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    Portrait

    Naumi Tapi, ancienne SDF qui œuvre pour la jeunesse de Hotuarea

    Publié le 31 mars 2021

    Sans domicile fixe pendant plusieurs années, Naumi Tapi décide de revenir travailler avec son association Hotuarea  Nui pour la réussite scolaire et pour l’insertion professionnelle des jeunes de son quartier. La salariée de l’association confie à Femmes de Polynésie comment elle a quitté le monde de la rue pour rendre service aux habitants du quartier de son enfance.

    Une jeunesse difficile

    Née à Papeete il y a 54 ans, Naumi Tapi grandit dans le quartier Hotuarea et fait ses premières années de scolarité à l’école maternelle et élémentaire de Tipaerui Plage. Naumi s’inscrit ensuite au Lycée Paul Gauguin. Mais cette période correspond à celle du système du poreho durant laquelle les enfants qui parlaient tahitien à l’école se faisaient sévèrement punir. Naumi se souvient  avoir été souvent battue avec une règle en fer ou en plastique par les enseignants de l’époque. Traumatisée, elle décide de quitter l’école à l’âge de 14 ans.

    « Je n’ai pas grandi dans la langue française. Mes parents ne parlaient pas le français. Du coup, je parlais le tahitien à l’école quand je n’arrivais pas à expliquer certaines choses en français. Je me faisais alors punir. Je devais rester agenouillée avec un bonnet d’âne dans la cour d’école. C’était comme cela à l’école primaire et au lycée. »

    De sans abri à femme engagée pour la jeunesse de Hotuarea

    A 15 ans, elle devient sans domicile fixe et fréquente les bars et les boîtes de nuit. Pour se nourrir, Naumi et sa bande de copains de rue vont cueillir des fruits pour les vendre ensuite dans la ville de Papeete. Mais elle assure n’avoir ni mendié ni volé quoi que ce soit durant toute cette période.

    A 36 ans, son fils, qui vient d’avoir un bébé, lui demande de quitter la rue sans quoi, elle ne pourra pas voir son mootua. Elle revient alors dans son quartier d’enfance et décide de créer, avec des proches, l’association Hotuarea Nui pour sortir certaines familles de l’insalubrité.

    « La naissance de mon premier mootua a fait basculer ma vie. J’ai décidé de changer de vie du jour au lendemain afin de voir mon petit-fils et de revenir dans le quartier Hotuarea. J’ai alors vu là-bas des parents qui vivaient dans la détresse. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. »

    A l’origine, l’association Hotuarea Nui a été créée pour que ses habitants se fassent entendre dans le projet de relogement par le territoire. Mais ses membres décident par la suite de soutenir la scolarité des enfants.  

    « Les parents consommaient beaucoup d’alcool. Il y avait toujours la fête chez eux. Pendant ce temps, leurs enfants avaient des mauvaises notes à l’école en raison d’un manque d’accompagnement scolaire. On s’est dit alors qu’il fallait essayer de les aider et de changer la mentalité des parents. »

    La réussite de la jeunesse : une motivation sans faille

    Naumi se forme alors auprès des autres membres de l’association dans différents pôles tels que l’animation, l’artisanat, la couture, l’agriculture, etc…  Sa mission est notamment de former et d’encadrer les jeunes du quartier.

    L’association Hotuarea Nui propose des aides aux devoirs ainsi que des animations scolaires en faveur des enfants du quartier après les journées d’école. Des centres de vacances qui traitent de thèmes variés sont aussi proposés. En plus de la réussite des enfants, Naumi travaille pour l’insertion des jeunes en organisant, avec les autres membres de l’association, des formations diverses dans le domaine de la vente par exemple ou de la permaculture. Les matahiapo et les personnes handicapées ne sont pas en reste avec des sorties « découverte » pour les premiers et des activités adaptées pour les seconds.

    « En 15 ans d’existence de l’association Hotuarea Nui, j’ai vu des jeunes qui sont partis de rien et qui ont réussi leur vie. Certains ont obtenu un emploi en tant que chef de service, agent communal ou bibliothécaire. C’est vraiment une fierté pour moi. Si j’ai au moins un jeune qui réussit dans l’année, je considère que j’ai atteint mon objectif. »

    La fierté est d’autant plus grande que l’association a débuté avec très peu de moyens. Les activités étaient organisées dans le domicile familial de ses membres durant la première année. Désormais, l’association compte parmi ses infrastructures une salle d’ordinateurs, une bibliothèque, deux bureaux, une plantation de fruits et légumes ainsi qu’une grande pirogue de pêche pour les habitants. Désormais, Naumi a pour projet de faire bénéficier à ses jeunes de sorties dans plusieurs centres du fenua comme le centre culturel Ariioi de Papara ou le CRIOBE de Moorea afin de leur ouvrir de nouveaux horizons.

    Toatane Rurua

     Rédacteur Web

     ©Photos : Toatane Rurua et l’association Hotuarea Nui pour Femmes de Polynésie

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