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Maeva Wong Fat : « Replacer le patient au centre du soin »

Publié le 27 novembre 2020

Maeva Wong Fat est néphrologue1. Il y a quelques mois, elle est revenue sur son fenua natal avec son BAC + 10, son expérience de la métropole et sa famille, pour s’y installer, et prendre la direction d’un centre de dialyse. Femmes de Polynésie a eu le plaisir de rencontrer cette Polynésienne, aussi humble que brillante, qui prône la remise de l’humain au centre du soin.

La voie de la médecine

Maeva vient au monde en 1975, d’un raffiné mélange polynésien, chinois et métropolitain. Sa maman infirmière et son papa médecin l’élèvent avec sa sœur dans une philosophie de partage, d’humanité, de don de soi.

« Mon père a toujours été un modèle pour moi. Issu d’une famille très pauvre, il est parti de rien et est devenu un des 1ers  médecins Polynésiens sur le territoire, anesthésiste réanimateur, et a créé il y a une douzaine d’années le Centre anti-douleur. »

Son père était aussi un des rares médecins qui parlaient français, tahitien et chinois, ce qui le rendait encore plus proche de ses patients.

« Enfant, je voulais faire du commerce, mais j’étais trop empathique, et pas douée pour gagner de l’argent. On me surnommait « l’assistante sociale ». (rires) »

Avec sa soeur et son père

Maeva décide de suivre la voie paternelle, et part suivre des études de médecine à la faculté de Grenoble. Au bout de 6 ans de formation généraliste, elle obtient son internat et se spécialise en néphrologie à Clermont-Ferrand, où elle obtient son doctorat. Nous sommes à bac + 10 + 2 ans d’assistanat…

« Puis je suis revenue en Polynésie.  J’ai travaillé à l’hôpital du Taaone pendant 2 ans comme praticienne hospitalière, mais je sentais qu’il me manquait de l’expérience et des compétences. »

LA SOIF DE CONNAISSANCES

Maeva repart à Clermont-Ferrand, où elle continue à se former, travaille dans une association, enseigne à la faculté, et en parallèle fait des vacations à l’hôpital pour la greffe.

« Quand on est jeune médecin, on cherche à appliquer ses connaissances et acquérir de la technique. Ce n’est qu’alors qu’on peut s’ouvrir sur la globalité du patient, son corps, mais aussi l’être humain. »

Obésité, diabète, et hypertension artérielle sont les principales causes de dysfonctionnement des reins, dont le rôle est de filtrer les déchets de notre organisme. Alors pour éviter que celui-ci ne s’intoxique, c’est une machine – la dialyse – qui vient s’y substituer. Si on ne procède pas à une greffe, ce traitement est à vie.

« Je voyais que la dialyse, pour certains patients 3 fois/semaine, avait sur eux un énorme impact physique et psychologique, sur leur vie, leur travail, … C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me former à l’hypnose. »

HYPNOSE ET COMMUNICATION CONTRE LA DOULEUR

L’hypnose à visée médicale permet d’emmener le patient dans un état de conscience modifiée par des techniques sollicitant les ressources et l’imaginaire du patient pour modifier sa perception du problème.

« On crée un ” gant magique” , qui consiste à induire une anesthésie de la zone qui va être ponctionnée . Cet outil permet de diminuer ou d’enlever les sensations désagréables que peut engendrer le geste invasif.»

En l’espace de 6 ans, Maeva met en place un diplôme d’hypnose à la faculté de Clermont-Ferrand, et en parallèle une formation pour tous les soignants. Elle va plus loin en se formant avec son équipe, à la communication thérapeutique. 

« Dans notre imagination, on associe les mots aux sensations et émotions. Alors avant même de ressentir physiquement la douleur, on la vit rien qu’en entendant un mot, et on plonge dans un état de “ transe négative”. Remplacer par exemple le mot “aiguille” par “plume” change la prise en soin du patient. »

“Le choix des bons mots” – Revue La Montagne

L’APPEL DU FENUA

« Un jour, j’ai reçu un coup de fil de Mahera ARAKINO, qui, découvrant qu’une néphrologue Polynésienne exerçait en France, m’a proposé de créer Dial’Isis, des structures de dialyse avec la philosophie que j’ai toujours portée : le bien-être du patient. »

Nous sommes en 2018. Bien que professionnellement épanouie, Maeva souffre de l’éloignement avec son fenua, « mon noyau, mes racines ». Cet appel tombe à pic, et elle accepte de prendre la direction médicale des centres.

« En France, dans le monde néphrologique, ce n’était pas normal qu’un médecin parle d’hypnose ou de mieux communiquer avec son patient. C’était destiné aux infirmiers, pas aux médecins. »

À Tahiti, c’est le contraire, avec l’hypnose amplement développée dans le milieu médical… Et pour être toujours plus proche de ses patients, Maeva se forme intensivement au reo tahiti.  

Ce qu’elle aimerait?

« Donner l’envie à certains de nos jeunes de suivre des études de médecine, et de revenir au fenua œuvrer pour le bien de notre peuple. J’aimerais aussi montrer à notre population que même si on est en Polynésie, la prise en charge de nos patients est identique à celle en métropole,  voire peut être meilleure, car on se donne tous les moyens pour se dépasser, chaque jour qui passe. »

Les 3 générations de la famille

Quelques chiffres sur l’insuffisance rénale terminale en Polynésie

  • 542 patients traités par dialyse
  • 123 nouveaux patients en 2019 
  • 193 patients suivis en post transplantation rénale

Lubomira Ratzova

Rédactrice web

© Photos : Maeva Wong Fat, Lubomira Ratzova

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