
Iaera Tamarino, le pandanus de māmā pour toute richesse
À la soixantaine passée, Iaera Tamarino vient de remporter le Premier prix en vannerie et le Grand prix des créateurs au Salon des Arts de la maison. Une double victoire qu’elle dédie à sa mère, celle qui lui a tout transmis. Femmes de Polynésie est partie à la rencontre de cette artisane de Rimatara dont le pandanus raconte une vie entière.
Iaera Tamarino s’amuse à poser avec ses éventails tressés en pandanus. Elle a le sourire. Et dans ce sourire, il y a quelque chose qui ressemble à de la gratitude. Celle d’une femme qui sait exactement d’où elle vient.
« Ma mère a eu 13 enfants, je suis l’avant-dernière. Mon père est décédé quand j’avais seulement deux ans. Mon petit frère, seulement une semaine. Ma māmās’est retrouvée veuve avec encore huit enfants à charge. »

Déménagement à Tahiti
Pour élever ses enfants, sa māmā décide alors de quitter Rimatara pour aller s’installer à Papeete, en 1966. Mais sans argent, ni travail, la vie est difficile pour la fratrie.
« Pour survivre, ma mère a fait ce qu’elle savait faire, ce qu’elle avait appris à Rimatara, la vannerie. Elle arrivait à s’approvisionner en rouleaux de pandanus grâce à des gens de Rimatara. Grâce au bouche-à-oreille, elle a pu louer un petit logement pas cher. »
La petite Iaera n’a pas le temps de jouer après l’école, elle doit aider.
« Dès qu’on avait l’âge, on n’avait pas le choix, il fallait l’aider pour faire des cabas. Moi, j’ai commencé par faire des anses, à tresser, elle m’a appris à le faire. On allait les déposer aux vendeurs des marchés qui nous les achetaient. »
De l'école du dimanche à Fidji
Iaera obtient son certificat d’études, mais faute d’argent, elle doit arrêter l’école après l’élémentaire pour travailler. Quelques années plus tard, sa mère lui paye six mois de cours de sténo-dactylo.
« J’ai commencé aussi à m’investir dans l’église, à être monitrice de l’école du dimanche, puis je me suis inscrite à l’Union chrétienne des jeunes gens et j’ai pu y suivre des formations d’animatrice. J’ai même été directrice adjointe pour des colonies de vacances. »
Ces expériences lui ouvrent d’autres horizons. On lui propose de partir neuf mois à Fidji pour une formation d’animatrice communautaire. Iaera ne parle pas anglais. Elle part quand même.
« Au foyer où on logeait, il y avait des filles des îles Cook. J’enregistrais les cours en anglais et elles me traduisaient en rarotongien, cela ressemble au tahitien et je pouvais apprendre comme cela. »
Quatorze ans au foyer de Paofai
De retour au fenua, son diplôme d’éducatrice communautaire en poche, elle est embauchée au Foyer de jeunes filles de Paofai comme animatrice, elle va y travailler 14 ans.
« J’ai beaucoup aimé ce travail. J’avais aussi installé des ateliers de tressage pour les jeunes filles. C’était important pour moi d’apprendre, de transmettre à celles qui souhaitaient apprendre le tressage. »
C’est là aussi qu’elle va y rencontrer l’amour…
« Mon mari travaillait au foyer comme gardien et homme d’entretien. Nous avons deux garçons ensemble. Un jour, mon mari a passé un petit concours et il a été pris pour un poste à l’aéroport de Rimatara. »





Retour à Rimatara
Elle décide de suivre son mari pour retourner vivre sur son île natale en 2006, la terre de ses parents. Ne trouvant pas de travail dans le domaine de l’animation sociale, elle choisit de faire comme sa māmā l’avait fait 40 ans plus tôt, l’artisanat. Les gestes sont toujours là, dans ses mains.
« Je ne suis pas du genre à ne rien faire. J’ai commencé par faire de l’artisanat avec des coquillages cassés que je ramassais, puis j’ai développé le tressage. Le travail est à portée de main à Rimatara, il faut ramasser le pandanus pour en faire des rouleaux, puis tresser. »
Fidèle à sa force de caractère, Iaera ne s’arrête plus. Elle ouvre une patente, crée une association, prend la tête du comité organisateur de l’artisanat des Australes et voyage au Japon, aux États-Unis… pour exposer ses créations.
En avril dernier, elle remporte ce double prix au Salon des arts de la maison. Pour une œuvre qui dit tout : un triptyque comme un livre ouvert à la chronologie inversée, trois paniers traversant le temps, de 2030 jusqu’à 1900. Ce dernier, c’est celui de sa mère. Celui qui a nourri la famille. Celui qui a tout rendu possible. Ces prix, Iaera Tamarino les dédient avec son beau sourire à sa māmā, venue de Rimatara avec ses enfants et ses mains pour seule fortune.

Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi et Iaera Tamarino pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes





