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    Portrait

    Reva, une jolie voix du fenua

    Publié le 19 février 2019

    On la connait par sa jolie voix douce qui se prête si bien à des morceaux de jazz. Mais Reva Juventin n’est pas seulement chanteuse, c’est aussi une responsable des ressources humaines qui aime le contact et le partage aussi bien dans son travail que dans sa passion. Elle se confie à  Femmes de Polynésie.

    Reva Juventin est née d’un papa demi-tahitien-français et d’une maman demie-tahitienne-australienne. Sa maman est connue dans le monde local de la musique puisqu’il s’agit de Liliane Nicol, qui chantait avec Michel Poroi ou Andy Tupaia. Et la petite Reva suivait naturellement sa maman dans ses déplacements musicaux, dans ses répétitions, dans ses spectacles.

    « Ma maman chantait tout le temps, à la maison, sous la douche. Mais moi, je ne chantais pas du tout quand j’étais enfant »

    Elle suit sa maman pour aller vivre avec elle en Australie, à l’âge de trois ans, et c’est là-bas que Reva a appris l’anglais, une langue parfaitement assimilée avec les années au point d’écrire maintenant ses chansons essentiellement en anglais. Elle passe deux ans en Australie puis rentre en Polynésie, où, petite fille, elle a dû réapprendre le français en entrant à l’école, une période qu’elle juge perturbante.

    LE DECLIC POUR LA CHANSON EN ECOUTANT MARIAH CAREY

    Reva avait six ans, lorsqu’un jour, chez sa tante, elle entend pour la première fois, à Noël, Mariah Carey qui interprète « vision of love » à la radio. Elle a senti qu’il se passait quelque chose en écoutant cette artiste qui va devenir son idole. Et c’est lors de vacances en Nouvelle-Zélande que Reva achète toutes les cassettes possibles de Mariah Carey qu’elle se met à écouter en boucle. Mais Reva ne chante toujours pas…

    « Je commence à chanter seule, dans mon coin, j’avais honte en fait. »

    C’est à seize ans que ses amis ont su qu’elle chantait. Mais Reva attendait que tout le monde parte de la maison pour oser chanter, en se positionnant face à une armoire ouverte, pour qu’on l’entende le moins possible. Et là, face à son armoire sensée assourdir sa voix, elle se lâchait en interprétant des chansons de son idole.

    Mais un oncle l’a entendue, à son insu, et à fait courir le bruit dans la famille qu’elle chantait bien… alors qu’elle-même avait honte que l’on ait pu découvrir ce qu’elle considérait quasiment comme un secret. Un jour ses amis ont insisté pour l’entendre. Elle était d’accord à condition que les amis se cachent et ne la voient pas. Un gros effort, se rappelle-t-elle, elle en tremblait.

    « En chantant pour mes amis, j’avais l’impression de livrer une partie secrète de moi, comme si je me mettais à nu… j’avais très peur de ce que les gens allaient dire, je me sentais vulnérable…»

    Son premier public a donc été (…après une armoire…) ses amis et son entourage le plus proche. Et comme elle imitait Mariah Carey, elle se disait que oui, peut-être, elle devait sûrement bien chanter… Puis son meilleur ami l’inscrit à un concours de chant « le penu d’or » de Gaby Cavallo.

    « L’expérience du penu d’or a changé ma vie »

    Il fallait, à ce moment-là, qu’elle chante vraiment devant un auditoire en apprenant la technique du chant, transformant sa voix fluette en plus de puissance. Pourtant elle n’arrivait pas à surmonter le trac, et était persuadée que tout cela n’était pas fait pour elle.

    Malgré tout elle acceptait de temps en temps d’aller au micro le temps d’une chanson avec des groupes qui se produisaient en ville.La première expérience face à un public a été avec le groupe Veroia. Et l’enchaînement des prestations lui a donné un peu plus de confiance au fur et à mesure.

    « J’étais en mode « je m’adapte » mais j’ai constaté rapidement que ce n’était pas ça non plus que je voulais »

    Le fait d’être réduite à une animation musicale ne lui convenait pas. Elle voulait qu’on écoute sa musique car Reva écrit des chansons. Et elle avait des messages à faire passer. Que l’on écoute ses paroles.

    On lui reprochait d’ailleurs de ne pas chanter assez fort dans les animations, et, justement, cet aspect a été effacé lorsque Reva a été sollicitée par Bruno Demougeot pour intégrer une formation de jazz. Un bon compromis qui nécessite de la précision mais moins de puissance vocale et qui se rapprochait du monde de la soul et donc un peu aussi de Mariah Carey.

    C’était le groupe Coconut Jazz, avec un pianiste, un batteur et un bassiste. Elle appréciera de ne pas jouer toutes les semaines pour éviter une routine, et aussi d’avoir une grande partie dédiée à l’improvisation… Mais Reva garde la chanson comme une passion, car, dans la vie, elle a un métier…

    LES RESSOURCES HUMAINES

    Reva est en effet, dans « la vraie vie » comme on dit, responsable des ressources humaines à l’OSB. Elle a eu son Bac littéraire avant d’aller à l’Université où elle décroche son Master de Droit (une matière qui ne lui plaisait pas trop).

    Mais devenir juriste ne l’emballait pas beaucoup et elle a répondu à une demande de RH adjoint à la Direction de la Santé, avant de passer chez OSB où elle remplace aujourd’hui sa chef partie à la retraite.

    « Je vois des points communs entre mon métier et ma passion de la musique »

    Reva n’hésite pas à faire un parallèle entre son travail dans les ressources humaines et la chanson, car, dit-elle, il y a dans les deux univers un échange d’énergie, et un important facteur humain et relationnel. Un job dans lequel elle évolue depuis cinq ans avec un personnel d’environ 60 salariés et où elle essaye de développer un climat de confiance et de bienveillance.

    En parallèle, la passion de la musique ne la quitte pas et elle adore écrire des chansons en favorisant l’anglais dans ses textes. Elle se souvient de ses premières compositions « live your dreams » et « feeling good » avec le groupe Honovai, de « Keyran » et « could this be love » publiée récemment sur youtube, enregistrée lors d’un Studio Live Session de Polynésie 1ère avec des paroles qui lui sont venues en l’espace d’une demie-heure.

    Reva se fait aider de musiciens pour la composition musicale, et elle peste d’ailleurs de ne jouer d’aucun instrument. Peut-être pour plus longtemps puisqu’elle apprend le solfège au conservatoire et s’est inscrite chez Michel Cadousteau pour apprendre le piano. Mais pour le moment elle évolue autour de musiciens avec qui elle ressent une symbiose.

    Reva avec Guillaume Matarere

    L’OLYMPIA AVEC GABILOU ET LES PROJETS

    En Janvier dernier, Reva a été intégrée à la dernière minute, avec Guillaume Matarere, dans la troupe de Gabilou qui s’est produite à l’Olympia à Paris. Une expérience qui a du sens également, et qui lui a montré jusqu’où la musique peut emmener pour apporter du bonheur aux gens.

    Sans compter la légende de cette salle qui a un « mana », comme un palais qui a abrité tant de stars de la chanson. Reva a enlevé ses chaussures pour marcher pieds nus et sentir au mieux cette scène où Edith Piaf a chanté. Le voyage le plus intense de toute sa vie, qu’elle qualifie de magique.

    «Aujourd’hui, mon projet c’est d’écrire de plus en plus, de livrer mes œuvres au monde et d’assumer. J’ai plusieurs petits cahiers et carnets dans lesquels je note mes idées et les paroles qui me viennent »

    Dans ses projets d’écriture, Reva a l’ambition de faire passer des messages et de laisser une trace de son œuvre à la postérité. Parmi ses sources d’inspiration : chanter pour la cause des femmes, pour qu’elles croient en leur force et potentiel, qu’elles se sentent « warriors »… car, conclut-elle :

    « Les artistes ont une mission : on ne peut pas leur avoir donné un don pour qu’ils restent dans leur coin »

    Et qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, chacun, selon Reva, doit arriver à trouver sa lumière pour briller, pour s’élever et que le monde soit meilleur.

    Reva à l’Olympia

    Laurent Lachiver
    Rédacteur web

    © Photos : Laurent Lachiver et Reva Juventin

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