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Portrait

Fauura Bouteau, grande dame de l'artisanat polynésien

Fauura Bouteau, grande dame de l’artisanat polynésien

Publié le 11 mars 2026

Le 8 mars, nous avons célébré la Journée internationale des droits des femmes. À cette occasion, l’association UFFO Polynésie met en valeur 8 Polynésiennes inspirantes. Ces femmes remarquables, nous les avons appelées nos Poerava, nos “perles rares”. Aujourd’hui, rencontre avec Fauura Bouteau, qui a œuvré toute sa vie pour l’artisanat du fenua.

UNE FIGURE LOCALE INCONTOURNABLE

Qui ne connaît pas Fauura Bouteau, grande dame de l’artisanat polynésien ? Elle a contribué à vivifier, moderniser l’artisanat local pour en faire une activité économique de haut niveau, ancrée dans notre culture et dans nos ressources naturelles valorisées artistiquement.

Fauura Bouteau, grande dame de l'artisanat polynésien

Native du Fenua Aihere, où elle a passé toute sa jeunesse, elle n’a pas pu prolonger sa scolarité à Papeete car, à l’époque, on ne prenait qu’un seul enfant par famille au lycée Gauguin. Dès l’âge de 12 ans, Fauura aide ses parents au fa’a’apu et à la pêche, conduisant parfois, avec sa pirogue, une famille de la ville venue passer la journée au motu de Tautira. Plus âgée, elle va servir chez le tāvana Tutaha Salmon lorsqu’il reçoit des invités. C’est là, à 20 ans, qu’elle a rencontre son futur mari, Gérard Bouteau, alors agent de la SETIL. En 1962, il l’emmene avec lui en France, où naîtront leurs trois enfants.

Un jour, elle entend quelqu’un dire qu’elle a des manières « gauches ». Elle comprend alors qu’elle a gardé sa spontanéité de « petite sauvage de Tautira » et décide d’apprendre les manières européennes. Plus tard, son beau-père lui dira avec humour : « Fauura, tu ne nous fais plus rire ».

Elle s’intéressa alors à l’élégance, à l’art, à la décoration. Lorsqu’elle revient à Tahiti, au bout de douze ans, elle porte sur son fenua un regard nouveau.

MODERNISER L’ARTISANAT

En matière d’artisanat, en dehors des objets sculptés marquisiens remarquables, elle observe qu’il est possible d’apporter plus de raffinement aux objets créés et de marier les matières. Nous sommes au début des années 1980, et les expositions artisanales se développent, notamment grâce à des pionnières comme Tila Mazière, Stella Lehartel, Caroline Solari ou Tepora Helme. Fauura commence à faire des colliers en crochet de différentes couleurs avec des coquillages suspendus, qui rencontrent beaucoup de succès. Sa fille Nicole les porte avec élégance et n’hésite pas à aider sa maman à les confectionner et à les vendre.

TRANSMETTRE ET STRUCTURER UNE FILIÈRE

Débordante d’idées créatives, elle participe également au développement des bijoux tressés en fibreS de coco, réalisés par de jeunes artisans précurseurs de cette nouvelle discipline artisanale. Fauura, voyant beaucoup de jeunes de la ville sans travail, cherche à les intéresser à l’artisanat, à les former et à les accompagner. Beaucoup abandonnent vite, mais certains persévèrent et continuent à vivre de leurs créations artisanales.

Fauura Bouteau, grande dame de l'artisanat polynésien

« L’artisanat est un vrai métier dont on peut bien vivre tout en organisant sa vie selon ses besoins. »

Il y a quarante ans, son amie Tepora Helme lui propose de reprendre le stand de l’association Tamatea au marché de Papeete. Le stand « Fauura Création », devenu une boutique, est toujours là. Elle y est chaque jour, à sa table de travail, accueillant les touristes et les clients, leur donnant des explications avec passion et gentillesse. Membre du bureau de la Chambre de commerce durant 31 ans, elle y a apprend à gérer et développer son entreprise. Fauura accompagne aussi de nombreux artisans à se lancer dans l’entrepreneuriat et bâtit tout un réseau avec ceux qui fabriquent la matière première ou apportent des objets de qualité pour être vendus dans sa boutique.

UNE BELLE RECONNAISSANCE

Elle organise deux fois par an des expositions à l’hôtel Hilton pour mettre en valeur les plus belles et les plus originales des créations d’art d’artisans talentueux et continue de les guider.

Avec fierté, elle affirme que sa plus grande satisfaction est de voir ses enfants et ses petits-enfants lui emboîter le pas. Orama, sa petite-fille, qui a une spécialité de plumassière, diplômée du Centre des Métiers d’Arts et titulaire d’une licence des métiers d’art et du design (DN MADE) obtenue dans l’Hexagone, vient de livrer une interprétation du Maro’ura au musée du Quai Branly, qui la lui a commandée.

Officier de l’Ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre de Tahiti Nui, Fauura Bouteau est restée simple, énergique et épanouie dans sa famille, dans son métier et dans la société polynésienne. Figure inspirante, elle est aussi un rare témoin d’une époque si différente de la vie moderne du Papeete d’aujourd’hui.

Fauura Bouteau, grande dame de l'artisanat polynésien
Avec sa petite-fille Orama

Béatrice Vernaudon et Irmine Tehei – UFFO

©Photos : Cartouche Louise-Michèle et UFFO pour Femmes de Polynésie

Directeur des Publications : Yvon Bardes

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