
Mahana Deane : offrir le droit à l’expression avec Sign’Ensemble
Orthophoniste et créatrice du projet « Sign’Ensemble », Mahana Deane navigue entre passion et travail acharné, à la poursuite de ses rêves. Femmes de Polynésie vous présente une jeune professionnelle qui a su faire de sa vocation un métier.
LA GENÈSE D’UN PROJET DE VIE
Très jeune, Mahana Deane sait qu’elle veut accompagner les autres.
« Je rêvais d’être orthophoniste depuis mes 14 ans. »

À l’origine, un désir simple et puissant : permettre à chacun de trouver sa voix.
« Mon objectif a toujours été d’aider les enfants dans leur communication, qu’ils soient neurotypiques ou neuroatypiques. »
SE FORMER POUR MIEUX TRANSMETTRE
Pour concrétiser cette vocation, elle approfondit ses connaissances et explore différentes approches.
« J’ai eu une licence en sciences du langage à Bordeaux. J’avais suivi quelques cours en LSF1. C’est là que les signes sont entrés dans ma vie. »
Cette découverte vient enrichir sa vision de la communication.
« Je me suis inscrite en école d’orthophonie à Liège, en Belgique. J’y ai découvert une autre façon d’étudier puis de travailler. »

Plongée très tôt sur le terrain, Mahana apprend au contact des patients, des équipes. Durant ses études, elle attend son premier enfant.
« Heureusement que j’étais bien entourée ! »
Diplômée en 2014, elle revient en Polynésie l’année suivante pour que son fils soit proche de ses racines, et ouvre son cabinet d’orthophonie. À la naissance de son deuxième enfant, elle fait une pause.
« J’ai continué à me former. Puis je me suis dit : « Si on lançait des ateliers de signes associés à la parole à Tahiti ? » Mon petit a été mon premier cobaye. »
SIGNER POUR MIEUX COMMUNIQUER : UNE PÉDAGOGIE VIVANTE
« La pédagogie active, j’adore ça ! »
Pour elle, les signes associés à la parole constituent un véritable outil d’inclusion.
« C’est poser l’intérêt sur les mots qui ont du sens. C’est très utile pour donner la parole au bébé, qui est capable de s’exprimer dès 8 mois. Cela permet aussi l‘intégration des enfants sourds ou autistes. C’est vraiment des signes issus de la LSF que l’on appose sur le langage oral. »
Ainsi naît le projet Sign’Ensemble. Les ateliers deviennent des espaces d’expérimentation ludique et de partage.

« J’utilise des comptines, des jeux, des histoires signées, pour que les parents s’imprègnent vraiment de l’outil et le réutilisent à la maison. »
Les signes s’intègrent alors au quotidien, et renforçent le lien parent-enfant.
UNE PRATIQUE PLURIELLE
Aujourd’hui, Mahana Deane conjugue ateliers et pratique en cabinet.
« Une fois par mois, je donne mon atelier à la Maison de la culture et je continue mon activité d’orthophonie à côté. »

Sa méthode est structurée et accessible.
« J’appelle ça une soupe de vocabulaire : une comptine et une histoire à partir d’un livre accessible aux enfants, auxquelles on ajoute quelques signes. »
Elle établit un programme en trois modules.
« Avec ces modules, ils ont accès à environ 300 à 400 signes. »
Son approche s’adresse à tous les âges.

« Aussi bien aux petits qu’aux personnes âgées, qui ont perdu la parole. »
DES PROJETS AUDACIEUX
Toujours animée par l’envie de créer et d’adapter ses outils, Mahana imagine de nouveaux supports.
« J’aimerais développer des livres avec des illustrations et un vocabulaire polynésien qui soient vraiment accessibles, proches du quotidien d’ici. »

Elle nourrit également le projet d’ouvrir une structure d’accueil innovante.
« Si j’ouvre une structure d’accueil, je pourrais transmettre tous ces outils applicables dans le quotidien des enfants. »
OSER TRACER SON CHEMIN
À travers son parcours, Mahana défend une conviction : le plaisir est la clé de l’apprentissage.
« Aux professionnels et aux parents : chantez avec vos enfants, dansez, lisez, éclatez-vous avec les mots. Favoriser le plaisir d’apprendre en jouant, c’est déjà 80 % du travail fait. »
Et aux jeunes générations qui hésitent à suivre leurs aspirations :

« Allez-y, foncez ! Avec du travail, de la persévérance et un peu de fun, vous pouvez y arriver. Quelles que soient les embûches, c’est votre chemin ! »
1. Langue des Signes Française

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle et Mahana Deane pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES






