
Saxocha, l’harmonie des savoirs : entre équations et partitions
Depuis toujours, Charlotte Zorgnotti Saverna, alias Saxocha, avance portée par une double ambition : comprendre le monde et le faire vibrer. Entre sciences, musique et transmission, elle construit un parcours où la curiosité et la vulnérabilité deviennent une manière d’habiter le vivant.
UNE VOCATION ENTRE MUSIQUE ET CURIOSITÉ
Chez Saxocha, la musique s’invite très tôt dans le quotidien, portée par un environnement familial où les mélodies occupent une place essentielle.
« Je suis devenue musicienne parce qu’il y a toujours eu beaucoup de CD chez mes parents. Quelques milliers, je pense. »
Très vite, une rencontre déterminante l’oriente vers l’instrument qui deviendra sa voix.
« J’ai eu une prof d’éveil musical, Angelina Pittalis, qui était merveilleuse. Il se trouve qu’elle était aussi prof de saxophone. On a fait des essais, et c’était l’instrument qui me parlait le plus. J’avais 7 ans quand j’ai commencé, mes doigts étaient trop petits pour atteindre les notes du bas. »

Ce souffle devient le prolongement de son identité artistique.
« Je trouve qu’il y a un processus qui est proche du chant. C’est mon instrument, c’est la prolongation de ma voix. Il vibre dans la bouche et dans mes mains… »
Charlotte poursuit son odyssée harmonique au conservatoire de St-Brieuc où elle apprend le piano. Excellente élève, elle obtient son diplôme d’études musicales ainsi que son bac S, et vient le temps de choisir ce qu’il adviendra de son avenir.
« J’adorais les sciences et j’adorais la musique, j’ai fouillé ce que je pouvais faire avec les deux. »
À L’ÉCOUTE DE LA BEAUTÉ DU MONDE
C’est ainsi qu’elle choisit la double licence Sciences et Musicologie à la Sorbonne.
« Ça m’a ouvert plein de portes. J’ai pu jouer dans le Big Band de la Sorbonne avec Laurent Cuny. C’est une grande figure de la musique jazz en France, il est très inspirant. »
En troisième année, elle part 6 mois à San Francisco dans le cadre un échange universitaire. Un voyage qui enrichit son regard et nourrit sa pratique.
« C’était assez fou en termes d’opportunités musicales. »

À ses yeux, les sciences et la musique obéissent finalement à une même fréquence.
« Dans la réalisation d’un modèle mathématique, je trouve qu’une équation c’est très beau. Et il y a un côté analytique à la musique qu’on oublie parfois. »
Sa licence réussie, Charlotte étend son cercle de connaissances grâce à un master de recherche en acoustique au Mans, suivi d’une thèse intitulée « Effets d’écoulements non-uniformes sur la transmission et la réflexion d’ondes acoustiques ».
L’ENGAGEMENT AU CŒUR DE LA DÉMARCHE
C’est au cours de son master qu’elle rencontre Valentin Zorgnotti, également musicien, qui deviendra son époux. Ensemble, ils créent des univers qui n’appartiennent qu’à eux, tout en reflétant les actualités.
« Notre manière de répondre, c’est toujours la création. C’est très fort, parce qu’on partage une routine de scènes et de créations. »

Une aventure qui prend tout son sens lorsqu’elle est vécue collectivement.
« Je trouve qu’il y a un vivier d’artistes en Polynésie, mais trop peu connus. Ça fourmille de gens avec des talents incroyables. »
TRANSMETTRE L’ENVIE D’APPRENDRE
Aujourd’hui professeure de physique-chimie au lycée La Mennais, elle monte avec son collègue Kevin Mas le projet Te ‘Upa O Te Moana. Le but : observer l’océan à travers les sons et évaluer la pollution sonore qui vit sous la surface.
« Ça fait longtemps qu’on y réfléchit. On a à la fois une partie ingénierie capteur et une partie de laboratoire au sens méthode de recherche scientifique. »
Présenté au concours To’a Reef, ce programme remporte le prix du public, leur assurant une bourse de 200 000 francs.

« C’est intéressant et ça nous concerne tous les jours. Les élèves se sont hyper mobilisés. »
Enseignante investie, elle ne considère pas seulement son métier comme une transmission de savoirs, mais un accompagnement profondément humain.
« Du côté didactique, j’aime beaucoup mettre un accent sur la méthode scientifique parce que c’est leur montrer que ce qu’on leur apprend est prétexte à comprendre. Du côté de la casquette éducateur, j’adore être prof principale, je trouve qu’il y a des vraies discussions d’égal à égal. On est capables d’être une oreille pour des jeunes et c’est extrêmement précieux. »
Sur scène ou devant une salle de classe, Saxocha suit toujours la même partition : observer, expérimenter, ressentir, partager.

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES





