
Heimoana Metua, la danse pour faire briller la presqu’île
Le 8 mars, nous célébrons la Journée internationale des droits des femmes. À cette occasion, l’association UFFO Polynésie met en valeur 8 Polynésiennes inspirantes. Ces femmes remarquables, nous les avons appelées nos Poerava, nos “perles rares”. Aujourd’hui, rencontre avec Heimoana Metua, qui fait rayonner le ‘ori tahiti à la presqu’île.
Heimoana Metua a acquis un nom et une place dans le domaine de la culture, et notamment du ‘ori tahiti, avec la ferme volonté de faire briller la presqu’île de Tahiti. Cheffe de la troupe Teva I Tai, créée par son père en 2001, elle a fait accéder son groupe aux plus hautes places du podium, jusqu’au titre de lauréat du concours Hura Tau en 2025. Son expertise est reconnue puisqu’elle a été membre du jury du Heiva à plusieurs reprises. Cette jeune femme passionnée, sensible mais aussi forte nous parle de sa vie, de ses activités et de ses convictions.
De Faaone, où elle a passé une partie de son enfance, à Mataiea où elle vit aujourd’hui, s’étend le domaine ancestral des Teva dont les légendes nourrissent les thèmes des spectacles de la troupe. C’est une partie rurale de Tahiti où le mode de vie et les relations entre les gens ne sont pas les mêmes que dans la zone urbaine. À travers ses activités culturelles, elle souhaite contribuer au développement de sa presqu’île, notamment comme membre du Comité du Tourisme.

RACINE, FOI ET TRANSMISSION DU REO TAHITI
Dans le sillage sa grand-mère Mati, la petite fille fréquente l’École du dimanche de Mataiea, s’imprégnant des enseignements de la bible et du reo Tahiti. Elle y acquiert la compréhension et la lecture en reo alors qu’elle reste gênée pour le parler en dehors de ce contexte, inquiète des moqueries possibles pour un mot dit de travers. Elle se souvient que, le dimanche, avant d’aller au culte, sa grand-mère imposait des rites d’hygiène, de coiffure, de vêtements et chaussures « du dimanche ». C’était une femme forte, active dans son amuira’a. Ce cadre religieux fortifie sa foi, et lui sert encore aujourd’hui dans la vie.
« Le reo a été aussi le début de beaucoup de choses. »
LA RÉVÉLATION DE LA DANSE
La pratique du ‘ori tahiti est un déclic.
« Quand je danse, je suis bien dans ma peau. Le corps permet de communiquer autrement. Il y a l’expression du corps mais aussi les mots, les sons, le rythme. »
À cela s’ajoute une dimension culturelle plus large, dans la recherche des légendes et histoires qui deviennent les thèmes des spectacles. Sa mère l’a soutenue dans cette voie, elle qui n’a pas pratiqué la danse car à l’époque de sa jeunesse, cela était mal vu.
Alors qu’elle travaille au Fare Tama Hau, une expérience inattendue lui est proposée : ouvrir un atelier de ‘ori tahiti pour des adolescents en mal de confiance. Sensibilisée aux difficultés des jeunes par son travail au sein de l’équipe de la ligne de permanence téléphonique, Heimoana passe de l’autre côté : elle enseigne et comprend qu’elle peut aider les autres en partageant sa connaissance et son amour de la danse.
La danse a contribué à son épanouissement, pourquoi ne pas l’offrir aux jeunes, aux femmes ? S’ensuit la création d’une école à la presqu’Île où elle enseigne le ‘ori tahiti.
« Pour que les filles et les garçons retrouvent la confiance en eux, et affirment leur identité pour être mieux dans leur peau. »

DANSER POUR AFFIRMER SON IDENTITÉ
Ce sont ces mêmes valeurs qui la guident comme cheffe de groupe dans la préparation du Heiva. À ses danseurs et danseuses, elle dit :
« En tant que Polynésiens, nous avons dû nous battre pour retrouver notre identité mise à mal par la colonisation. Soyez des ‘aito fiers, levez la tête. »
La danse n’est pas une exhibition du corps, mais une voie pour s’exprimer et valoriser la personne que l’on est, afin de pouvoir se regarder dans un miroir et trouver sa place dans la société. Heimoana, élue 1ère Dauphine de Miss Tahiti en 1998, fait la part des choses entre la beauté, l’exposition publique et le bonheur tiré de l’expression de soi au travers de la danse.
ÉDUQUER, ENCADRER, RESPONSABILISER
Mère de trois garçons, elle cherche à leur inculquer le respect de la femme, qui est ou sera leur compagne de vie et non leur « boniche ». Ils sont associés aux tâches quotidiennes de la maison.
La direction d’un groupe de danse est aussi un cadre où il faut veiller au respect des uns envers les autres et rappeler à l’ordre si nécessaire.
Le thème de la résilience, choisi pour le dernier spectacle à Toata, n’est pas le fruit du hasard. Il correspond à une foi profonde :
« Il faut se battre tous les jours. Les obstacles existent, mais derrière les épreuves de la vie il y a toujours quelque chose de positif, une lumière pour la suite. »


Armelle Merceron et Marie Ebb Raioaoa – UFFO
©Photos : Cl Augereau et Heimoana Metua pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes



