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Portrait

Vaipoe Utia Musicienne et chanteuse Tahiti Femmes de Polynesie Credit : Pauline Stasi

Vaipoe Utia, l’ange chantant du parking de la mairie de Papeete

Publié le 9 avril 2026

Aujourd’hui, Femmes de Polynésie vous emmène dans le parking de la mairie de Papeete. Entre ces murs et ceux de l’hôpital, Vaipoe Utia a fait de sa voix un espace de liberté. Pour cette mère de famille, le chant est une évasion, pour transformer les épreuves de la vie en une mélodie.

Une passion dès ses trois ans

Si vous vous êtes déjà promené du côté de la mairie de Papeete un matin, impossible que vous n’ayez été impressionné par la voix saisissante de Vaipoe Utia résonnant dans l’entrée du parking. C’est là, depuis des années, que cette quarantenaire se produit sur l’une de ses scènes improvisées les plus fidèles. Sous les plafonds, elle a transformé ce lieu brut en une ‘salle de concert’ où son art prend toute sa dimension.

« J’ai choisi cet endroit car avec l’escalier, cela résonne fort et on m’entend chanter de loin. »

Vaipoe Utia Musicienne et chanteuse Tahiti Femmes de Polynesie Credit : Pauline Stasi

La voix de Vaipoe est ce que la transparence turquoise est au lagon Bora Bora, quelque chose de presque irréel… Aussi loin qu’elle s’en souvienne, la Tahitienne a toujours aimé chanter.

« À l’âge de trois ans, je chantais déjà. Ma mère adoptive s’est aperçue que j’avais un don pour le chant et elle a eu l’idée de m’inscrire au Conservatoire à cinq ans, j’étais la plus jeune. J’ai choisi le piano comme instrument. Mon professeur était Yves Roche, il avait dit à ma mère adoptive qu’il ne prenait pas d’enfant, il m’a testée en me mettant des musiques de Tahiti d’antan qu’il fallait que je reproduise, j’ai réussi et il m’a prise. J’adorais déjà la musique, cela me permettait de m’évader. »

Cette passion ne la quittera plus jamais. À seulement 8 ans, elle termine deuxième de son premier concours de chant.

« Les autres participants étaient beaucoup plus âgés, mais j’ai bien réussi. J’étais même dans La Dépêche, ma mère adoptive était fière. »

Son parcours croise ensuite celui d’un prêtre qui devient l’un de ses mentors.

« Comme beaucoup de Tahitiens, j’ai aussi beaucoup appris à l’Église. Un prêtre, Père Ernest, m’a donné des cours de chant, de solfège. Alors que j’étais très jeune, il m’a demandé de diriger un chœur d’adultes à la cathédrale. J’ai réparti les voix, chacun avait sa place, c’était une sorte de canon, super. »

Des années de silence

À 17 ans, alors qu’elle s’épanouit auprès de sa chorale à l’église Maria nō te Hau, elle fait la rencontre du futur père de ses enfants. Bien que leur histoire fut de courte durée, Vaipoe part s’installer avec lui aux Tuamotu et doit mettre sa passion pour le chant en sourdine, mais elle n’abandonne pas ses rêves et sa passion pour la musique. 

Vaipoe Utia Musicienne et chanteuse Tahiti Femmes de Polynesie Credit : Pauline Stasi

« Il était jaloux, il ne voulait pas que je chante. »

L'instinct de survie et un nouveau départ

Après des années de silence, Vaipoe finit par regagner Tahiti avec ses quatre enfants, qui sont sa plus grande fierté. Mais le quotidien est difficile à Papeete pour une mère seule, sans ressources ni logement fixe. Si les épreuves ne l’épargnent pas, elle puise dans sa voix, la force de s’en sortir.

« J’ai eu aussi un accident de travail et je me suis retrouvée à l’hôpital pour ma rééducation. Je me suis mise à chanter dans les couloirs, et parfois dans les chambres. Je me suis aperçue que cela apportait de la joie aux gens. Un jour, je chantais pour accompagner les derniers moments d’un homme. Il a finalement survécu. Pour me remercier avec sa femme, ils m’ont offert leur guitare, j’en avais les larmes aux yeux. »

Vaipoe Utia Musicienne et chanteuse Tahiti Femmes de Polynesie Credit : Pauline Stasi

Cette guitare, baptisée Stella, est aujourd’hui sa meilleure amie. Chaque après-midi, elle continue de l’emmener à l’hôpital pour offrir aux patients malades une trêve musicale, un moment de réconfort. Le matin, c’est dans ce couloir du parking de la mairie de Papeete qu’elle se rend… avec sa meilleure amie pour chanter et gagner sa vie pour ses enfants.

« Ma voix, c’est mon art, et mon travail, c’est de vendre mon art : ma voix ! »

Si vous passez près de la mairie et que vous entendez Vaipoe, laissez-vous emporter par cette voix. C’est le chant d’une femme qui a choisi de faire de ses mélodies son plus beau chemin de liberté.

Pauline Stasi

Rédactrice

©Photos : Pauline Stasi pour Femmes de Polynésie

Directeur des Publications : Yvon Bardes

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