
Lilly Tahiti, une vie au fil de la création
Lilly Tahiti, jeune créatrice, tisse son parcours avec la patience du fil et la fougue de la danse. Autodidacte, entrepreneure, profondément attachée à l’artisanat et à la création locale, elle façonne une mode à son image : fluide, libre et sincère. Portrait d’une jeune femme qui avance au rythme de ses convictions et prouve que l’on peut bâtir sa marque sans jamais trahir sa passion.
HÉRITAGE ET PREMIERS GESTES
L’histoire de Lilly Tahiti commence par une rencontre hasardeuse avec la couture lorsque Lilly se prend de passion pour la gymnastique rythmique .
« Ma maman m’a appris les bases de la couture à la main, ma grand-mère m’a montré comment enfiler mon fil dans une machine à coudre, et ma curiosité d’enfant m’a poussé à tester toutes sortes de choses ! Chemin faisant, j’ai commencé à créer mes premières pièces : des costumes de danse pour mes galas. »

Ainsi, elle apprend le goût des matières et la magie de transformer une idée en geste concret.
« Je suis arrivée à Tahiti pendant le lycée. J’ai découvert des tissus magnifiques, et une autre manière de vivre. Et ça m’a vraiment inspirée pour faire des vêtements. »
Ces nouvelles inspirations deviennent le fil conducteur de ses premières collections.
AU-DELA DE LA COUTURE
Comme pour beaucoup de créateurs, les débuts sont faits de débrouille et de travail acharné.
« J’ai trouvé du boulot. Ça m’a permis d’acheter mes premiers tissus. Ma première surfileuse, je l’ai payée en faisant des plats vietnamiens. Puis j’ai été hôtesse-serveuse au restaurant Tahiti La Plage. J’y ai rencontré Irina, créatrice de bijoux qui organisait les Sapinus Créa Market. J’y ai exposé mes créations pour la première fois. »


Rapidement, Lilly élargit ses compétences et reprend l’organisation des expositions au Restaurant Tahiti La Plage.
« Ça a été un tremplin vraiment chouette. Ça m’a permis d’expérimenter la vente, la gestion avec les autres artisans, le travail en équipe… »
Petit à petit, elle crée des liens, trouve des points de vente. Son activité se structure, tout en restant fidèle à ses valeurs et son rythme.
« De fil en aiguille, j’ai trouvé d’autres boutiques. J’ai démarché. Ça me permettait d’avoir un revenu plus stable, et de réguler mes prix. »
CONSTRUIRE UNE MARQUE À SON IMAGE
En 2020 naît officiellement la marque “Lilly Tahiti”. La danse reste son souffle créatif ; les mouvements inspirent ses silhouettes. Pour cela, elle choisit des matières fluides, comme la fibrane et le satin.
« Au début, c’est le tissu qui m’inspirait. Alors je passais beaucoup de temps dans les magasins de tissus. La danse m’inspire toujours : j’aime les choses qui volent, qui bougent, qui rendent la femme gracieuse. »


Malgré l’opportunité d’intégrer une école de mode à Paris, elle choisit de rester en Polynésie. Lilly apprend sur le terrain, avec une curiosité insatiable et une passion intacte.
« Je suis autodidacte. Je n’ai pas toutes les connaissances qu’une école aurait pu m’apporter. Mais ce n’est pas grave. Je suis contente d’apprendre sur le tas comme je le fais. »
Dans ses collections, tout est pensé pour le confort et la mise en valeur de ses clientes.
« Je fais beaucoup de tailles uniques car on peut porter la plupart de mes pièces de différentes façons, chaque femme peut trouver sa manière à elle de porter mes vêtements et ainsi l’ajuster à sa morphologie, c’est très satisfaisant. »
UNE VISION ENGAGÉE
La jeune femme œuvre seule. Le but n’étant pas de créer un maximum de quantité, mais de privilégier la qualité. Tout est acheté et produit localement, de l’aiguille au vêtement final.
« C’est la différence avec les grosses marques ou la fast fashion. C’est doucement, tranquillement, au rythme de la création. La création locale, c’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur. »

Sa marque est distribuée dans plusieurs magasins, et les événements publics lui permettent de rencontrer celles et ceux qui partagent sa vision et sa sensibilité.
« Je participe à des salons, des expositions. Ça me permet de rencontrer des gens qui me ressemblent, qui partagent ma vision. Mon travail, c’est ma passion, c’est ce que j’aime faire. »
FIERTÉ ET PROJECTION
Lilly rêve grand :
« Ce que j’aimerais, c’est avoir un bel atelier fait de bois locaux, un espace à taille humaine, à mon image, où je m’imagine avoir d’autres couturières à mes côtés, qui m’aident dans le processus de création. »

Modeste, elle refuse de dire qu’elle s’est faite seule. Elle se souvient de son père, soutien discret mais constant.
« Mon père a quand même été beaucoup là pour m’aider, par exemple pour mes premiers achats de tissus. Et à chaque expo, je le remboursais. »
Avec son florilège de créativité, Lilly encourage la nouvelle génération à se lancer et à créer, ici et maintenant.

« Je suis vraiment fière de ce que je fais. On n’est pas beaucoup de jeunes. Donc franchement, c’est à nous de jouer. »

Rédactrice
©Photos : Lilly Tahiti et Cartouche Louise-Michèle pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES



