
Augustine Roa, une sensibilité tournée vers l’autre
À travers Je te Vois mon Amour, une association créée pour sensibiliser au TDAH1, Augustine Roa transforme les épreuves en force collective. Guidée par des valeurs profondément humaines et ancrée dans la culture polynésienne, elle œuvre chaque jour pour une société plus inclusive, où chaque enfant trouve sa place.
UN PARCOURS FASTIDIEUX FAÇONNÉ PAR L’AMOUR
Augustine Roa grandit sur l’île de Rangiroa avant de venir à Tahiti poursuivre son lycée. Elle devient par la suite professeure des écoles et, en 2018, commence la véritable aventure de sa vie.
« Je suis maman d’un petit garçon de 7 ans, qui a été diagnostiqué TDAH sévère. Il s’appelle Ohiti. C’est mon petit crabe, c’est pour ça que c’est le logo de l’association. »

Une expérience qui fait écho à son propre vécu et nourrit progressivement son engagement.
« Je me suis jetée corps et âme dans l’accompagnement de mon fils. Parce que pour moi, être maman, c’est vraiment une bénédiction. Les enfants nous apprennent à choisir qui on a envie de devenir. »
En apprenant à mieux se connaître, elle se découvre des capacités qui, finalement, ont toujours fait partie d’elle.
« Ce qui m’a fait le plus de mal, c’est que mon fils ne voulait plus aller à l’école. Parce que l’école, c’est mon métier. Il en faisait des cauchemars, il en pleurait le matin… Ça m’a permis de me transformer, moi aussi, humainement. Ça m’a fait me rendre compte que les valeurs dans lesquelles j’ai été élevée, les plus simples, pouvaient être la réponse. »
Augustine choisit alors de changer Ohiti d’école.

« Si une fleur ne s’épanouit pas, ce n’est pas la fleur qu’on change, c’est la terre autour. »
Mais toutes ces fluctuations, les rendez-vous avec les spécialistes, transforment inévitablement son quotidien.
« Tous les suivis qui ne sont pas remboursés, forcément tu te ruines… et ça a un impact sur ta vie. »
Cette réalité sociale et émotionnelle sustente sa manière d’accompagner les autres, avec écoute et empathie.

« J’ai l’impression qu’il y a une hiérarchisation de la souffrance des familles. Selon qui souffre le plus, qui a besoin d’aide ou non. »
CONSTRUIRE DES PROJETS QUI RASSEMBLENT
Au détour de discussions au sein de son entourage, naît un collectif engagé pour faire connaître le TDAH et les troubles du neurodéveloppement. Le 12 juin 2025, Journée nationale du TDAH, elle se réunit avec des amis et part à la rencontre des passants dans Papeete.

« Quand j’ai entendu leurs histoires, je me suis rendu compte qu’il y avait de la demande. »
Ainsi est créée l’association “Je te vois mon Amour”, pour que les familles puissent se sentir écoutées, comprises et soutenues.
« ‘Je te vois mon amour’, ça a été une phrase que j’ai dite, un jour, à mon fils quand il était malheureux parce qu’il n’arrivait pas à être comme les autres. J’ai vu l’impact que ça a eu, et celui que ça a aujourd’hui chez les autres. Être une association, ça offre un plus grand champs d’actions et une certaine légitimité. »

Aujourd’hui, une soixantaine de familles peuvent compter sur Augustine Roa et son équipe pour les accompagner, à travers des ateliers, des rencontres, des moments de détente entre parents et enfants et des cercles de paroles.
DES VALEURS HUMAINES ET CULTURELLES
Très attachée à ses racines, Augustine y puise une manière d’être, de transmettre et de créer du lien avec les autres.
« J’ai été baignée dans la culture polynésienne. C’est quelque chose que je continue de véhiculer. »

Pour elle, les compétences ne suffisent pas : la bienveillance et la capacité d’écoute sont tout aussi importantes.
« J’aime choisir les professionnels avec qui je travaille, parce que je veux qu’ils soient humains. »
Grâce à son association, Augustine Roa souhaite également sensibiliser davantage le public aux réalités vécues par certaines familles et ouvrir des espaces de dialogue plus inclusifs.

« J’ai envie d’informer. Je crée des histoires de chez nous, pour chez nous, que l’association publie. »
L’écriture devient alors un véritable outil de transmission. En imaginant des récits ancrés dans la réalité polynésienne, elle souhaite permettre aux enfants et aux familles du fenua de se reconnaître. Deux albums naissent de cette ambition : “Moi, maman d’un Ohiti”, publié en français et en reo tahiti, et “Pōreho, la porcelaine du grand silence”.

« Nos anciens nous ont toujours dit : “Ce sont des enfants, on ne choisit pas, on ne fait pas la différence”. C’est un peu toute cette philosophie que je véhicule à travers mon association. J’ai envie de penser à mon nūna’a. »
Animée par cette sensibilité, Augustine Roa continue aujourd’hui de construire des initiatives où transmission, inclusion et culture avancent main dans la main.
- Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité de l’enfant (TDAH) définit par des symptômes d’inattention associés ou non à des symptômes d’hyperactivité motrice et d’impulsivité.

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle et l’association Je te Vois mon Amour pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES
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Où trouver les albums de Augustine Roa ?
- Les ouvrages “Moi, maman d’un Ohiti” et “Pōreho, la porcelaine du grand silence” sont à retrouver auprès de l’association.
CONTACT
- collectifjetevoismonamour@gmail.com






