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Portrait

Heipua, la poésie de l’âme

Heipua Bordes, la poésie de l’âme

Publié le 22 décembre 2017

Heipua Teariki Bordes est auteure de nombreux livres, elle a également exprimé sa créativité à travers différentes pièces de théâtre, chorégraphies ou encore, poèmes. Femmes de Polynésie vous invite à découvrir sa personnalité dédiée à la culture polynésienne, la nature et la transmission.

Une femme imprégnée par sa culture et son île

Heipua a 68 ans, elle a grandi entre Tahiti et Moorea, entre deux eaux et pourtant, son âme poète est toute entière dédiée à son île dont elle aime évoquer la pieuvre protectrice, symbole des liens entre les hommes, le ciel et la terre. Depuis sa maison, les pieds dans l’eau, elle aime observer l’agitation de Tahiti Nui et célébrer l’eau qui unit et qui sépare les deux îles sœurs. Son amour pour les éléments, pour l’écriture, les légendes et sa culture vous emporte à bord d’un voyage poétique, onirique, féerique qui mélange la nature magnifique et les valeurs essentielles à l’homme comme le partage, le respect et l’amour de son environnement.

Enfant, Heipua détestait la traversée de la mer qui pouvait durer jusqu’à quatre heures. Elle avait le mal de mer et elle ne pouvait rien y faire. Pour Heipua, cela fait partie de son identité, entre terre et mer, entre terre et rivière. Elle se souvient très bien de son enfance passée dans les vallées où aller à la rivière marquait le temps de la balade et de l’évasion. Aller dans la vallée, « c’était revenir les cheveux mouillés et remplis de fougères. La vallée était la matrice, la vie même et l’eau qui la nourrit était essentielle à l’existence même de l’homme ».

La créativité au service de l’eau, cycle éternel de vie

Heipua a écrit de nombreuses pièces de théâtre, de poèmes… Ce dont elle est le plus fière, c’est son livre sur la pluie. Après une sécheresse exceptionnelle à Moorea, « les sages cherchaient les raisons pour laquelle l’eau ne venait plus… La nature exprimait un changement. » Son livre retrace avec poésie, l’absence de l’eau qui est revenue sous forme de pluie, témoin de la bénédiction du ciel et du cycle éternel de la vie.
« Tout en Polynésie ramène à l’eau. Le premier élément qui accueille l’enfant qui arrive sur cette terre est l’eau, son premier contact avec le monde est l’eau du bain. Nous sommes faits d’eau, et nous quittons la vie en se baignant pour que son âme rejoigne le paradis. » Heipua rappelle que cette eau est partout, dans le ciel et dans l’océan et « seule la baleine connaît la profondeur du grand bleu ». En se projetant dans ces cycles qui constituent notre monde, Heipua entrevoit le commencement d’une nouvelle ère, celle où l’on prendra soin de l’océan, terre-nourricière symbole de la femme.

L’eau synonyme de « l’ère de la femme »

Heipua défend le principe selon lequel tout communique, « séparer l’eau de la femme ou de l’homme ne me semble pas juste. » On ne peut pas dire « eau et femme » et pourtant, l’eau et la femme sont bien liées. « La femme a besoin de l’eau pour se guérir, se nettoyer, préparer la venue de l’enfant… » En réfléchissant à haute voix sur les traces de la mémoire universelle que symbolise l’eau, Heipua prononce les mots de « l’ère du féminant. » Elle se corrige puis se ravise et si ce mot était juste ? Heipua rit avec malice. « Peut-être l’eau est bien celle de la femme après tout… »

Ses yeux brillent de générosité et poésie, Heipua est tout simplement faite d’eau. Elle se dédie à cet élément dont elle ne se lasse pas de parler. Pour elle, « l’eau te donne une méthode… » Ses poèmes, son être sensible et son cœur dessinent les contours de ce qu’elle cherche à transmettre : « je souhaite redonner le goût de l’eau ».
Céline Hervé Bazin
Rédactrice web
© Photos de couverture : Céline Hervé Bazin

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