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Noéline Ihorai Femmes de Polynésie Crédit : Gaëlle Poyade

Noéline Ihorai, une vie au service des enfants

Publié le 22 décembre 2025

Vive d’esprit, captivée par les mots, leur sens et leur poésie, Noéline Ihorai a fait carrière dans l’éducation. Quoique retraitée depuis 2000, l’octogénaire poursuit son engagement auprès de la jeunesse au travers de la langue tahitienne, du chant, de la musique et de la danse. Femmes de Polynésie est allée à sa rencontre dans son fief, le quartier Tahina de Uturoa, à Raiatea.

Née un matin de Noël 1945, à Mooera, dans le district de Papeto’ai, Noéline Ihorai garde de son enfance des souvenirs lumineux. Le bébé, né à la maison sans aide médicale, devient une petite fille marquée par la période de la Nativité. Chaque année, elle participait à la confection de pai coco, cuits au ahimā’a, dans la cuisine du grand-père paternel. Les gâteaux étaient fabriqués en quantité afin d’être distribués généreusement.

« Noël était une période remarquable car, à cette occasion, on profitait d’une tenue vestimentaire nouvelle. Ma maman cousait chemise, robe, etc. Grace à elle, on était bien nantis ! »

En pension dès 7 ans

À l’heure de son entrée en primaire, Noéline ne comprend pas un traître mot de français. Aussi, ses parents décident-ils de l’inscrire à l’école protestante Charles Vienot de Papeete, dont la réputation est bonne. Son père pêcheur l’emmène en bonitier et, tout le long de ses études, payera une partie de sa scolarité en paquets de poissons.

« Je me suis mise à apprendre le français, à le lire, à l’écrire. En parallèle, j’ai conservé le tahitien car, à l’école protestante, il n’était absolument pas banni. Les cours étaient donnés en français mais, à la récréation, entre les élèves, ou bien à l’école religieuse du jeudi, on communiquait librement en tahitien. »

Noéline Ihorai Femmes de Polynésie Crédit : Gaëlle Poyade

Noéline prend goût à l’étude, aux dissertations, l’anglais, l’espagnol… Elle se souvient du temps de repos après la pause déjeuner où, au lieu de faire la sieste, elle lisait…

« En pension, j’avais accès à une vaste bibliothèque avec des romans comme Les Quatre Filles du Docteur March. Comme j’ai aimé ces histoires ! »

Vocation d’enseignante

Sur proposition de la directrice d’école, Noéline suit une formation d’enseignante ainsi que de monitrice de colonie de vacances. Elle obtient son premier poste en 1965 à l’école Vienot, encadrant des garçons de 13 à 16 ans1 en vue de leur faire décrocher le certificat d’études primaires. Fière d’elle, la jeune diplômée obtient de bons résultats ! Sa carrière se poursuit sur Raiatea, majoritairement à Avera où elle finira en 2000 sa vie d’institutrice.

Noéline Ihorai Femmes de Polynésie Crédit : Gaëlle Poyade

« J’ai toujours voulu mettre les enfants mā’ohi sur le même piédestal que tout autre enfant, popa’ā, américain ou chinois. Faire progresser chacun d’eux était ma motivation d’enseignante, et c’est resté mon but en tant que coordinatrice de la troupe de danse Tamari’i Tahina no Uturoa»

L’aventure du Heiva

« Jadis, on ne dansait que des ’aparima2. Les danseurs constituaient des lignes bien droites, sans chorégraphie compliquée. Il n’y avait même pas de pas, simplement différents tāmau, c’est-à-dire plusieurs façons de balancer les hanches. »

En 1983, Noéline, accompagnée par son mari Bob et leurs trois enfants, collabore activement à la fondation du groupe Tamari’i Uturoa dont l’objectif était de monter des spectacles afin de récolter des fonds pour les paroisses protestantes. C’est le début des prestations dansées, notamment sur le Majestic Explorer qui remontait la vallée de la Faaroa pour s’amarrer au quai de Uturoa.

Par la suite, la troupe, renommée Tamari’i Tahina, participe au Heiva de Uturoa de 2004 à 2012, puis, sous l’appellation Tamari’i Tahina no Uturoa, occupe la scène To’atā lors du Heiva 2013 où elle décroche le 2e prix en catégorie amateur. Dès lors, les participations et les trophées s’enchaînent jusqu’en 2024. Noéline est particulièrement sollicitée pour l’écriture des textes, son domaine de prédilection. En 2014, le thème « Apetahi, belle des cimes » couronne le groupe d’un 1er prix en danse et en orchestre.

Coordinatrice officielle du groupe, Noéline Ihorai place le respect et la persévérance au cœur de la cohésion de groupe.

« J’ai toujours été sévère ; si tu choisis de faire partie du groupe, tu viens à toutes les répétitions. On a ce but à atteindre, on se donne les moyens et on y arrive. C’est ma façon de diriger, que ce soit pour obtenir le certificat d’études ou pour gagner un concours de danse. Ma force, c’est de pouvoir transmettre la culture polynésienne en l’expliquant en français. J’aime bien donner ce que je sais. »

1 La mixité dans les écoles apparaît plus tard, dans les années 1970.

2 Le ‘aparima est une danse tahitienne exécutée debout, assis ou sur les genoux. Les danseurs narrent, par force gestes, des activités courantes de la vie tahitienne.

 

Gaëlle Poyade

Rédactrice

©Photos : Gaëlle Poyade pour Femmes de Polynésie

Directeur des Publications : Yvon Bardes

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