
Tatiana Tahiata-Tamaku : de l’ombre à la lumière aux côtés de l’association Taatiraa Huma Tahiti Iti
Il y a des silences qui enferment, et d’autres qui précèdent la renaissance. Tatiana Tahiata, épouse Tamaku, a traversé la nuit des violences pour retrouver, pas à pas, un chemin vers elle-même. Elle réapprend à habiter sa vie au centre Ue Ue te Aroha, portée par l’amour des siens et la force tranquille de celles qui refusent de s’effondrer.
BRISER LE SILENCE
Longtemps, Tatiana Tahiata-Tamaku a gardé pour elle la violence qui s’installait dans son foyer, jour après jour, dans un isolement total.
« J’étais une femme battue. On me frappait, on me disait des grossièretés, j’étais humiliée. J’étais toute seule. Je n’avais personne. Il n’y avait personne. »

Mettre des mots sur cette réalité, c’est déjà commencer à s’en extraire, à reprendre le pouvoir sur son histoire.
« Quand je me suis séparée de mon ex, mes enfants étaient avec moi. Ils étaient toujours mineurs. »
Après des années de mutisme, elle trouve la force de partir et de se protéger.
« Heureusement qu’il y avait les Affaires sociales aussi pour m’aider. »
FAIRE FACE AUX MAUX SILENCIEUX
Inscrits au creux de son corps, les sévices subis laissent des séquelles.
« J’ai beaucoup de maladies invisibles. Je souffre des lombaires, j’ai la tension élevée et le RAA1. »

Malgré tout, elle avance, portée par une détermination forgée dans l’épreuve.
« Ça n’a pas été facile. Je me suis battue pour mes enfants. Maintenant, j’en suis fière. »
Chacun de ses efforts construit une forme d’indépendance. Tatiana cherche avant tout à travailler pour subvenir aux besoins de sa famille.
« Je faisais le ménage dans une école. »
SE RECONSTRUIRE
En 2019, cette mère dévouée rencontre l’association Taatiraa Huma Tahiti Iti.
« Cette association m’a accueillie en tant que stagiaire. Au début je ne savais rien faire, rien du tout, même pas de l’artisanat, même pas la cuisine… »

Engagée dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap sur la presqu’île de Tahiti, Taatiraa Huma Tahiti Iti permet notamment grâce au centre Ue Ue te Aroha, un service d’aide par le travail pour les travailleurs reconnus handicapés.
RETROUVER SA PLACE
Dans cet espace, elle apprend, expérimente, se découvre des compétences qu’elle ne soupçonnait pas. Les savoir-faire s’accumulent, les mains s’habituent, la confiance grandit.
« J’ai appris à faire des ras-de-cou, des bracelets, des boucles d’oreilles, des éventails… »

Au-delà de la technique, c’est aussi un cadre de vie qui se reconstruit.
« On a appris aussi le respect de tout le monde. Respecter les référents, la paix entre les usagers, la propreté des espaces… »
Ainsi, Tatiana redécouvre un équilibre qui lui est propre.
FOI, PERSÉVÉRANCE ET RÉSILIENCE
Grâce à cet espace dans lequel elle s’épanouit, elle accède également à des formations professionnelles.
« J’ai fait des formations de secrétariat à la mairie de Mahina. J’ai servi à des travaux. Après, j’ai fait le secrétariat à la mairie de Tautira. »
L’espoir s’ouvre à nouveau, laissant place à des relations apaisées. Tatiana rencontre un homme qui la respecte à sa juste valeur.

« On s’est mariés, ça fait deux ans maintenant. C’est un beau mariage. Je suis bien tombée, c’est un homme très gentil. »
Portée par ses acquis et sa foi, Tatiana Tahiata-Tamaku est un exemple de force et de résilience. Ses enfants, aujourd’hui adultes, ont fait d’elle la grand-mère de trois mo’otua qu’elle chérit. Pour elle, la vie continue…
« Maintenant, en tant que stagiaire, j’ai une vocation. Ce n’est pas beaucoup d’argent, mais ça me permet de me nourrir, de payer les frais de la voiture… J’ai mon permis, j’ai ma CMI2, j’ai tout ça ! Je suis contente d’être dans cette association. Ce sont des efforts acharnés, beaucoup de prières aussi. Aujourd’hui, je suis fière de où je suis arrivée. »
1 Le RAA est un syndrome auto-immun postinfectieux. L’infection est classiquement une angine à streptocoque qui induit chez l’hôte une réaction immunitaire inappropriée. Le RAA peut affecter différents organes et sa présentation clinique est variable.
2 La carte mobilité inclusion, mention « stationnement », donne le droit à son titulaire ou à la personne qui l’accompagne de stationner gratuitement et sans limite de durée sur toutes les places de stationnement public, sur la voirie en surface.

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES






