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Vaea : la valeur des déchets entre art et pragmatisme

Publié le 21 mai 2021

Au-delà de la revalorisation des matériaux, meubles ou  objets, le surcyclage est une réelle alternative au recyclage. Elle redonne vie à ce que beaucoup qualifieraient de déchets grâce à un procédé en équilibre entre art et pragmatisme. Vaea Dang, professionnelle en la matière, explique à Femmes de Polynésie pourquoi l’upcycling fait partie intégrante de notre futur.

Une envie d’aider son prochain

Encore loin des notions d’entrepreneriat ou d’innovation, il y a quelques années de cela, vous avez peut-être croisé le chemin de Vaea lors d’une formation au SEFI.

« J’organisais des formations professionnelles et m’occupais de l’insertion des personnes qui étaient un peu sorties du cursus classique. »

Après des études de lettres à l’UPF, un heureux hasard mène Vaea à 15 années de bons et loyaux services dans différentes administrations du pays.

« C’est suite à un pari que j’ai passé le concours de l’administration. Je ne m’attendais pas à gagner le pari ! »

En tant que fonctionnaire, elle se sent utile et aime rendre service à sa communauté, mais quelque chose cependant ne lui convient pas.

« Je crois beaucoup en l’administration et j’apprécie l’utilité que tu peux avoir pour ta communauté. Mais je trouvais que les solutions étaient trop lentes à mettre en place. »

Au fil du temps et ayant gagné en maturité, Vaea prend goût à la création manuelle et se découvre une sensibilité artistique. Elle entend alors parler du surcyclage.

D’un concept étranger à une réalité locale

Le surcyclage, originalement appelé upcycling en anglais, est une pratique qui consiste à redonner vie aux objets en les transformant en matériaux ou produits de qualité ou d’utilité supérieure.

« Le surcyclage ne m’est pas venu avec des convictions écologiques. Mais au fur et à mesure, j’ai pu constater que cette pratique prenait tout son sens, d’autant plus ici. »

Tous les jours, alors que Vaea conduit ses enfants à l’école, elle remarque les ventilateurs, les tubes, les objets en tout genre mis en bord de route pour la collecte des encombrants.

« Au lieu d’y voir des déchets, j’ai voulu leur redonner vie. La ligne conductrice pour moi c’est de faire des objets de décoration, des meubles, des objets utilitaires pour la maison, qui sont adaptés à ici, et faits avec des matériaux déjà présents sur le territoire. »

D’après Vaea, le concept peut avoir un réel impact en Polynésie. La créatrice se fixe comme objectif d’étendre la pratique et pour cela, elle donne des formations dans son atelier Concrètement Design à Pirae.

« Il en faut peu pour réussir à voir un changement. Je me rends compte qu’en partageant le concept avec les gens, on multiplie l’impact que l’on peut avoir, et ça se voit ! »

Se rapprocher des professionnels

Au-delà des encombrants produits par les particuliers, ceux des entreprises locales sont aussi problématiques. Vaea voit la chose comme une aubaine.

« Les entreprises ont souvent beaucoup de déchets du même type… Avec le surcyclage, nous pouvons créer des séries, à l’instar du ventilateur que tu trouves sur le bord de route. Les entreprises peuvent te fournir la même chose en grande quantité et souvent régulièrement. »

C’est avec des structures comme la Société de Transport d’Énergie électrique en Polynésie (TEP) que Vaea met en pratique cette solution. En effet la TEP, se tournant vers des solutions environnementales et écologiques, soutient l’initiative et fournit régulièrement Concrètement Design.

Un exemple d’oeuvre réalisé par Vaea avec les équipements mis à disposition par la TEP

Parfois les déchets qu’on jette dans la mer s’agglomèrent et prennent vie. Le résultat, c’est ce poisson des abysses qui serait remonté pour nous interpeller sur les problèmes liés au mauvais traitement des déchets.

Les débouchés sont multiples : des voiles de bateaux en sacs à main de haute qualité, de T-shirts en patchwork1 et d’isolateurs électrique cassé, en œuvre d’art. Une limite ?

« L’utilité ! Le vrai challenge, c’est de trouver des déchets, les revaloriser, les rendre plus sexy tout en les rendant utiles. Car s’ils ne sont pas utiles, ils resteront des déchets. »

En effet que ce soit de l’art, un meuble ou une pendule, l’utilité de l’objet reste la clef du surcyclage. Et pour le futur de cette pratique au niveau local, Vaea voit grand.

En partenariat avec des entreprises comme la TEP, elle peut sereinement confirmer l’engouement du surcyclage à grande échelle. Un objectif global : une Polynésie toujours plus écoresponsable.

1 Un patchwork est une technique de couture qui consiste à assembler plusieurs morceaux de tissus de tailles, formes et couleurs différentes pour réaliser différents types d’ouvrages. 

Niuhiti Gerbier

Rédacteur Web

©Photos : Niuhiti Gerbier pour Femmes de Polynésie

Pour plus d'informations

Portrait mis en avant par la TEP

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