
Mytsuru Kato, une voix pour relier les mondes
Entre Tahiti et le Japon, Mytsuru Kato fait de sa voix un trait d’union entre les cultures et les générations. Révélée au chant lyrique grâce au concours Voix des Outre-mer, elle trouve dans la musique un langage universel, capable de faire vibrer les âmes, de renouer avec ses ancêtres et de faire vivre la langue tahitienne.
LE PREMIER SOUFFLE
Depuis toujours, la musique accompagne la voie de Mytsuru.
« J’ai besoin de chanter, parce que c’est ma façon de m’exprimer. Le chant, c’est le langage de l’âme, c’est le langage du cœur. »

Cette discipline ne rythme cependant pas tout de suite son quotidien.
« Je chantais déjà en famille, en bringue, lors d’animations de temps en temps… Mais je me suis aperçue que n’avais pas assez de souffle. Je n’arrivais pas à tenir une note jusqu’au bout. »
TROUVER SA VOIX
« Comme l’adage le dit : quand l’élève est prêt, le professeur apparaît. »
Alors que Mytsuru tente de perfectionner sa technique, elle rencontre Peterson Cowan, professeur de chant au conservatoire artistique de la Polynésie française. Celui qu’elle qualifie comme un véritable guide dans son parcours repère en elle le potentiel d’une cantatrice, et la pousse à commencer le chant lyrique.

« J’ai dit : “Ok, je vais me challenger, je vais voir de quoi je suis capable”. »
Trois années passent et notre mezzo-soprano s’inscrit, toujours poussée par son mentor, à la 7e édition du concours des Voix des Outre-mer en Polynésie française, en Septembre 2024. Elle y remporte le prix suprême, qui va l’emmener jusqu’à la finale à l’Opéra nationale de Paris-Bastille. Et là, en janvier 2025, elle conquiert le jury et remporte le prix du Coup de cœur du public.
« Je suis très fière parce que franchement, je ne m’attendais pas du tout à ça ! »
RENCONTRER SON HÉRITAGE
Originaire de Rimatara par sa mère, du Japon par son père, Mytsuru est pétrie de cultures distinctes. Après sa victoire, elle est invitée au pays du Soleil Levant pour chanter lors d’une convention internationale. Un nouveau défi l’y attend…
« J’ai fait tout un travail de recherche pour découvrir d’où venait mon grand-père japonais. J’ai appris qu’il était né à Aizu-Wakamatsu, un tout petit village situé dans la préfecture de Fukushima. »
Son aïeul était arrivé en Polynésie pour travailler dans les mines de phosphate à Makatea. Il n’est jamais revenu auprès des siens.

« J’avais l’impression qu’à travers ce périple, c’est comme si, à travers moi, mon grand-père m’accompagnait pour me ramener chez lui. »
Mytsuru rencontre les membres de sa famille, qui ignoraient jusqu’à son existence. Ensemble, ils vont se recueillir sur la tombe de leurs ancêtres.
« On a fait un rituel d’offrandes, allumé de l’encens, offert du thé… Puis, j’ai chopé mon ukulele et entonné une chanson polynésienne. Pour dire que, même si vous ne comprenez pas ma langue, ce n’est pas grave. Ce sont les vibrations qui émanent de moi que vous allez ressentir. J’étais en larmes parce que j’avais l’impression que tous mes ancêtres étaient alignés devant moi. »
Après plus de cinquante ans, Mytsuru découvre finalement d’où elle vient.
FAIRE VIVRE LA LANGUE
Ce voyage forge son identité, sans la pousser un seul instant à renier ses origines polynésiennes, dont elle est très fière. C’est d’ailleurs de sa mère qu’elle tient cette passion pour le chant.
« J’ai toujours été admirative de sa force. Elle a été la première chanteuse dont j’ai été fan. »
Auteure et compositrice, cette dernière est partie laissant nombre de morceaux que Mytsuru chérit comme des trésors à préserver.

« Je souhaite remettre à jour les chansons qu’elle a écrites. Quand je serais plus disponible, et que ma voix sera prête. Peut-être que je les chanterai en lyrique. »
Et à travers ce projet, perpétuer les mots anciens, ceux d’une langue qui doit continuer à être chantée.
« La langue polynésienne, c’est une langue vivante qui est magnifique. Je n’ai pas envie qu’elle meure…. »
DES CŒURS QUI VIBRENT À L’UNISSON
Sur scène, la voix devient un fil invisible, qui relie celle qui la porte à ceux qui l’écoutent.
« Quand on donne avec du cœur et que l’on diffuse tout ce qu’on ressent, le retour est tout autant important. C’est gratifiant, c’est émouvant. Plus je donne et plus je reçois. Cet échange d’énergie, je le vis avec gratitude. »
Aujourd’hui, Mytsuru poursuit un diplôme d’études musicales au Conservatoire. Grâce à cela, elle espère pouvoir tendre la main à ceux qui, comme elle, rêve de poésie et de lumière.

« Je souhaite à mon tour partager, transmettre mes connaissances aux Polynésiens qui n’ont jamais osé pousser la porte du Conservatoire, pousser la porte du professeur de chant. »
Une nouvelle manière de faire vivre ce souffle qui l’anime…
« On n’a pas qu’une vie. On en a des milliers ! »

Rédacteur
©Photos : Cartouche Louise-Michèle et Mytsuru Kato pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes









