
Annick Tuhiti, la passion de l’artisanat des Australes
Responsable des expositions artisanales pour la commune de Mahina, Annick Tuhiti partage son temps entre sa famille, ses missions à la mairie et sa paroisse au sein de l’Église protestante maohi (EPM). En dehors de ses activités professionnelles, elle consacre son temps libre à sa passion : la vannerie des Australes.
Originaire de Hauti sur l’île de Rurutu, Annick Tuhiti travaille au sein des équipes de la mairie de Mahina depuis plus de 30 ans. Elle contribue, au bureau de l’animation, à l’organisation de trois grands rendez-vous artisanaux chaque année : fête des Mères, fête des Pères, Noël, auxquels s’ajoute parfois celui de la Saint-Valentin.
«Je mets en place les expositions. Je vais aider les matahiapo, et j’accompagne les artisans quand on doit faire des paniers ou d’autres produits de tressage. Je travaille beaucoup avec les associations. »
Des racines, un parcours
Annick a grandi à Mahina à la Pointe Vénus, quartier Auméran, après avoir quitté les Tuhaa Pae avec ses parents, à l’âge de cinq ans. Aujourd’hui, elle habite sur les hauteurs du Tahara’a et est la maman d’une grande famille
« J’ai sept enfants, dont deux garçons adoptés, et j’ai trois mo’otua, deux garçons et une fille. »
Elle se déclare très impliquée dans sa foi chrétienne et avoue aussi une vraie passion pour l’artisanat de son archipel d’origine.
« C’est ma maman qui m’a transmis cet héritage. Elle sait tout faire, c’est une perle pour moi : elle confectionne des chapeaux, des paniers, des pēu’e entiers. C’est grâce à elle que j’ai tout appris. Elle-même avait reçu ce trésor de sa propre maman. C’est comme ça que l’artisanat se perpétue aux Australes… J’aime tresser, ça m’occupe en dehors du travail. Et je souhaite à tout le monde d’en faire, car cela constitue un complément de salaire bienvenu. En un jour de repos, je peux confectionner deux paniers. »

Diversifier et transmettre
Annick explique que l’important est d’abord de posséder le matériel, puis de proposer une offre large.
«Il n’y a pas que les rouleaux de pandanus, il y aussi, par exemple, le more pour les couronnes, les fleurs… Avec l’artisanat, il est possible de créer plein de choses. Je pense qu’il faut diversifier les produits. Si tu n’arrives pas à vendre un chapeau ou un panier, peut-être que si tu as aussi des couvertures et des tīfaifai, tu vas quand même intéresser la clientèle. Si tu sais bien faire, que tes produits sont jugés magnifiques, ce n’est pas difficile de vendre de l’artisanat, mais il ne faut pas compter son temps… »
Aujourd’hui, Annick ne travaille plus beaucoup avec les coquillages.
«C’est ma fille, en revanche, qui les utilise et qui sait réaliser tant de choses avec eux ! Elle fait aussi de la couture et beaucoup de patchwork. En ce moment, ce sont surtout les techniques de fabrication des tīfaifai que je partage avec mes six enfants. Ce sont eux qui inventent, moi, je m’applique surtout au respect de la tradition et à la précision du travail. »

L’importance de l’entraide et de l’accueil
Annick est handicapée : elle a perdu un pied il y a quelques années suite à une infection tardivement soignée, alors elle ne peut plus organiser son quotidien comme elle le désirerait.
« C’est mon mari qui s’occupe de tout : c’est lui qui assure le mā’a et m’amène chez ma fille où je travaille. Il est essentiel. Je suis retournée à Rurutu en septembre 2025 pour des réunions concernant des affaires de terre, et j’en ai profité pour faire des chapeaux ! Certaines terres domaniales ont été restituées, mais le foncier reste un sujet très compliqué qui peut diviser les familles, ça crée des clans et des ambiances tendues, ça n’est pas bon. »
Pour elle, un principe premier : aider son prochain. Elle avoue un sens inné de l’accueil.
« J’ai connu l’époque où on lançait facilement des invitations A haere ma’i tāmā’a(« viens manger ! »). Les temps ont changé, les habitudes d’hospitalité aussi, et je le regrette. »
Autre signe des temps : l’irruption de la méthamphétamine.
« L’ice jusque dans les collèges, ça me révolte ! Un jeune a agressé une caissière. Lorsqu’une personne est intervenue, il a donné son sachet d’ice à sa mère, ce qui prouve que des parents sont impliqués. »
Pour Annick Tuhiti, l’ice représente un terrible danger pour la société polynésienne.
« Il faut faire attention à ses enfants. Les parents doivent rester responsables et maintenir des relations de respect dans la famille. »
Damien Grivois
Rédacteur
©Photos : Damien Grivois pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes






