
Femmes en politique, pourquoi s’engager ? Portrait de Tepuaraurii Teriitahi
C’est en 2014 que Tepuaraurii Teriitahi fait ses premiers pas en politique, lorsque le maire de Paea lui propose d’intégrer sa liste aux élections municipales. Femme de conviction et de défi, elle accepte car elle veut le meilleur pour sa commune. Zoom sur son parcours politique, né de la volonté de faire évoluer la réalité communale.
Éducation et uniforme, préambule à une carrière politique
Tepuaraurii est âgée de trente neuf ans aujourd’hui, au mois de décembre elle fêtera ses quarante ans. Cette jeune femme originaire de la commune de Paea est passionnée de vélo et de voyages. Après avoir visité plusieurs pays à l’étranger, elle parcourt désormais les îles de la Polynésie. Elle a notamment beaucoup sillonné les atolls des Tuamotu et récemment l’archipel des Australes. Elle nous confie qu’elle aimerait bien finir sa vie à Taravai, une île située juste à côté de Rikitea aux Gambier. Une île qu’elle a découverte il y a dix ans et pour laquelle elle a eu le coup de foudre. Mais en attendant le temps de la retraite qui est encore bien loin pour elle, Tepuaraurii nous parle de son parcours professionnel qui débute par l’enseignement.
Sa voie : l'enseignement
Après trois années de formation à l’école normale, elle est titularisée en tant qu’institutrice.
« J‘adore l’enseignement. Lla pédagogie, c’est quelque chose que j’aime énormément parce que je trouve que la transmission du savoir, c’est quelque chose de très gratifiant, parce que l’on voit le résultat à travers l’enfant. »
Puis les douanes
Les choses se passent bien pour Tepuaraurii, jusqu’au jour où l’opportunité de faire carrière au sein des services des douanes se présente à elle. Malgré sa passion profonde pour l’enseignement, elle opte pour le port de l’uniforme.
« J‘ai dû faire un choix entre deux carrières. J’avoue que j’ai préféré l’uniforme car cela me correspondait peut-être un peu plus, pour le côté cadré et règlementaire, mais j’aime énormément l’enseignement. »
Cela fait donc vingt-et-un an que Tepuaraurii exerce le métier de fonctionnaire des douanes à l’aéroport de Tahti-Faa’a. À aucun moment, elle ne s’est douté que le destin allait lui offrir une autre voie, un autre chemin, celui de la politique.

Tout mettre en œuvre pour faire évoluer la réalité communale
C’est en 2014 que Tepuaraurii fait ses premiers pas en politique, lorsque le maire de Paea, Jacqui Graffe, lui propose d’intégrer sa liste aux élections municipales. Femme de conviction et de défi, elle accepte la proposition du tāvana car elle veut le meilleur pour sa commune :
« Je ne m’ennuyais pas dans ma vie. J’avais énormément de choses à faire, j’étais du côté des citoyens et comme tous les administrés, je rouspétais beaucoup : sur la fréquence des poubelles, la qualité de l’eau, sur certaines choses de la commune… Quand tāvana m’a appelée pour intégrer sa liste parce qu’il voulait rajeunir son équipe, intégrer de nouveaux visages autour de lui, j’ai accepté parce que je me suis dit, plutôt que de se plaindre tout le temps et critiquer, j’ai voulu faire le pas et me dire : comment, si je suis de l’autre côté, je peux faire pour aider et résoudre ce que je critique d’habitude, en tant qu’habitante de Paea. »
Cette année là, Jacqui Graffe et son équipe remportent les élections municipales à Paea. Tepuaraurii devient alors conseillère municipale. Cette fonction d’élue, elle ne la connaît pas et elle ne tardera pas à découvrir la réalité communale :
« Je ne connaissais rient du tout et j’ai appris à comprendre, à comprendre comment fonctionne un budget, comment on gère une commune, et comment c’est difficile parce que lorsqu’on est citoyen de la commune, on a l’impression que c’est facile, que le maire peut tout faire, et que si cela se passe mal, c’est qu’il a mal fait, or ce n’est pas du tout ça… On se rend compte, quand on est à l’intérieur, que ce n’est pas si facile et qu’il faut beaucoup d’efforts pour arriver à des résultats. »
Malgré sa jeunesse et son manque d’expérience en politique, Tepuaraurii s’investit à fond dans son nouveau rôle. Très vite, elle détecte les lacunes du système communal :
« En Polynésie, le problème, c’est le partage des compétences entre les communes, le Pays et l’État bien sûr, mais c’est surtout entre le Pays et les communes. Contrairement à la métropole, en Polynésie, les communes ne peuvent pas agir dans tous les domaines. C’est un vrai frein puisque l’emploi et le logement ne sont pas de compétences communales. Mais pour les administrés, le premier interlocuteur, c’est la commue, le tāvana. Eux, ils ne cherchent pas à comprendre quand tu vas leur expliquer que ce n’est pas la commune qui est compétente. Donc, c’est aux politiques de faire évoluer les choses, la règlementation, le statut… Je donne beaucoup de mon temps à la commune, dans les commissions de travail pour faire évoluer les choses… »
Retour à l'enseignement avec le SPC (Syndicat pour la Promotion des Communes)
En tant que conseillère municipale, Tepuaraurii n’a qu’une seule ambition, celle de se consacrer entièrement à sa commune et à la population de Paea. Avec le maire Jacqui Graffe, ils privilégient la proximité avec les habitants, même en dehors des périodes électorales. Ils organisent régulièrement des réunions au sein des quartiers pour informer les administrés de ce qui se passe au niveau de la commune. Au cours de ces rencontres de proximité, Tepuaraurii apprend auprès du tāvana de Paea à maîtriser les stratégies et les armes de longévité pour se maintenir en politique. Pourtant, le destin lui réserve bien autre chose, d’autres horizons qui vont lui être révélés progressivement. Le tāvana de Paea lui demande de prendre sa place et de siéger au sein du SPC, le Syndicat pour la Promotion des Communes, afin de représenter Paea. Elle se retrouve dès lors propulsée au milieu des maires de toute la Polynésie.
Elle est vite repérée pour ses compétences. Le SPC lui propose d’intégrer son pôle formation auprès des élus, c’est l’occasion pour elle de renouer avec sa passion première, l’enseignement. En 2016, elle va plus loin, puisqu’elle va marquer de son empreinte la sphère politique du fenua, en prenant la défense des tāvana.
« Je suis revenue à mes premiers amours : on m’a proposé de devenir formatrice d’élus au sein de la branche du SPC. Je fais donc régulièrement de la formation auprès de conseillers municipaux et des maires, et je fais des séminaires à Tahiti et dans les îles. Pendant mes trois années au sein du SPC, j’ai pu voir les problèmes règlementaires et toutes les spécificités dont on ne tient pas compte. L’année dernière, j’ai animé la table ronde du congrès des communes,qui s’est déroulé à Taiarapu-est. Cela a fait grand bruit parce que j’avais dit des choses que personne n’avait osé dire. J’ai activement participé à la fameuse résolution qui a donné suite à une vraie révolution, avec un message très fort au gouvernement par rapport à l’implication des tāvana. Bien souvent dans les projets du Pays,en effet, on n’implique pas assez les tāvana, ou alors ils ne le sont qu’à la fin, quand les projets sont terminés. Donc on a lancé un appel au Pays pour nous impliquer davantage : pour plus d’efficacité, éviter les gaspillages que l’on peut voir, ou même les échecs. Cela passe par la consultation de la base et pour nous, la base, ce sont les tāvana. »
Compter sur un mentor en politique, c'est une chance
Trois ans après son entrée au conseil municipal de Paea, Tepuaraurii Teriitahi n’en est qu’à l’aube de sa carrière politique. L’année dernière, le tāvana de Paea lui demande de se présenter aux législatives, elle accepte ce nouveau défi, malgré vents et marées. À ses côtés, le maire joue un rôle essentiel depuis qu’elle s’est engagée en politique. Elle lui en est reconnaissante, car si elle en est là aujourd’hui, c’est grâce à lui.
Tous les deux ont une relation particulière, un peu comme un père avec sa fille, mais aussi, une relation intergénérationnelle où la transmission du savoir en est le centre primordial :
« J’ai la chance d’avoir tāvana à mes côtés, parce qu’en politique, si tu veux percer, il faut avoir une base solide, il faut avoir un vivier. On peut dire aujourd’hui que c’est lui qui m’offre ce vivier là. Si tāvana n’était pas derrière moi, je ne serais pas là où je suis maintenant. Pour moi, c’est une évidence. Après on se complète beaucoup, c’est d’ailleurs le symbole du mouvement qu’on a créé, Porinetia to’u ai’a, puisqu’on n’a pas de parti politique.
Notre seul parti, c’est la Polynésie et notre symbole, qui est depuis longtemps celui de tāvana, c’est le flambeau. Cette passation, cette transmission en fait, entre quelqu’un d’expérience, de mûr et quelqu’un de plus jeune, de nouveau. Il y a donc cette transmission, cette préparation de l’avenir. C’est quelque chose qui me plaît beaucoup et par rapport à ça. Tāvana est un précurseur, même au sein du conseil municipal, il prépare sa suite, contrairement à d’autres. J’apprends beaucoup avec lui, mais j’ai aussi mon caractère ! Pour moi, il est comme un metua, un père. On arrive à communiquer, à trouver un équilibre, on se comprend. Il est bienveillant. Il essaie toujours de me protéger et moi, comme je suis quelqu’un qui aime bien contrôler les choses et tout savoir, il m’apprend aussi à accepter de ne pas comprendre certaines choses, grâce à son expérience. Il essaie beaucoup de me préserver et surtout de me préparer au mieux à la dure réalité de la politique. Moi je suis naïve, quand je dis que je ne fais pas de politique politicienne, on est entourés de gens qui ne font que de la politique politicienne, et c’est ce qui casse tout, parce que ce sont des personnes qui n’ont pas pour objectif l’intérêt général mais leur propre intérêt personnel et là, ça clash. »
Thierry Teamo
Rédacteur
©Photos : Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes



