
Meari Bellais, une vie cousue de passions
Des tīfaifai, des taies d’oreiller, des tissus et des couleurs… Meari Bellais vit au rythme de la couture. À Tahiti, elle tient son stand au marché de Papeete et partage son héritage familial avec passion. Femmes de Polynésie vous emmène dans l’univers d’une artisane qui fait de chaque point un lien entre tradition et liberté créative.
Originaire de Tahiti et cinquième enfant d’une fratrie de six, Meari Bellais est une enfant fa’a’amu.
« C’est le frère de mon père et sa femme qui m’ont élevée à Rangiroa. Je suis allée à l’école là-bas, et on faisait aussi beaucoup de coprah, comme cela se fait dans les îles. C’était dur. »

Initiation à la couture
En 1989, à l’âge de 16-17 ans, déjà maman d’une petite fille qu’elle confie également en fa’a’amu à Rangiroa, Meari quitte l’atoll des Tuamotu pour Huahine, où habitent ses parents biologiques.
« Mon père était chauffeur pour l’institut Malardé et, à sa retraite, mes parents biologiques ont décidé de s’installer à Huahine, où la famille avait des terrains. Ma mère était couturière et toute sa famille était dans la couture. Au total, il devait y avoir 10 à 12 couturières. Ils étaient les fournisseurs de taies d’oreillers pour les îles Sous-le-Vent. »
C’est donc tout naturellement que Meari, fraîchement arrivée à Huahine, est initiée à la couture.

« J’ai appris sur le tas, comme cela, en regardant ma mère faire. »
Et de fil en aiguille, la jeune fille apprécie l’exercice. Régulièrement, elle vient à Tahiti pour vendre les productions de la famille.
« Mon père nous mettait sur différents points, pas loin du marché, et on vendait nos coutures. Pendant la période de Noël, comme il fallait répondre à une forte demande, il nous payait double. Lui, il notait tout, il travaillait beaucoup. Il nous a élevés dans la valeur du travail. Il était assez dur, mais juste : on n’avait pas le droit à l’erreur. »
C’est ainsi que Meari se forme, dans la rigueur, et se perfectionne au sein de la structure familiale.
Retour à Rangiroa
Plus tard, la jeune femme rencontre un nouvel amoureux, qui sera le père de ses deux enfants suivants. Au total, Meari en a cinq.
« On a souhaité prendre notre indépendance. J’ai travaillé un peu comme serveuse, puis on est parti vivre à Rangiroa, car je me sentais proche de ma famille fa’a’amu, c’est là où j’ai grandi. »

Son grand frère lui apporte quelques machines à coudre. Meari se remet alors à la couture et profite de son expérience pour former, à son tour, des habitantes de l’île.
« J’ai dû former quatre ou cinq femmes à Rangiroa et les affaires marchaient bien. »
Meari retourne ensuite à Tahiti, où elle rencontre le père de ses deux derniers enfants. Puis le destin va décider pour eux en 2008…
À son compte
« Mon tāne a eu un accident du travail, alors on a décidé de se mettre à notre compte dans la couture pour vivre. On a acheté trois machines, ça coûte cher, et on s’est lancés. Cette fois-ci, je travaillais pour moi et non plus pour ma famille ou mon frère. Je n’utilise pas de patron, je crée mes tīfaifai en les dessinant à main levée, souvent au milieu de la nuit. Quand j’ai une idée, je dessine, ce qui fait que chaque tīfaifai est unique. Ensuite, je les découpe et j’aime les coudre le matin. »
Meari vend à l’époque ses créations, taies et tīfaifai, en porte-à-porte ou dans les expos.
« Un stand dans une expo coûte cher, alors je faisais pas mal de porte-à-porte à l’époque. Mais les tīfaifai, c’est encombrant et lourd. »

La couturière trouve ensuite différents emplacements non loin du marché, puis se rapproche de plus en plus de ce lieu mythique du commerce de la capitale tahitienne, où elle obtient finalement une place et s’installe définitivement en 2019.
C’est là qu’elle passe une bonne partie de ses journées à vendre ses productions. Mais elle ne vend pas seulement les siennes… et c’est là aussi l’une de ses fiertés.
« Ma mère biologique m’a appris à coudre et c’est devenu mon gagne-pain. Je suis mon propre patron. Sur mes cinq enfants, deux font de la couture. Ma seconde fille est aussi couturière, et mon garçon de 18 ans, également. La couture, c’est notre héritage familial. »
Rédactrice
©Photos : Pauline Stasi et Meari Bellais pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES
Pour plus de renseignements
Où trouver les créations de Meari
Stand au marché de Papeete




