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CARINE, infirmière dans l’âme pour « redonner la vie »

Publié le 12 avril 2020

Carine Domelier est infirmière coordinatrice de don d’organes au CHPF Taaone. Ce besoin d’aider les autres remonte à sa toute petite enfance, pour autant qu’elle s’en souvienne. Très investie dans sa mission qui nécessite beaucoup de qualités humaines, Femmes de Polynésie est allée à sa rencontre pour en savoir plus sur ce qui l’anime et sur ce don de vie.

Une jeunesse en Polynésie

Originaire des Ardennes en France, aînée d’une fratrie de trois enfants, Carine arrive à Tahiti à l’âge de 8 ans.

« Ma mère rêvait de Tahiti depuis sa jeunesse. Mes parents ont tenu un magasin d’alimentation à Titioro et il m’est arrivé de croiser des patients aux urgences qui se rappelaient de moi petite… J’ai passé beaucoup plus de temps en Polynésie qu’en métropole. » 

Après un bac à 17 ans et une année en Deug de bio à l’UPF, Carine part à Montpellier suivre sa première année de médecine.

« À cause de problèmes familiaux, j’ai dû revenir à Tahiti au bout de six mois. Je me suis alors orientée vers l’école d’infirmière Mathilde Frébault. Lors de stages optionnels en métropole, je ne suis rendue compte que l’on était vraiment bien formés ici à Tahiti. »

Deux constantes dans sa vie professionnelle : l’action et la diversité

Diplômée en décembre 99, Carine travaille cinq ans dans le service de néphrologie du CHT Mamao.

« J’y avais fait mon dernier stage préprofessionnel et il y avait une place de libre que j’ai accepté. J’ai adoré, c’était très varié et intéressant même si on n’arrêtait pas de la journée »

Carine postule ensuite aux urgences. Elle y restera 13 ans. L’activité de greffe rénale se met en place fin 2013.

« Le Docteur Pascale Testevuide m’a demandé si ça m’intéresserait toujours de faire partie du programme de greffe rénale. Fin 2014, j’ai pris des astreintes les soirs et sur mes jours « off » pour prendre en charge les donneurs d’organes. »

Depuis deux ans, Carine est la référente du service de coordination des prélèvements d’organes. L’activité est stimulante et variée. Elle s’occupe de la coordination entre tous les intervenants lors d’un don, de la famille jusqu’au bloc opératoire, mais pas que :

« Il y a toute une partie pédagogique pour l’information aux jeunes des collèges et lycées que j’adore, la communication à mettre en place auprès du grand public, mais aussi la formation du personnel hospitalier et des autres coordinateurs… »

Un travail humain avant tout

Il faut que le patient soit déclaré en état de mort encéphalique pour que le service de prélèvement de l’hôpital commence à remplir un dossier de don de rein. Des scanners sont réalisés pour confirmer que le cerveau est détruit de manière totale et irréversible.

« Il est important de parler du don d’organes de son vivant et de dire à son entourage si on est donneur ou pas. La greffe rénale sauve des vies. Aider son prochain est un acte charitable. D’ailleurs aucune religion, ici, n’est contre le don d’organes. »

Systématiquement, des entretiens sont organisés  avec les proches du patient pour qu’ils rapportent sa parole. Obtenir le consensus de la famille peut être compliqué. Carine doit parfois aussi combattre des idées reçues qui ont la vie dure.

« Je suis choquée lorsque j’entends que les personnes qui ont besoin d’un rein, ont fait n’importe quoi, et que c’est tant pis pour elles. Tout le monde a le droit à la santé. Qui est-on pour juger les autres ? D’autant que les causes de la maladie rénale peuvent être génétiques. »

Certaines personnes mélangent aussi don d’organes et don du corps à la science.

« Cela n’a rien à voir pourtant. Actuellement en Polynésie, on ne prélève que les reins. »

Des chiffres encourageants malgré une offre plus faible que la demande

Carine est heureuse que l’activité de greffe rénale puisse se faire  en Polynésie. Apporter sa contribution à la population polynésienne est primordial pour elle.

« En 2019, on a réussi à diminuer le taux d’opposition par deux. On est passé de 63% d’opposition à 30%. La population commence à s’exprimer et à dire sa volonté. »

Actuellement, 135 personnes sont sur la liste d’attente d’un greffon rénal et une vingtaine de greffes sont réalisées par an.

Avec le confinement lié au Covid 19, l’activité de greffe de reins est suspendue. Carine, soignante avant tout, est de renfort aux urgences et en première ligne face au Covid 19. Jusqu’à la fin du mois d’avril, elle s’occupe du tri des patients vers la filière « spécifique coronavirus ». À l’hôpital, c’est unie, que toute une équipe, de l’infirmière au brancardier, de la femme de ménage au médecin, œuvre pour la population polynésienne et incarne la solidarité. Merci à nos héros !

Tehina De La Motte

 Rédactrice Web

 ©Photos : Association polynésienne pour le don d’organes, Carine Domelier

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