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    Terainui, “stop à la violence“

    Publié le 25 janvier 2019


    C’est une polynésienne active passionnée de communication que Femmes de Polynésie vous présente aujourd’hui. En marge de ses nombreuses activités, Terainui Hamblin-Ellacott s’est lancée dans une croisade contre la violence, suite à la perte tragique de son frère Sandy. Elle nous parle de sa vie, de ses activités et de son combat.

    LA COMMUNICATION AU LIEU DU DROIT

    Terainui est née à Tahiti. Enfant, elle a beaucoup voyagé, suivant les mutations de son papa militaire. Elle revenait en vacances à Bora-Bora pour voir sa grand-mère, et elle était une élève studieuse.

    « Très vite j’ai été intéressée par la communication »

    Elève studieuse, elle passe son baccalauréat puis choisit de rentrer dans le monde de la communication et de la publicité, à l’heure où beaucoup de ses camarades se destinent surtout à des études plus classiques, notamment des études de Droit. Mais Terainui veut faire des études qui servent à quelque chose, avec des débouchés concrets, et c’est en suivant cette logique qu’elle obtient son DUT puis sa licence à Paris.

    « mon premier emploi a été auprès de la compagnie Air Tahiti Nui »

    Riche de ses diplômes, Terainui revient au fenua et devient, pendant deux ans, chargée de communication dans la toute récente compagnie aérienne locale, Air Tahiti Nui. C’est l’époque du regretté Nelson Lévy auprès de qui elle apprend beaucoup de choses.

    Et puis c’est un appel de EDT qui souhaite la rencontrer. Elle donne très vite satisfaction et obtient un poste équivalent dans cette autre grande entreprise de Tahiti. Elle s’occupe là aussi de la communication de la société puis des contrats de concession. Parallèlement, elle est aussi au conseil d’administration du SIPOF (Syndicat des Industriels de Polynésie Française) et membre du CESC (Conseil Economique Social et Culturel) pendant cinq ans.

    FEMME ACTIVE MAIS AUSSI MAMAN

    Arrivant à un rythme de vie professionnelle assez dense, Terainui décide de passer à mi-temps pour une meilleure qualité de vie qui lui permet de se consacrer à ses enfants.

    « Nous partons vivre en Nouvelle-Calédonie »

    Pendant deux ans, elle et son mari Steeve (1) partent pour vivre en Calédonie où Steeve a une agence de voyages et où Terainui ouvre une boutique à Nouméa. C’est un changement de vie et de rythme total qui va durer jusqu’en 2015.

    « En septembre 2015, ma vie bascule… »

    Alors qu’elle a prévu de rentrer en Polynésie et qu’elle s’apprête à monter dans l’avion, Terainui reçoit un appel de Polynésie. On lui annonce que son petit frère, Sandy, vient d’être victime d’une terrible agression à Bora Bora et qu’il est dans un état très grave. La famille étant une valeur essentielle pour elle, c’est un drame aussi brutal qu’incompréhensible. Elle arrive pour passer la nuit auprès de Sandy, sa dernière nuit, puisqu’il succombe à ses nombreuses blessures le lendemain.

    Sandy laisse derrière lui sa fille adolescente, Tevaitini, dont Terainui s’occupe toujours du mieux qu’elle peut, l’entourant d’amour et d’attention. On se souvient de l’émotion populaire qui a suivi ce drame, la population ayant été choquée de la violence de ce fait divers, une émotion amplifiée par la personnalité de Sandy qui jouissait d’une réputation d’homme sympathique, il aimait la Vie…

    Personne n’a oublié l’étonnante et spectaculaire marche blanche qui avait réuni entre 3000 et 4000 personnes, parties du stade Bambridge à l’ouest et de l’ancien hôpital de Mamao à l’est, et qui avaient convergé vers la place Tarahoi avec le mot d’ordre repris sur des pancartes et des tricots : « stop à la violence en Polynésie ».

    « La mort de mon frère a provoqué une onde de choc et une prise de conscience »

    Comme le déclarait Stanley, le père de Sandy, le jour de la marche blanche, il s’agissait, certes, d’un hommage à son fils et au frère de Terainui, mais aussi et surtout d’un élément déclencheur pour combattre la violence.


    Et depuis, Terainui en a fait une véritable croisade personnelle sur toutes formes de violence : la violence sur un enfant, la violence sur une femme battue, la violence sur quelqu’un qui a été violé… Elle monte un collectif et une page facebook : « collectif stop à la violence en Polynésie Française » (2)

    Comme il est expliqué sur cette page, le groupe est fait « pour oser dire, dénoncer et ne plus laisser faire sans rien dire. Ne soyons plus des témoins passifs, devenons des témoins actifs. Quand vous êtes témoin de violence, agissez, intervenez, appelez, criez, hurlez… faites un geste, ne laissez pas à ces personnes violentes le pouvoir de prendre des vies, d’enfants, de femmes, ne les laissez pas détruire des familles ! Seul on peut y arriver mais à plusieurs on pourra y arriver encore mieux. »

    « Il fallait absolument libérer la parole »

    Terainui ne savait pas trop à quoi s’attendre en créant ce collectif qui, avec le temps, n’a réuni que des femmes. Elle avoue que ce n’est pas une chose facile à gérer car elle est partie prenante, elle a été victime elle-même à travers la mort de son frère et elle n’a pas la formation la force pour répondre à tous les témoignages qui lui parviennent.

    Car, comme pour d’autres domaines, les réseaux sociaux et cette page en particulier, ont permis une chose essentielle : libérer la parole ! La prévention peut être une solution mais c’est extrêmement compliqué car il est impossible de prévoir des actes isolés comme l’agression mortelle de Sandy.
    Terainui cherche des solutions, des pistes à suivre, demande des rendez-vous aux autorités locales et ne baisse pas les bras pour éradiquer la violence sous toutes ses formes. Comme le disait l’anthropologue Simone Grand, ce fléau commence peut-être par le sentiment d’exclusion de la jeunesse locale (le meurtrier de Sandy avait 23 ans)… et la solution est donc certainement au niveau des parents et de l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants, mais aussi au niveau des pouvoirs publics…

    TERAINUI, UNE FEMME PASSIONNÉE

    Cette polynésienne qui voue une passion à sa famille s’occupe également d’un site de petites annonces d’une régie publicitaire, d’un site pour apprendre la danse tahitienne sur internet (3) et d’événements dédiés aux Vahine.


    Enfin, en marge de son combat permanent et de ses activités nombreuses, Terainui est retournée en Calédonie en 2017 pour obtenir son diplôme de coach personnel qu’elle a obtenu  en 2018. Elle destine son activité de coaching aux femmes.
    Terainui précise qu’elle n’est pas féministe, mais ne destine son savoir qu’à des femmes, à titre individuel et pas en groupe, afin de les aider à libérer leurs émotions, les motiver et trouver une harmonie dans leur vie personnelle, professionnelle et sentimentale.

    (1) Portrait Steeve Hamblin, Hommes de Polynésie
    (2) Collectif « Stop à la violence en Polynésie Française »
    (3) Tahiti dance online
    Laurent Lachiver
    Rédacteur web
    © Photos : Laurent Lachiver, Tahiti Zoom, Moana Brotherson, Vatea Buton, Terainui Hamblin-Ellacott

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