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Culture

Paraparau Tahiti, l’accent sur le tahitien

Publié le 15 mars 2022

À l’orée d’une modernité où les langues s’agitent et s’entrechoquent, Heiura nous accueille dans son antre. Elle nous parle de la langue tahitienne et des langues vernaculaires1. L’intonation de sa voix nous transporte sur son voilier à l’horizon indéfini mais à l’avenir certain. Nous prenons le voilier Paraparau Tahiti, arche linguistique. Nous y parlons langue tahitienne et l’instant présent évoque le passé.

LA NAISSANCE D’UNE IDENTITÉ

Sur le voilier des langues, remonte le filet jadis jeté, celui des souvenirs d’enfance. Là où le son des coqs résonne dans le lointain, se disputant le premier rayon de l’astre encore endormi, aux matins rafraîchis par les courants d’air des vallées. Et pendant ce temps, la bouilloire siffle et l’odeur du café se mêle aux rires de famille.

« J’ai grandi à Arue avec ces souvenirs à 3h du matin où tu commences ta journée en parlant le tahitien et en riant. »

La mémoire enchaîne sur les planches de To’ata aux répétitions du Heiva où chants et danses se meuvent en symbiose.

« Mon pays, c’est ma source première d’inspiration. Si je peux faire quelque chose pour mon pays, je le ferai. »

Puis les études appellent au déracinement temporaire.

« Je savais que je voulais faire de la communication ou être journaliste. »

Sa voie se fixe sur son île dans l’univers journalistique et audiovisuel où elle acquiert compétences et connaissances professionnelles.

SPEAK TAHITI, PARAPARAU TAHITI

Un souffle imperceptible et l’embarcation linguistique tangue sous les remous de la disparition des langues. C’est le cœur morcelé qu’elle nous fait part de ces réalités inquiétantes.

« De nombreuses langues meurent chaque année dû à une population qui s’éteint ou parce qu’une langue n’est pas ou peu parlée. »

Depuis quelques années déjà, Speak Tahiti apparaît en songe. À l’arrivée de sa fille, c’est la prise de conscience :

« Je me suis réellement interrogée sur la langue maternelle2 : comment transmets-tu ta langue en tant que mère ? J’ai grandi dans un environnement où on parlait en tahitien mais l’on s’exprimait majoritairement en français. »

Aux côtés de Magnolia Chaussoy-Liao et Tuterai Mahai, Speak Tahiti Paraparau Tahiti voit le jour. Le principe, créer une méthode où il y a des cours en présentiel et à distance avec des étrangers et des locaux.

« Nous voulons faire vivre la langue tahitienne en la rendant désirable et accessible, notamment grâce à des immersions linguistiques avec nos partenaires. »

Telle une prise de souffle en tahitien où le français est suspendu par l’apnée, les apprenants s’immergent dans la langue par l’écoute et l’action.

« Nous faisons des visites au musée, des ateliers sur comment fabriquer le café ou le tapa… Notre raison d’être, c’est de rendre vivant le reo tahiti. Pour qu’on puisse parler la langue, la voir et l’entendre. »

LA PÉRENNITÉ D’UNE IDENTITÉ

Héritiers d’une langue, d’une culture et d’une identité, Heiura attrape le témoin de cette course relais où chaque entité participe à la survie et à la pérennité de nos langues.

« Quand tu vas en ville et que tu écoutes les conversations, il y en a très peu en tahitien. L’objectif est de faire une remise à niveau ou de donner les bases. »

Speak Tahiti s’affine en créant E-Reo, première plateforme numérique d’apprentissage de la langue tahitienne.

« L’idée c’est de donner la possibilité à n’importe qui, n’importe quand et à n’importe quel endroit, d’apprendre le tahitien. »

En ce moment, l’objectif est d’implanter cette technique pédagogique à d’autres langues vernaculaires pour les sauver d’une perte certaine.

« Nous sommes les héritiers de ces personnes qui ont créé les conditions pour que la langue tahitienne soit toujours vivante. Speak Tahiti n’en serait pas là aujourd’hui sans eux. »

Notre voyage s’achève sur les écumes des vagues brisées sur le littoral. Heiura nous conte, du bout de ses pensées, le caractère de la langue.

« La langue tahitienne, c’est une langue de cœur, avec beaucoup de jeux de mots. »

Des phonèmes3 dont l’oralité prend tout son sens.

« Il faut défendre la sagesse écologique qu’il y a derrière. Nos langues ont beaucoup de vocabulaire en rapport avec l’environnement, et il y a une réelle urgence linguistique liée à l’urgence climatique, dont on ne parle pas. »

Au-delà de la langue, ce sont des pratiques et des manières de vivre à sauvegarder. Peu importe l’âge auquel on débute car beaucoup de locuteurs ont commencé sur le tard, par souci de nécessité.

« Cette langue est tellement belle. Si on l’écorche, ce n’est pas volontaire. Ça montre plutôt nos tentatives de bien faire et l’envie de la parler. »

1 Langue parlée uniquement à l’intérieur d’une communauté (s’oppose à “véhiculaire”).

2 Dites aussi langue native ou langue première, elle est la première langue dans la petite enfance. C’est la langue qui est parlée à l’enfant à la maison, avant même qu’il apprenne à parler.

3 Élément sonore du langage parlé.

Manutea Rambaud

Rédactrice

©Photos : Manutea Rambaud pour Femmes de Polynésie

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