne humeur tous les jours. Je me suis rendu compte qu’étudier le rire, ça suppose également du sérieux. Parce qu’on passe par des mécanismes que la langue induit pour faire rire l’autre. »
Plongée dans l’étude du théâtre, elle explore la stylistique de Papa Penu e Mama Roro1 ou encore le contraste linguistique de Eita ia2. Sa recherche la pousse à la rencontre des ‘ūtē ‘ārearea3, qui questionnent les rapports de genre et s’inspirent des situations du quotidien pour faire rire.

« Ce n’était pas pour essayer de retrouver une langue, ni de se mettre dans un combat ou à la recherche d’une identité… c’était vraiment pour rigoler. »
Aujourd’hui responsable pédagogique du master Art, culture, patrimoine et environnement polynésien et maîtresse de conférence, elle transmet sa passion pour la littérature classique et contemporaine polynésienne aux étudiants de l’UPF.
« Je suis reconnaissante de ce parcours qui m’a fait aimer ce métier qui, tous les jours, présente des défis à relever. C’est difficile pour nos jeunes d’apprendre le tahitien. Malgré cela, ils ne lâchent pas. Je suis très heureuse de contribuer à ce moment, à ce qu’ils puissent retrouver un peu de leur identité. »
DES RÉCITS PORTEURS DE SENS
Cet amour pour la langue, Goenda ne le réserve pas qu’aux autres.
« Je suis artiste. J’aime écrire, j’aime les mots. »

Elle est plusieurs fois récompensée pour sa plume et sa verve au Heiva i Tahiti, ou encore au Hura Tapairu.
« Je ne peux pas écrire tous les ans et être au top à chaque fois. Il me faut du temps et avoir quelque chose à dire aussi. Je pense que quand on écrit, il faut que ça soit beau également. Le monde des artistes est un monde privilégié. Ça me permet de me ressourcer, de souffler, d’être équilibrée. »
COMPRENDRE SON HÉRITAGE
« Je suis fière d’être Polynésienne. J’aime cette culture qui m’a forgée et qu’aujourd’hui, j’essaie de transmettre aux jeunes. »
Si le langage est au cœur de sa recherche, c’est avant tout sa culture que Goenda Reea porte en étendard. Et selon elle, les deux sont intimement liés.

« Ce que j’aime, c’est la découverte de notre patrimoine. J’aime étudier les mythes, les légendes, accéder à cette intelligence qui existe dans les paroles anciennes. C’est très important pour moi de comprendre comment nos tupuna pensaient. Ce sont les mots qui permettent aux personnes d’accéder à la pensée autochtone. »
LES MÉMOIRES QUI DIALOGUENT
Ce parcours, tracé de tendresse envers son peuple et l’Histoire qui le traverse, la mène à mener des actions qui dépassent le cadre universitaire.
« En ce moment, ce qui m’intéresse beaucoup, c’est la recherche autochtone. Je me rends compte qu’on a beaucoup de connaissances, de savoirs ancrés en Polynésie, qui sont très prisés. »

Engagée pour cette reconnaissance, elle décide d’organiser un colloque autour de la recherche autochtone, du 29 septembre au 1er octobre 2026, en présence de deux autres chercheuses, originaires d’Australie et de Aotearoa.
L’objectif : ouvrir la discussion sur la légitimité de protéger le patrimoine immatériel polynésien et, plus largement, océanien.
« Je sais qu’on peut compter sur l’intelligence des personnes, des chercheurs qui aiment notre culture et le peuple polynésien, et qui vont être honnêtes par rapport à toutes ces connaissances. Je sais qu’on peut faire des choses bien ensemble. »
Le travail de Goenda Reea s’inscrit dans la lignée forte de ces personnes qui luttent pour préserver leur culture, mais aussi la faire vivre dans notre présent.
- Pièce comique écrite dans les années 1970 par Maco Tevane, à l’époque directeur de l’Académie tahitienne.
- Pièce tragi-comique écrite et mise en scène par John Mairai en 1989.
- Chant traditionnel utilisé pour se moquer de quelqu’un, d’un objet, ou d’une situation.

Rédacteur
©Photos : Cartouche Louise-Michèle pour Femmes de Polynésie et Stéphane Sayeb
Directeur des Publications : Yvon BARDES





