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Société

LUCIE TETAHIOTUPA, MARQUISIENNE ET FUTURE ADMINISTRATRICE TERRITORIALE

Publié le 13 décembre 2019

C’est perchée sur le toit de sa maison à Anaho, vallée isolée de Nuku Hiva, que Lucie apprend qu’elle est reçue au concours d’administrateur territorial. A 23 ans, elle est l’une des rares Polynésiennes, Marquisiennes même, à accéder à de telles fonctions. Femmes de Polynésie s’est plu à échanger avec cette jeune femme qui ambitionne de participer au développement des services publics ultra-marins.

 

De Sciences Po à l’INET : retour sur un parcours exemplaire

Lucie dégage sérénité et douceur. Et après tout ce qu’elle a vécu depuis 5 ans, elle a de quoi. Revenue aux Marquises après avoir passé le concours d’administrateur territorial, elle apprend qu’elle rejoindra d’ici peu les bancs de l’INET 1, haute école d’administration publique.

« Il y avait 700 candidats au départ, pour 24 postes. J’étais parmi les plus jeunes : j’ai passé le concours après un master 1 en Affaires publiques et une « Prep’ENA », tandis que la plupart se lancent après un master 2 , voire une agrégation. » 

Pour en arriver là, elle a fait partie de la première promotion d’une prépa Sciences Po au lycée. Elle en retiendra l’ouverture d’esprit, si importante à ses yeux.

« A l’époque, je ne pensais pas passer le concours, je n’étais pas assez sûre de moi. C’est ma mère qui m’a inscrite pour le concours commun des Instituts d’Etudes Politiques (IEP). »

Résultat, elle intègre Sciences Po Toulouse. Pas simple pour la très jeune étudiante polynésienne qui doit gérer le changement d’environnement, les différences culturelles, le climat. Elle s’octroie très peu de temps de loisirs et de sorties, et travaille très dur.

« Beaucoup n’ont pas cette chance, je me devais de tout donner pour réussir. Je souhaite dire à tous les Polynésiens qu’il faut s’autoriser à avoir de l’ambition. »

Portrait lors d’un groupe de réflexion sur un mémoire de droit des collectivités territoriales (2016) ; Crédits photo: Julien VIRAZELS

Des stages au service de l’accessibilité au bien public

Dans son cursus, l’IEP Toulouse offre la possibilité de faire des stages. Qu’à cela ne tienne, Lucie sera collaboratrice parlementaire à l’Assemblée nationale, et contribuera au grand projet Égalité réelle outre-mer. Puis au développement des aires marines éducatives et protégées du Ministère de l’environnement. Elle note avec beaucoup de fierté que la notion d’aires marines éducatives est née aux Marquises et s’est développée ensuite dans le monde entier.

« Tous ces stages, je tenais à les choisir en fonction de leur lien avec la Polynésie. Je souhaitais garder ce lien, même à distance. C’est ça, pour moi, donner du sens à mon travail. »

Conférence sur l’identité lors du Festivals Rochefort Pacifique où les Marquises ont été mises à l’honneur (2016); crédits photo : Béatrice TERAUBE

Un engagement pour les territoires ultra-marins

« En ayant grandi aux Marquises, je suis particulièrement sensible à l’accessibilité des services publics. C’est sur ce thème-là que j’aimerais engager ma carrière publique. »

Grâce à son engagement dans une association autour des enjeux des politiques publiques d’outre-mer, elle trouve une autre famille au contact d’autres ultra-marins. Elle se forge un avis sur la Polynésie et son développement. Lorsqu’on lui demande où elle se voit d’ici à la fin de sa formation, elle répond qu’elle aimerait partir là où l’inadaptation du service public à la population est la plus criante.

« Il n’existe pas de poste en Polynésie équivalent à ce grade de haut fonctionnaire territorial. Je ne pourrais donc pas rentrer au fenua dans l’immédiat. Mais cela ne fait rien, même si je ne réside pas ici, je sais que je pourrais contribuer au développement de mon pays. »

Rendez-vous en juin 2021, on attend de savoir ce qu’elle deviendra !

Atelier sur les aires marines éducatives lors de la conférence sur les aires marines protégées au Chili (2017) ; crédits photo : Sarah TERIITAUMIHAU

1 L’institut national des études territoriales (INET) est une grande école du service public où sont formés les hauts fonctionnaires appartenant à la fonction publique territoriale et dirigeant les grandes collectivités territoriales et leurs établissements publics.

Vaea D.
Rédactrice web

© Photos : Bernadette TETAHIOTUPA (Couverture), Sarah TERIITAUMIHAU, Julien VIRAZELS et Béatrice TERAUBE

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