
Rachel Moutame, briller à sa façon
Il y a chez Rachel Moutame une douceur et une force mêlées. Une façon de marcher entre deux mondes : celui de la simplicité et celui des lumières qui l’ont un jour appelée. Mais avant tout, il y a chez elle un ancrage profond dans la culture polynésienne, cet héritage intime qui façonne son identité, sa façon de regarder la vie et de se raconter.
CÉLÉBRER LA SECONDE CHANCE
Rachel Moutame est élevée au cœur l’île sœur, Moorea, dans une famille fa’a’amu.
« Je me vois comme une fille simple, mais qui est tout de même passée par beaucoup de chemins. »

Nombreux sont les sentiers qui ont forgé le caractère de cette jeune femme. Cependant, elle les décrit elle-même comme étant des chemins « sains », perpétués par l’éducation stricte de son foyer, malgré l’incertitude qui la pèse durant les premières années de l’existence.
« Comme si j’étais une enfant qui ne savait pas qui elle était, d’où elle venait, ni pourquoi elle était née. »
En dépit d’un début de vie mouvementé, Rachel prend un immense soin à remercier ses parents adoptifs.

« Je suis carrément fière d’avoir été adoptée. Je suis carrément fière d’avoir été élevée comme ça. Je suis fière de la seconde chance que j’ai eue. »
BRISER LES CODES ET INSPIRER
Poussée par son compagnon, Rachel Moutame se présente à l’élection Miss Tahiti en 2025. Face au comité, celle qui est peu habituée à être mise en lumière, est prise par le doute.
« J’avais l’impression d’être un mouton entouré de loups. »
Pourtant, son authenticité séduit le jury. La voilà embarquée dans l’aventure, parmi 12 candidates.

« Ça ne m’a pas changé, ça m’a donné l’occasion de me découvrir. Ça m’a appris à creuser en moi ces petites choses que je croyais sans grand intérêt. »
Fidèle à elle-même, Rachel se lie d’amitié avec ses compétitrices. Sa fraîcheur et son originalité au sein de ce concours lui offrent la place de « coup de cœur du public » le soir de l’élection.
« La banalité chez moi, apparemment, c’est exceptionnel ! »
Suite à cet événement, Rachel Moutame devient une figure culturelle incontournable et se voit proposer divers partenariats en parallèle de son métier d’assistante dentaire.

« Pour l’instant, je vais continuer à me laisser guider. Lors de la prochaine élection, j’espère que d’autres pourront oser se montrer telles qu’elles sont. La beauté que je vois chez les femmes, c’est surtout celle de l’intérieur. Mon exemple, c’est ma mère. Tout ce qu’elle m’a appris, tout ce qu’elle m’a enseigné. Pour moi, c’est la plus belle femme du monde.»
UNE FEMME ANCRÉE DANS SON FENUA
Bien qu’elle n’ait pas remporté la couronne lors de l’élection de Miss, on la retrouve en couverture de magazine, ou encore à l’affiche du Salon de l’Agriculture. Elle est même invitée par le président de Polynésie lors de la première célébration officielle de Matari’i i ni’a, le 20 novembre 2025.
« J’ai accepté parce que c’était vraiment des choses qui touchaient la culture, qui touchaient la population. J’adore matari’i i ni’a, c’est l’abondance ! »

Rachel ne cache ni ses racines, ni ses contrastes. Elle qui a grandi entourée de vaches, d’arbres fruitiers, de nature et d’océan, elle a appris le respect, l’écoute et le sens de l’entraide : des valeurs qu’elle porte haut aujourd’hui.
« Quand mes parents ont acheté le terrain, il y avait des vaches. Elles s’appellent toutes Betty. »

Fière de ses origines et proche de l’environnement, elle croit fermement à la richesse de nos terres et de notre patrimoine.
« Il faut commencer par protéger ce que l’on a, avant de regarder ailleurs. »
CRÉER, TRANSMETTRE ET PERSÉVÉRER
Si Rachel a su séduire le public, c’est particulièrement grâce à sa vulnérabilité.
« Je ne peux pas conseiller aux gens de ne pas douter, car je doute tout le temps de moi. »

Elle rêve de créer de ses mains des objets qui pourraient faciliter le quotidien d’autrui.
« Je ne vois pas mes actions comme quelque chose de commercial, plutôt comme quelque chose qui peut aider mon prochain. J’aimerais apprendre à faire plus de choses utiles, apprendre à travailler le bois… »
Profondément humaine, Rachel Moutame nous inspire tout naturellement. Ce qu’elle nous enseigne est presque un héritage : il ne sert à rien de chercher à correspondre, être soi est la plus grande des richesses.

« C’est vraiment pour tout dans la vie, il ne faut pas avoir honte de qui nous sommes. »
1 Les personnes et les pratiques autour du faʼaʼamuraʼa, les pratiques traditionnelles d’adoption ouverte, de confiage et de don d’enfant en Polynésie française.

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle, Rachel Moutame, Stéphane Sayeb, Teiki Dev, Comité Miss Tahiti, Petero Mo’o Rupo pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES



