
Lehia Mama : entre danse, mémoire et transmission
Créer, transmettre, ressentir… Portée par ces valeurs, Lehia Mama trace un chemin profondément humain et sincère, où le ’ori tahiti est au cœur de tout mouvement. Directrice de Tahiti Ora depuis 6 ans, l’école porte aujourd’hui son nom, et la passation s’y fait à son image.
UNE HISTOIRE DE FAMILLE
Lehia Mama grandit dans un cocon où le ’ori tahiti rythme son quotidien.
« Ma maman était danseuse, mon père aussi. »


Lovée dans la grâce des gestes tant observés, elle s’épanouit très rapidement dans cette discipline.
« Dès mes 5 ans, ma mère m’a inscrite à l’école de Mere Foster. Finalement, j’ai toujours fait de la danse. Que ce soit à l’école, à l’école de danse, ou avec ma maman quand elle faisait le Heiva… Partout. Entre 2000 et 2011, j’ai perfectionné ma formation auprès de plusieurs écoles de renom, dont celles de Moeata Laughlin, Heiragi et le Conservatoire. »
TRANSFORMER SES ÉMOTIONS EN CRÉATION
Soutenue par sa famille, Lehia rencontre, à l’âge de 16 ans, le groupe de danse qui deviendra son sanctuaire.
« En 2011, quand j’ai voulu participer pour la première fois au grand Heiva, ma maman m’a amenée à une des répétitions de Tahiti Ora. »

Ainsi, elle foule les planches de To’atā pour la première fois. Son talent et son dévouement pour la danse ne passent pas inaperçus…
« La cheffe du groupe, Tumata Robinson, m’a demandé d’intégrer la base pour faire les shows dans les hôtels. En 2014, quand on a reparticipé au Heiva, j’ai été meilleure danseuse du groupe et j’ai obtenu le 2e prix. »
OSER PRENDRE SA PLACE
En 2016, elle remporte le titre de ‘Ori Tahiti World Championship1, avant d’être nommée chorégraphe de la troupe Tahiti Ora en 2019. Suite à cette consécration, Lehia commence également à donner des cours au sein de l’école Tahiti Ora et à animer des workshops à travers le monde. D’abord, elle assiste la professeure, avant d’enseigner elle-même aux groupes des plus jeunes filles. Petit à petit, elle tient la barre et enfin, en 2020, Tumata lui propose de diriger cette mythique institution.

« Elle m’a transmis le flambeau de son école. »
À seulement 25 ans, Lehia Mama en prend les rênes. Cependant, ses expériences ne lui confèrent pas une totale confiance en elle, et il lui faudra œuvrer pour oser s’affirmer en tant que directrice.
« Au début, je voulais être discrète, invisible… Je ne voulais pas que les gens sachent que j’avais repris. Je voulais être tranquille… Il n’y a qu’à partir de l’année dernière où j’ai commencé à assumer le rôle de directrice. Et c’est là que j’ai modifié le nom. »

Tahiti Ora devient donc L’École de danse LEHIA : un changement lourd de sens pour la jeune femme qui s’approprie enfin son titre.
« J’ai essayé d’ajouter un peu plus de modernité, parce que la danse a beaucoup évolué depuis quelques années. J’ai rajouté des cours pour garçons, que ce soit des tout–petits ou des tāne. Ça a été ma marque de fabrique, on va dire. »
DES PROJETS QUI ONT DU SENS
« La danse, ça représente tout. Je mange ’ori tahiti, je dors ’ori tahiti, je me douche ’ori tahiti… La danse, c’est mon travail, ma vie quotidienne, mes week-ends (rires). C’est aussi mon lien avec notre héritage. »
Pour Lehia Mama, ce qui fut autrefois un lien intime avec sa pratique, se transforme en une natte de transmission.

« Avant, c’était uniquement pour moi et maintenant, je partage. »
Grâce à la place qu’elle occupe, notre directrice tente s’insuffler sa propre passion aux jeunes générations.
« Mon approche, c’est l’amour de la danse. J’essaie de mettre en place des cours assez ludiques pour les enfants. Je veux que tous mes élèves, filles ou garçons, se sentent plus à l’aise avec leur corps, qu’ils se sentent beaux. »


Composée de 82 élèves, l’École de danse LEHIA est un refuge pour les amoureux du ’ori tahiti, quelque soit leur niveau et leur âge.
ENTRE AUTHENTICITÉ ET AMBITION
Lorsqu’elle ne donne pas de cours, elle profite de sa vie de famille avec son compagnon, également danseur. Elle fonde aussi une troupe de danse : Ruaragi, qui porte le nom de sa fille. Avec ce groupe, Lehia tente de professionnaliser de jeunes danseuses, en présentant des spectacles privés dans plusieurs établissements, dont le Hilton Tahiti, le Tahiti Pearl Beach Resort, ainsi qu’à bord de navires de croisière.

« Je suis motivée pour mes élèves, pour les pousser à s’améliorer et à faire en sorte qu’ils deviennent des pros dans le monde du rythme. »
À 31 ans, Lehia Mama est une figure de proue de la danse tahitienne. Avec dévotion et amour, elle enseigne cet art traditionnel, mais aussi les préceptes qui l’accompagnent.
« Je souhaite que mes élèves gardent cet esprit de partage avec les gens qui les entourent. Dans le cours, il n’y a pas de compétition. La compétition, ça se passe avec soi-même ! Danser et garder cet esprit d’humilité... »

1 Concours international de ‘Ori tahiti

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle, Stéphane Maillon, Te Fare Tauhiti Nui et Lehia Mama pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES





