
Grace Laughlin : la musique en partage
Installée discrètement sur Taha’a, la chanteuse Grace Laughlin mène une vie de compagne et de maman à tout point identique à nombre de jeunes femmes. Toutefois, cette simplicité apparente coexiste avec une intense passion créatrice. Femmes de Polynésie est allée à la rencontre de cette auteure, compositrice et interprète.
« Le goût pour la musique vient de mes parents, ma maman jouait de la guitare et chantait. Mon papa, lui, ramenait systématiquement de ses voyages des instruments à la maison. Mes frères et sœur, plus âgés que moi, ont commencé la musique à l’école et à l’église. Et lors des grands tāmā’ara’a, on faisait la bringue et on chantait les airs traditionnels. La musique, c’est une marque de famille ! »

Née à Tahiti, Grace Laughlin a vécu sur Taha’a de ses 7 ans à ses 17 ans.Ses parents fondèrent une ferme perlière1 sur le lieu actuel de Motu Pearl Village, ce dernier organisant désormais des repas, des concerts et des excursions touristiques.
« Quand j’étais enfant, je chantais pour accueillir les clients. En établissant le contact avec les étrangers, j’ai également appris l’anglais. »
Grace est la benjamine d’une fratrie de cinq : Matahi, Tapuarii, Raiono et Sabrina dont la majorité a entamé une carrière musicale. Ainsi Matahi a composé nombre de chansons interprétées par Tapuarii, ce dernier multipliant les duos avec Sabrina puis les trios avec Grace. Sans compter l’influence de leur oncle, Gabilou, né Gabriel Lewis Laughlin.
De choriste à chanteuse solo
À l’issue de son bac, Grace verse toute son énergie comme choriste aux côtés de Tapuarii et Sabrina. Un jour, sa grande sœur lui propose d’enregistrer ses propres compositions. En 2016, épaulée par Eremoana Ebb, le propriétaire de Harmonie Prod, à Tahiti, Grace se lance pour un, deux, trois titres… donnant finalement naissance à son premier album « This is me » à l’âge de 28 ans.
« Même si je joue du kamaka et du ukulele, je ne suis pas une instrumentiste à proprement parler. Je trouve mes airs en chantant. Ensuite, Eremoana écrit les notes et nous cherchons ensemble une rythmique et l’accompagnement instrumental. »
Porté par une voix mélodieuse et ronde, son style provient de diverses influences, mêlant pop polynésienne, balade acoustique et chants engagés en tahitien. Si les thèmes abordés sont ceux de la vie quotidienne, nombre de ses créations louent l’amour, la nature et la profondeur des relations humaines.


Des chansons trilingues
« Souvent, l’inspiration me vient en tahitien. Puis, pour que le public saisisse mieux le sens, je bascule en français ou bien en anglais. C’est le cas pour « Te aremiti i Teahupoo », que j’ai écrit à l’occasion des Jeux Olympiques de surf en 2024. Tapuarii, Sabrina et moi-même rendons hommage à cette vague en tahitien, français et anglais. »
Créative au sens large, Grace aime aussi réaliser des clips afin d’associer des images à ses compositions sonores ; le clip « Te aremiti i Teahupoo » sous de forme de dessin animé fait partie de ses projets futurs.
Pour l’heure, Grace nous offre une ébauche d’adaptation de « La Vie en rose », d’Édith Piaf, en tahitien.
Talent professionnel, gain amateur
Si la musique est essentielle pour Grace, cette dernière ne vit pas de son art. En effet, bien que la Sacem2 lui restitue des droits d’auteur lors du passage de ses chansons à la radio et que la télévision rémunère la diffusion de ses clips, les plates-formes internet sont, quant à elles, très peu payantes, à moins de se plonger sérieusement dans la lecture des contrats… Or, Grace est en autoproduction, elle gère sa carrière seule.
« Quand j’ai quelques économies, je me fais plaisir en enregistrant en studio certaines compositions nouvelles sur Tahiti. Quel bonheur ! Mais si je voulais vivre uniquement de ma musique, je devrais multiplier les cachets, me produire souvent en concerts, changer de mode de vie, quitter Taha’a… Aujourd’hui, ma musique voyage d’elle-même sans promotion commerciale et c’est bien ainsi. »

1 La ferme perlière n’est plus en activité
2 Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique

Rédactrice
©Photos : Gaeëlle Poyade et Grace Laughlin pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes





