
Terava Miller : sculptrice du corail et gardienne des savoirs polynésiens
Terava Miller, artiste de Moorea, a construit son parcours de manière riche et variée. De la mer aux ateliers du Centre des métiers d’art, elle a trouvé dans la sculpture sur corail une passion et un moyen de faire vivre les savoirs de ses ancêtres. Elle se confie à Femmes de Polynésie.
Un parcours varié avant de choisir l’art
Avant de se consacrer à la sculpture, Terava Miller a travaillé dans des domaines très variés : agent commercial, capitaine de bateau à Huahine, marin en formation skipper, puis hôtesse, avant d’intégrer le Centre des métiers d’art en 2013.

« Découvrir les sculpteurs et apprendre à travailler le bois ont été révélateurs. Ce n’était pas seulement apprendre à sculpter : c’était apprendre notre culture, nos histoires. Je me suis rendu compte que j’avais erré tout ce temps alors que ma place était là où tous les savoirs que je désirais acquérir étaient enfin accessibles. »
Du dessin à la sculpture
Élevée aux côtés du peintre Jean-Luc Bousquet, son beau-père, Terava explore d’abord le dessin et le travail à plat, puis réalise qu’elle s’épanouit mieux dans la sculpture.

« La sculpture représente le volume. Plus le travail est gros, plus il y a de volume, et plus c’est intéressant. Mon inspiration provient notamment des lithographies d’un ami de mes parents, Jean Duday, que je transpose en volume, notamment avec des dames en rondeur qui dansent et qui sont devenues ma marque de fabrique. »
Une spécialisation dans le corail
Terava découvre ensuite une matière rare, sensible, et profondément symbolique : le corail.

« J’ai découvert cette matière extraordinaire et très respectueuse. C’est le squelette d’un être vivant. Je me suis spécialisée parce que, à part moi, seul Gilles Mara, le fils de Vaiere Mara, pionnier de la sculpture moderne en Polynésie, travaille cette texture. Mais nous avons deux styles très différents. »
Un art sur mesure
Avant de se lancer, Terava observe, écoute et questionne, car son style dépend autant de ses inspirations que de la personne qui lui demande une œuvre.

« J’essaye de leur suggérer quelque chose en fonction de ce qu’ils aiment ou de ce qui leur ferait plaisir. Je dédie vraiment chaque pièce à la personne. Je regarde quel type de sculpture lui plaît, est-ce qu’elle préfère les rondes-bosses, les bas-reliefs… Mais aussi quel genre de personne elle est, ce qui la représente, ce qui a de la valeur pour elle. Parfois c’est même lié à son métier, si elle y est attachée. »
Inspirations dans la culture polynésienne
Notre artiste réalise aussi des pièces symboliques avec des plumes, des constellations, des légendes locales et des motifs traditionnels, en respectant toujours le corail et son esprit. Elle s’enrichit alors en se plongeant dans la documentation et questionne les personnes ressources.

« J’ai réalisé par exemple une œuvre représentant une famille avec ses tāura1. J’ai aussi sculpté pour l’écrivaine Ā΄amu un trophée en pierre orné d’une plume d’écrivain, d’une voile inspirée des grands voiliers polynésiens ainsi que de la déesse Hina et du ciel des Tuamotu, afin d’intégrer les légendes et symboles propres à la culture polynésienne. Quand je commence à graver, à tresser ou à danser le ’ori tahiti, tout ce qui touche à ma culture me fait du bien. Je me sens complète. Je me retrouve. »
Valoriser les matières premières du fenua
Aujourd’hui, son engagement va au-delà de la création artistique. Terava milite en effet pour la valorisation des matières premières locales et la préservation de l’environnement, en participant fréquemment aux mobilisations de la Fédération Tahei Auti Ia Moorea. Lors du premier marché des matières premières de l’artisanat traditionnel2 au Musée de Tahiti et des îles – Te Fare Iamanaha, elle a pris conscience de la richesse des ressources du fenua : tapa, fibres, pigments, cordes naturelles… Elle rêve désormais de créer un centre des matières premières à Moorea.
« Je me suis rendu compte que nous avions déjà tout ici. Nous avons des trésors, mais il faut les préserver et les utiliser. »

Pour conclure, Terava Miller appelle les Polynésiens à tout faire pour préserver et recueillir les savoirs des matahiapo.
« Que ce soit à la maison ou ailleurs, il faut sortir, aller voir ses grands-parents, passer du temps avec eux, leur poser des questions sur leur histoire, avant qu’ils ne soient plus là. Leur histoire, c’est notre histoire, et on ne s’en rend pas toujours compte, mais elle fait partie de nous. »
1 Totem, dieu ou esprit tutélaire, qui protège notamment les familles polynésiennes
2 Le premier marché des matières premières de l’artisanat traditionnel a eu lieu au musée de Tahiti et des Île – – Te Fare Iamanaha du 24 au 26 avril 2025.

Rédacteur
©Photos : Taotane Rurua pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes




